Lettres d'un voyageur ^ 15 novembre
i02 FRANÇOIS BULOZ ET SES AMIS.
Or, il se trouva que celui-ci, au fond de sa Bretagne, n'ayant pas lu la Revue depuis trois mois, s'avisa de le faire : l'article de George lui avait été signalé. Il écrit après cette lecture au directeur :
J'ai été bien étonné, je vous l'avoue, que madame Du Devant {sic) se soit ainsi occupée de moi, je trace mon obscur sillon littéraire si loin de sa route brillante... J'ai été bien affecté aussi de trouver cette attaque dans un recueil où j'écrivais depuis bien des années, mais enfin j'aurais mauvaise grâce àm'étendre trop longuement sur ce sujet. J'aime mieux, mon cher Monsieur, me borner et vous remercier des efforts que vous me dites avoir faits auprès de madame Du Devant, pour empêcher qu'elle s'attaquât de la sorte à un homme aussi inoffensif que moi... Il serait, d'ailleurs bien superflu d'insister sur ce que je n'ai jamais écrit cette phrase... Sur ce que je ne suis qu'historien, et ne parlant point en mon nom, dans le livre auquel elle fait allusion, etc., etc. — Je me prends seulement à désirer que madame Du Devant trouvât l'occasion de lire mes Mémoires d'un officier d'État Major. D'abord, peut-être auraitelle un peu plus de sympathie pour le côté ancien de ma vie, qu'elle n'en montre pour mes dernières éludes. Ensuite, elle verrait peut être, en raison de cette diversité des sujets que j'ai traités, qu'en définitive, je ne suis tout à fait aussi identique à moimême que l'absolu. Or j'en serais, je l'avoue, infini- . ment flatté (admirateur que je suis de son magnifique talent), etc.
De retour à Nohant, après ce voyage, George
reprend sa vie, — c'est-à-dire, son travail la nuit, ses promenades à pied dans la Vallée noire le jour, et bientôt la maison est pleine de tous les Berrichons qu'elle aime.
Je pense que la lettre suivante a été écrite à l'époque de cette rentrée à Nohant, en automne; elle n'est pas datée de la main de George, mais de celle de F. Buloz, et seulement : 1836.
Mon cher Buloz,
La présente est pour vous dire que je me porte bien, et que je désire que la présente vous trouve de même. Le pain coûte fort cher, le vin de même, tant qu'à la viande elle est orre de prix. Je ne vous parle point du fromage, je n'en mange pas.
Vous comprenez la conséquence de cette lettre.
Salut!
GEORGE
Je baise la main de Margarita.
Bien que George Sand ait dit : « Je n'ai pas d'esprit... je suis bête à couper au couteau », certaines de ses lettres sont d'une fantaisie fort amusante, et puis elle dit tout, et souvent, le plus drôlement du monde. Depuis l'heureuse issue de son procès, l'écrivain ne se trouve plus devant ces terribles difficultés d'argent, que jadis elle a trop connues, elle se vantera même alors dans ses lettres au directeur de la Revice, de n'avoir c< plus besoin de ses services », — pourtant, elle a, quelquefois encore, des échéances cruelles, et
ses lettres deviennent pressantes, mais elles sont souvent aussi enjouées, car elle ne s'affole plus devant la liste de ses dettes, comme naguère.... La photographie de la lettre suivante est actuellement au Musée S. de Lovenjoul.
M. Buloz, rentier et propriétaire 10, rue des Beaux-Arts.
Buloz! — Hein? — Buloz!! — Hein? — Sacré Buloz!!! — Quoi? — De l'argent! — Je n'entends pas. — Cinq cents francs! — Qu'est-ce que vous dites? — Que le diable vous emporte! Vous m'avez promis 6000 francs dans quelques jours, et je vous demande 500 francs pour demain. — Je n'ai pas dit un mot de cela. — Ah! vous n'êtes donc pas sourd? Eh! bien, donnez-moi 500 francs, 500 francs, 500 francs. — Je n'entends pas.
Mon cher ami, si vous êtes sourd, du moins vous savez lire, je le présume, quoiqu'on ne s'en douterait guère, à la qualité des articles de la Bévue que vous colligez.
13 décembre 1836.
ex ours George Sand, etc., etc.
Et Lherminier.
Voilà six lettres que je vous écris,/ mais il paraît que vous êtes sourd par les yeux, maladie étrange, et qui jusqu'à ce jour n'a pas été décrite.
(500 francs) George (500 francs) ^
Cependant George n'est pas toujours aussi joyeuse dans ses lettres à son directeur : le ton