Le 6 septembre
dois bien penser que les N... n'ont pas été les derniers. Arnica, dans sa naïveté, m'a dit : « Votre mari est bien adroit ! » Gomment trouves-tu cela? Si tout autre me Teûtdit, je l'aurais relevé un peu rudement, mais je te dirai comme Jeannette : On prend ça de la part de qui ça vient... As- tu été contente de tes dernièves Bévues? Gomment trouvestu Margot *? Madame Dudevant a dîné avec nous mardi, elle m'a beaucoup demandé de tes nouvelles, elle est partie pour Majorque, où elle compte passer rhiver avec Maurice.
A Madame Combe.
23 novembre 1838.
Je vais ce soir aux Français dans ma loge voir jouer Bajazet. Tu sais sans doute que la tragédie classique est maintenant en grande faveur, il y a une jeune fille appelée Rachel, qui joue admirablement les grands rôles. Je l'ai vue dans les Horaces, et j'ai été enchantée, d'abord de la tragédie, puis de la tragédienne.
Cette « jeune fille appelée Rachel » donnera beaucoup de mal au Commissaire royal ; dès que la gloire l'aura consacrée, elle deviendra terrible pour l'administrateur, et ses propres camarades : elle ne veut plus jouer, elle part, elle rentre, elle est malade, elle veut résilier, etc. les relations sont aigres-douces, ou plutôt aigres, si l'on veut.
1. Alfred de Musset, Margot (Bévue des Deux Mondes), 1" octobre 1838.
En janvier 1831), F. Buloz, très sérieusement malade, donne de vives inquiétudes à son entourage. Une crise de rhumatisme articulaire le terrasse ; sa jeune femme ne le quitte pas, s'inquiète, et se confie, comme d'habitude, à sa sœur...
Je suis dans une situation d'esprit qui m'était inconnue jusqu'à présent, peut-ôtre cela vient-il de Tétat de Buloz. Depuis le 24 il est au lit, privé de toute liberté de mouvement, cela a commencé par des accès de fièvre. Voici huit jours que M. Trousseau le traite avec ses remèdes les plus violents, sans obtenir un seul résultat favorable... Depuis huit jours j'ai employé assez d'opium, et de morphine, pour empoisonner tout un quartier...
Le 10 janvier. — Buloz va mieux depuis avanthier, ma belle chérie, ses douleurs sont moins vives, la fièvre est tombée, il commence à prendre quelques aliments. Voici encore une rude épreuve qui touche à son terme. Je suis bien lasse, bien ennuyée, tout me déplaît et me fatigue... la santé de Buloz a été assez gravement compromise pour me donner de vives craintes. Je ne désire qu'une chose c'est de te voir; il me semble que près de toi, ces humeurs noires ne viendraient pas me trouver...
Amica m'a trouvée changée moralement, la dernière fois qu'elle est venue; elle ne voit d'autre remède à mon ennui que les distractions, les visites, les bals; cela doit te faire rire, tu sais mieux que personne, que jamais il ne sera en mon pouvoir d'employer ces moyens, même pour me guérir.
Buloz est intraitable sur ce chapitre.
Le 14. — Fais-moi part de tes observations sur
les Revues, tes impressions sont toujours bonnes à
savoir. L'article sur M. de Fontanes doit l'avoir plu,
il a eu parmi les gens de goût un succès immense ^
Aimes-tu les vers de M. de Musset? Je les trouve
assez jolis \
Demain paraîtra la fin de Spiridion. Ma lettre t'arrivera avec la Bévue. Réponds-moi promptement, depuis quelque temps tu me négliges.
... Je ne t'aipas dit, je crois, que les messieurs Bonnaire et Buloz m'appelaient, pour me contrarier, « La Sévigné de Mormoiron »; Buloz avait lu un paragraphe d'une de tes lettres, où tu me faisais des compliments; depuis ce jour-là, les moqueries pleuvent sur ma tête, ou plutôt sur ma plume.
... Buloz va mieux, il est sorti lundi pour la première fois depuis quarante-neuf jours. Il marche bien difGcilement avec Taide de deux béquilles.
29 décembre 1839. — Je ne t'ai pas dit, je crois, que j'avais été en soirée il y a quelque temps chez Adèle ^ ; après un grand dîner, on a fait de la musique, puis on a dansé sans cérémonie. Comme je sais que les moindres détails de mes plaisirs t'intéressent, je te dirai à toi, qu'avec très peu de frais, je m'étais composé une très jolie toilette, qui a été trouvée charmante, et très seyante.
J'avais garni ma robe de tarlatane, que tu connais, de six volants de tulle très clair, ce qui formait une espèce de ruche très haute, et très légère, du meilleur effet; le corsage, à demi décolleté, était garni de ton point d'Angleterre, le ruban bleu que j'avais acheté à Lyon me servait de ceinture longue, et le