‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 36 sur 173 · La Confession d'un enfant du siècle · texte numérisé non relu

La Confession d'un enfant du siècle

A F. Biiloz.

Maîlre Buloz, vous êtes crasseux, je vous l'ai toujours dit. Vous dites que vous m'enverrez peutêtre des étrcnnes. Grand merci. Faites-moi penser à vous promettre ({uelque chose. Je veux vous faire honte. Mon garde-champètre va demain à la chasse pour vous, et s'il rapporte quelque chose, je vous l'enverrai avec un de ces animaux extraordinaires, rares, curieux que vous avez mangés chez nous, et dont la race a été rapportée de Madagascar par le célèbre naturaliste J. Néraud, c'est-à-dire un cochon de lait. Vous ne l'aimez pas, mais vous ne pouvez vous dispenser de le montrer à vos amis et connaissances, comme la découverte la plus importante que vous ayez faite dans nos savanes. Vous pourrez le faire empailler et le mettre sur votre cheminée, et Margarita pourra alors être appelée Margarita anle porcos, sans vous compromettre. On dira ante Bulos, la rime y sera toujours. Fâchez-vous, ça m'est bien égal. Au reste, tout ce que j'en fais, c'est pour vous piquer d'émulation sur le chapitre des étrennes.

Envoyez-moi des livres, non pas ces chefs-d'œuvre d'or et de soie, comme dit pompeusement votre chronique, mais du classique broché; je voudrais Machiavel, tâchez de me le donner.

J'ai reçu vos mille francs et ils n'ont pas gelé le creux de ma main, ils ont été s'engloutir dans la poche de mon procureur, c'est-à-dire de l'homme noir qui me procure des ennuis, des dettes et des colères. Au- reste, tout va bien. La réussite est devenue certaine par un incident heureux. Notre

tribunal est si bête et si arriéré, qu'il fait consister la morale publique et le repos de la société à condamnera la plus touchante union, des époux qui s'arrachent les yeux mutuellement. Leurs décisions sont toujours cassées à Bourges. Ces jours-ci un de leurs plus beaux arrêts vient d'obtenir en ce genre un soufflet qui a tellement humilié notre président, qu'il en est tombé malade. Dieu aidant, il en mourra, et ses confrères ne seront plus si hargneux. Je ne serai quitte de iput cela au reste, que vers la fin de février. Ne vous occupez pas de la Gazette des Tribunaux. Son correspondant à Châteauroux est mon ami Rollinat, qui certes, ne lui communiquera pas les matériaux ; si Le Droit a fantaisie d'en parler, vous le saurez bien. Je pense que vous n'êtes pas brouillé avec Lerminier; d'ailleurs je le crois homme de trop bon goût pour communiquer au public, une affaire sur laquelle les journaux sérieux gardent toujours le silence...

Quant à Engelwald^ je travaille toutes les nuits jusqu'au jour, c'est tout ce que je peux vous dire. Je suis obligée de lire beaucoup. Il faut que je prenne connaissance du Mémorial de Sainte-Hélène. J'ai été obligée de relire Borne souterraine, et à propos de cela, sachez que c'est un beau livre, et que le chapitre intitulé le Mont Mario est une chose sans défaut. Si vous en doutez, relisez-le et faites un peu plus mousser l'auteur qu'on ne l'a fait jusqu'ici. Sa réputation n'est pas à la hauteur de son talent... Réservez-moi, en effet, une petite chambre chez vous. Je quitte mon appartement au mois d'avril. Je m'installerai un petit coin chez vous, et nous ferons un arrangement. Vous me donnerez à manger, et nous mettrons une planche (non pas

Gustave Planche), une planche vraie pour passer de la fenêtre à la terrasse, afin (jue j'y aille l'unier, sans manquer de respect à Margarita ; vous m'aurez quinze jours par trimestre, cela vous arrange-t-il? (Charles d'Aragon esl peut-être las de son logement de garçon, et ce serait peut-être tout ce ([u'il me faut.) Envoyez-moi le livre d'Alfred, si vous croyez qu'il ne doive pas me fâcher; dans ce dernier cas, dites-le-moi, et je m'abstiendrai de le connaître. La vie est courte, le mal et le bien y sont inutiles à quiconque ne veut plus que le repos. Traitez-moi comme un mort. Ne laissez pas insulter ma tombe. Mais n'y mettez pas d'épitaphe, je suis bien comme cela...

Remarque importante. Si vous ne faites pas empailler le cochon de lait, il faut, avant de l'embrocher, l'échauder, avec de l'eau bouillante, et lui enlever toute la soie. Après quoi il faut le faire rôtir jusqu'à ce que la peau soit tendue et cassante. Sancho en mangea un aux noces de Gamache qui avait un agneau dans le ventre, dans l'agneau un lièvre, dans le lièvre un lapin, dans le lapin je ne sais quoi, peut-être M. de Balzac ^

George « se tourmente et s'inquiète du livre de Musset » et elle a tort — ne lui a-t-il pas dit : « Je voudrais te bâtir un autel fut-ce avec mes os.... » Mais elle doute, et quelques jours après la lettre qu'on vient de lire, elle écrit encore- :

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