Du 3 juillet 1836. Inédite
verse, et Ion n'en finirait pas si Ton discutait les principes. Mais les faits sont à la portée de tout le monde, et on doit les traiter avec un certain respect. L'article signé Llierminier (sic) est ignoble. Dites-lui si vous voulez. Qu'est-ce que des épithètes insultantes adressées à l'homme dont la tête va tomber •» qu'est-ce que le mépris d'un M. Lherminier envers cet homme des temps antiques ? Qu'est-ce que ce tressaillement d'horreur, cette épilepsie de vertu nommant l'infâme assassin? et puis ce bon petit coin d'adoration délicate pour le bon roi qui se promène comme un bon citoyen au milieu de sa ville - ? Vous avez imprimé ces mots-là, mon cher Buloz, et vous avez imprimé une saloperie. D'abord, Louis-Philippe n'est pas un bon citoyen, ensuite Paris n'est pas la ville de Louis-Philippe, cette citation eût fait honneur au Journal des Débats, elle ne fait pas honneur à la Revue des Deux Mondes.
Je vous ai vu en politique des idées aussi élevées qu'en litlérature, et vous voyant si différent de vousmême dans ces deux circonstances, je me persuade que vous ne lisez pas les articles qu'on vous donne. Vous appelez cela faire un journal? On ne peut dire que madame de Staël est ennuyeuse sans élever autour de vous un cri d'horreur et d'indignation, et on écrit qu'Alibaud est un débauché, un infâme, un criminel pauvre et bétel Mon cher ami, vous faites mal la police de vos Revues...
1. Lerminier disait : « II est lâche de frapper un homme qui ne peut ni prévoir le coup, ni le repousser, ni le rendre. »
2. « De frapper un homme qui se présente à vous paisible et désarmé comme un bon citoyen dans le sein de sa ville, faire siffler la balle entre sa femme et sa sœur, il n'y a pas de sophisme au monde qui puisse relever cet acte de la plus infamante bassesse. »
Bonsoir, mon cher camarade. Portez-vous bien. Prospérez el écoutez mes remontrances si vous les trouvez justes, sinon faites à votre tète...
La comédie d Alfred est très jolie ^ Ily a certainement progrès comme plastique et comme clarté dans ce qu'il fait à présent. Mon procès sera plaidé, et rejut^é dans le courant du mois. Je suis toujours à la Châtre où je travaille, et où je souffre du foie...
A cela F. Buloz répond :
8 juillet 1836.
Votre lettre m'a attristé, mon cher George. Quoil vous exaltez ce que vous, avec vos sentiments de démocratie, devriez le plus flétrir, c'est-à dire des crimes inutiles ! Car, qui retarde Tavènement de cette démocratie, si ce n'est les fous furieux? Croyezvous que nous ne serions pas plus avancés sans toutes les folies que le républicanisme a faites depuis 1830? A quoi servent les Fieschi,les Alibaud, si ce n'est à effrayer le pays, et à donner plus de force au pouvoir? Croyez-vous que toutes ces tentatives d'assassinat ne peuvent pas conduire le gouvernement à des empiétements? Qui nous a valu les lois de septembre, si ce n'est la machine de Fieschi?
Pensez-vous que la France ferait grand crime à Louis-Philippe de s'entourer d'une garde royale et de tous les apparats d'une royauté presque absolue dans le but de se préserver des assassins, et n'est-ce pas retenir le pouvoir sur cette pente, que de flétrir ces assassinats périodiques dont les résultats ne
l. Il ne faut jurer de rien.
seraient falals qu'à la déiliocratie? Nous sommes cl nous serons toujours aussi démocrates que qui que ce soit, mais nous dillerons sur les moyens d'amener la démocratie au pouvoir.
Ma femme vousembrasse, comme je vousie disais ^Jle est enceinte'.
Voici la réplique de George Sand à F. JJuloz :
Je vous ai dit que je vous laissais la théorie du système en général. Proscrivez l'assassinat politique, si cela vous plaîl, et si vous aimez les rois. Peu m'importe. Mais vous ne deviez pas touchera la personne sacrée d'Alibaud. Vous ne deviez pas répéter les calomnies ini'àmes que le gouvernement faisait publier contre lui. Vous ne deviez pas dire que cet homme était vicieux, débauché, stupide, et fou. Ce qu'il y a de |>ire au monde, c'est d'être lâche, et lâches sont ceux qui flétrissent le seul homme de cœur qui soit en France. Confessez pour votre honneur que vous ne lisez pas les articles qu'on vous fournit, et je dirai que vous êtes coupable de négligence seulement. Si je croyais le contraire, j'écraserais à jamais le fétu qui me sert à écrire, plu tôt que d'écrire dans la Bévue des Deux Mondes.
Adieu, mon cher ami, rien ne me fera changer d'avis.
GEORGE
C'est de k démence.
Mais le procès de George est plaidé pour la deuxième fois : c< Mon procès se plaide après-