COTON ET
Musset veut parler ici d'Emmelim dont il avait voulu d'abord faire un roman.
Que disait donc Paul de Musset? Alfred n'oubliait pas? Il n'oubliait pas, mais il y tâchait, et les lettres à Aimée d'Alton*, cette année 1837, soiit là, et le prouvent : « Chère, chère aimée, la bien nommée, que je suis heureux de vivre et de t'avoir connue », etc., et au moment où le poète donne la Nuit d'Octobre, et chante :
Honte à toi, femme à l'œil sombre,
Dont les funestes amours
Ont enseveli dans l'ombre
Mon printemps et mes beaux jours...
les deux yeux bleus de ce Mimouche », de « sa nymphe aimée », de sa « poupette », sont tout son horizon.
La première version de la N'uit d'Octobre estelle celle que nous connaissons? Y en eut-il une autre, plus dure encore peut-être pour la femme à l'œil sombre? Un billet de Musset sur ce sujet le ferait croire.
« Voilà mon épreuve, mon cher ami, et je vous prie de n'y plus rien changer. » Buloz y avait donc changé quelque chose? — Ce billet n'est pas daté, mais ce qui suit le date suffisamment : Musset se plaint d'une cruelle correction, « à la page 209 vers 2 on m'avait mis « l'homme a besoin de pleurs, » — il faut « l'homme a besoin des pleurs. »
1. Cousine de d'Alton Shée. Il l'aima quelque temps. Après la mort de Musset, elle épousa son frère Paul de Musset.
On a reconnu les vers qui sont dans les mémoires fidèles :
Pour vivre et pour sentir, l'homme a besoin des pleurs; La joie a pour symbole une plante brisée. Humide encor de pluie et couverte de fleurs...
Avant de mentionner la nomination de Musset au poste de bibliothécaire à l'Intérieur, il faut noter que déjà, l'année précédente, le prince royal avait songé à lui, et voulait lui confier- le poste d'attaché d'ambassade à Madrid. Paul n'en dit rien dans la Biographie, il ne fait allusion à ce projet que dans sa notice : « Alfred objecta son peu de fortune... Mais malgré sa jeunesse, il ne se sentit pas le courage de rompre avec les liens de famille, d'habitude et d'amitié, qui l'attachaient à la vie parisienne... » Bref, il refusa. La lettre suivante, adressée au directeur de la Revue, et écrite en 1837, fait allusion à cette nomination, qui forcerait le poète à quitter Paris, etc.
Mon cher ami,
J'ai ce soir de fortes raisons pour croire que les bonnes intentions du prince royal pour moi vont se réaliser. Je vous disais ce matin que cela se ferait tout de suite, ou pas du tout. Voici ce que j'ai à vous demander à ce sujet.
Quoiqu'il ne s'agisse pas.de partir maintenant, vous comprenez que je ne puis rien accepter si je suis revenu ici. D'autre part, la moindre apparence de désordre dans mes aflaires, avec les bonnes
langues qui s'emmèlonl de tout (s/c). peut me perdre et devenir un sujet de refus. Je sais malheureusement par moi-même, que ce ne sont pas les envieux qui me manquent. Croyez-vous que votre ami' M. d'Artiques, voudrait me prêter encore deux mille francs sur une lettre de change, payable à la même époque que l'autre, l'année suivante, c'est-àdire au l^'" août 1838 - ; pouvez-vous du moins lui en faire la proposition? Je consentirais à des intérêts plus forts, pourvu qu'ils ne le fussent pas trop. Il serait très important pour moi qu'une pareille affaire s'arrangeât, car mon avenir peut en dépendre. IVe croyez pas que je m'effraye à tort, ou que je me hâte trop, je sais ce que je dis, et ce que je fais. Le plutôt (sic) en ce cas, serait le mieux. Vous concevez qu'à toute occasion il faut que je sois prêt, et que j'aurais un regret mortel si, faute de précaution, l'affaire manquait. Quand le hasard pense à vous, il ne faut point laisser prise au guignon. Répondezmoi un mot, je vous en prie.
A vous,
11 est bien entendu qu'aucun motif ne m'empêchera du reste à remplir mes engagements envers vous. Je ne pense pas avoir besoin de vous rassurer sur ce point.
11 me faut parler maintenant de cette place de bibliothécaire à l'Intérieur, que F. Buloz obtint pour son ami — a une sinécure » qui lui permit