Fliubert. Correspondance
2. • ... J'avais abaodonné à elles-mêmes les réclamations de tous ces hommes qui viennent faire de l'admiration toute faite, quand j'ai rencontré dans une Revue empesée, entre un mythe religieux et un mythe littéraire, une espèce de factura contre le critique à propos de mademoiselle Rachel. » Voilà ce qu'écrivait Janin. A la suite de ce feuilleton. Musset répondit à Janin... • Littérairement vous êtes un enfant à qui il faudrait mettre un bourrelet, et personnellement vous êtes un drôle à qui il faudrait
ALFllKU DE MrsSLT. 1
réponse de J. Jauiri!) et un article sur les débuts de Pauline Garcia, « l*aolita » comme il l'appelle dans ses lettres à la Marraine.
Mimouclie l'a-t elle fixé? Il le lui a demandé :
A votre tour, essayez, ma maîtresse.
Et faites-moi, jusqu'au tombeau, D'une douce et vieille tendresse Un impromptu toujours nouveau.
Mais on ne fixe pas Cœlio : en même temps qu'il adresse ces vers à sa « poupette » il lui écrit paisiblement : « Te portes-tu mieux? Je suis pour ma part un peu invalide, et toujours ^^ai comme un catafalque. Il faut pourtant essayer de vivre, ma chère amie, malgré tout, et si tu me donnais l'exemple, tu m'encouragerais. Je t'embrasse. »
Que l'on compare ce billet compassé, aux folies adressées jadis à Lélia? D'ailleurs à cette heure, Rachel l'occupe, et la pale Belgiojoso, parfois le tourmente...
Quand F. Buloz est nommé Comniissaire royal, Musset l'annonce à ^limouche : « Tu sais que Buloz est nommé aux Français. Il est donc décidé que nous allons tenter le saut périlleux » ; — ce qui veut dire qu'il compte, avec Tappui de son ami, aborder la scène, il l'a résolu, et l'affirme au Commissaire royal : « Quant au parti pour le thé^^lre, à tort ou à raison, il est pris, à tel point
interdire l'entrée du Théâtre-Français, etc. » Mimouche s'inquiéta de cette lettre de Musset, mais il lui écrivit : « Ma lettre a été avalée, cesse donc de l'infiuiéler. •
que rien ne m'en détournera maintenant. » Et il songe à travailler pour Rachel, mais il ne finit rien, et Rachel est volage, et le temps passe. Ce n'est qu'en 1847 que F. Buloz prendra sur lui de monter le Cfl/)r?ce,etrannonceraà Musset surpris...
Mais il est temps de parler, à cette époque de la vie de Musset, de la « Belle Joyeuse » ; cette belle dame eut souvent affaire aussi à la Revue; elle y tint même une certaine place, comme collaboratrice et comme conspiratrice, car F. Buloz estima son côté CarbonariOy aimant l'Italie; elle fut aussi inspiratrice; on sait qu'elle inspira Musset, dans un moment de mauvaise humeur, et de vengeance. « Elle lui résistait et il imprima sur son front ces Stances à une morte », qui firent à cette époque, dans le petit Cénacle de la Revue, tant jaser.
Donc, la princesse lui fut cruelle — il ne s'y
attendait guère, car Mignet était jaloux de lui, et
c'était un signe excellent; puis le poète n'avait-il
pas emmené la belle Cristina déjeuner un jour
au Cabaret du Divorce, barrière Montparnasse?
Mais « quelqu'un troubla la fête », et ce fut le
mari, bien innocemment, qui sachant Musset en
bonne fortune, et l'étant lui-même, lui proposa
de réunir « ces dames ». La princesse s'esquiva.
Plus tard, Musset prétendit qu'elle s'était
moquée de lui en l'assurant de son amitié :
« L'amitié consiste-t-elle à donner le bras à
quelqu'un pour aller à table? Quelle plaisan-
terie! » et enlin, il fit une dernière maladresse en caricaturant cette beauté. c< Ce noble ovale avec les naïves fossettes des joues, et le sentimental menton pointu de l'école Lombarde », disait Heine. Quand, pour se venger des rebulladcs de la princesse, iMusset écrivit ces Stances sur une morte, personne ne devina qui était cette morte, sauf la morte elle-même, qui feignit de croire qu'elles avaient été inspirées par Jiachel : « Avez-vous lu les vers d'A. de Musset sur une morte? demandait-elle, il paraît (jue cette morte, c'est notre grande tragédienne ^ »
« Bonnaire lui-même, dit M. Séché, y vit une épitaphe pour le tombeau de Uachel. » Mais F. Buloz, sous cape, riait, car il avait, ainsi que Cristina, deviné.
On pense bien que ces vers de Musset refroidirent sensiblement ses relations avec la « Belle Jo3'euse ». Pourtant, en 1840, lorsqu'il fut si gravement malade, la princesse vint souvent le voir, et lui donna, de sa belle main, d'affreuses potions : « Il n'osait pas les refuser lorsque la princesse les lui donnait», et comme il redoutait la mort, Cristina sut lui dire avec autorité : « Ne crai- 'gnez rien : on ne meurt jamais en ma présence! »
J'ai essayé déjà- de tracer une esquisse de cette figure si séduisante de la belle Milanaise, je