‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 50 sur 173 · Correspondance de G. Sand, 18 août · texte numérisé non relu

Correspondance de G. Sand, 18 août

Le major Pictel, qui accompagne la troupe, décrit dans son petit livre : Une Course à ChamoniXj le costume de voyage de George, il me paraît ineffable : une blouse d'homme, et dessous « un gilet rouge, garni de boutons d'or en filigrane, au cou une cravate noire, la tête couverte d'un grand chapeau de paille ». Notez aussi que ses cheveux bouclés tombent librement sur ses épaules, qu'elle a, pour l'achever de peindre, « le cigare à la bouche... » et il paraît que les indigènes étaient, à cet aspect, étonnés... il me semble qu'il y avait de quoi?

De ce voyage en Suisse que fait George en 1836, est née une des plus belles Lettres d'un voyageur. Celle qui est dédiée à Charles Didier. Elle parut en novembre la même année.

Assez curieusement, j'ai retrouvé dans la correspondance de F. Buloz, des lettres signées B. P. tracées d'une petite écriture serrée et régulière, timbrées de Brest, décembre 1836; je n'arrivais pas à les identifier. L'auteur se plaint d'avoir été maltraité par madame Dudevant, et ce dans la Revue à laquelle, lui aussi, il collabore. — Alors ce B. P. c'est Barchou de Penhoën, collaborateur, en effet, de la Revue\ 11 y écrit surtout des ouvrages de philosophie. Ce sont ceux-là qu'irrévérencieusement attaque « le voyageur » :

« Le major n'écoutait réellement pas. Il avait

1. Essai d'une formule générale de V Histoire de V Humanité d'après les idées de M. Balianche, — Philosophie de Fichte, — Schelling, etc.

la tête penchée sur son livre, et au milieu des plus belles scènes de la nature, il n'avait d'yeux et de pensée que pour un traité de philosophie de M. Harchou de Penhoën'... je me permis de l'en railler.

— Taisez-vous, me dit-il, vous n'êtes qu'un marchand de cochon, vous avez compté les sapins, et vous pourriez tracer dans votre cerveau une ligne exacte des déchiquetures de la chaîne. Pendant ce temps-là, j'ai cherché le principe de l'univers.

— Et vous l'avez trouvé, major! Faites-nousen part.

— Vous êtes un impertinent, dit-il, je n'ai rien trouvé du tout... et donnant du talon à sa mule, il nous laissa en arrière toujours clignotant sur son livre, et répétant entre ses dents une phrase qu'il venait de lire, et qui, apparemment, ne lui semblait pas claire :

« L'absolu est identique à lui-même. »

— Quand nous arriverons à Martigny, sur les onze heures du soir, il aura peut-être découvert vingt-trois mille manières différentes d'interpréter ces quatre mots. Je comprends qu'on ne peut être de bonne humeur quand on a de pareilles contentions d'esprit... etc. »

Voilà les attaques, assez inoffensives d'ailleurs, que George décochait à M. Barchou de Penhoën.

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