‹ Fran©ois Buloz et ses amisChapitre 67 sur 173 · Inédite · texte numérisé non relu

Inédite

l'éducation de ses enfants), cuisinait le dîner de Chopin, qui ne pouvant supporter l'huile rance et la graisse de porc, était malade toutes les fois que des c( mains étrangères lui préparaient ses aliments ». Que d'épreuves pour un musicien génial et sensihle! Ah! ne voyageons jamais! ^— de cette façon s'entend.

Repoussé des habitants que sa phtisie épouvantait, mal soigné par « un médecin, deux médecins, trois médecins, tous plus ânes les uns que les autres », il dut partir coûte que coûte, et il partit mourant; arrivé à Barcelone après une traversée terrible, il crachait toujours « le sang à pleines cuvettes ». Enfin, à Marseille, le docteur Cauvière le soigna et le remit momentanément sur pied... George se plaignant de toutes ces tribulations s'écrie : « L'Espagne est une odieuse nation! »

Au commencement de juin, George est rentrée au bercail, c'est-à-dire à Nohant. La voici singulièrement irritée contre son directeur. Ne lui a-t-il pas dit : « Spiridion a eu moins de succès que VUscoque et a été traité de mystique »? Ne pourrait-elle lui donner autre chose, avant la publication des Sept Cordes de la Lyre^f... Quelque nouvelle moins philosophique?... Elle s'emporte ! S'il veut des nouvelles, qu'il « se réconcilie avec Balzac, ou qu'il attire F. Soulié à la Revue ». « Vous ne pouvez me refuser le privilège d'endormir vos lecteurs, quand vous l'ac-

cordez à d'autres, moins anciens en titre à la Revue. Je vous demande la préférence sur Lherminier et compagnie... » Mais F. Buloz ne peut souffrir les Sept Cordes de la Lyre; il note sur la lettre que je viens de citer :

c( Je n'aurais pas voulu l'insérer dans la Remie^ je lui avais offert Tabandon de 5000 francs pour ne pas publier ce pastiche. Il fallut céder... »

« Il fallut céder » — car George Sand pressait madame Marliani, de Nohant; madame Marliani était chargée des Sept Cordes, en l'absence de l'auteur.

Tenez ferme, chère amie, écrivait ce dernier, pour qu'elles soient insérées dans la Revue. Mais ne voyez-vous pas que notre Buloz hésite, et recule parce qu'il y a cinq ou six phrases assez' hardies, et que le cher homme craint de se brouiller avec son cher gouvernement... les abonnés aiment mieux les petits romans comme André et compagnie, qui vont également aux belles dames et à leurs femmes de chambre... J'espère que j'en suis sortie (de ce genre) pour toujours. Ne le dites pas à notre butor. Laissez gémir notre Buloz qui pleure à chaudes larmes quand je fais ce qu'il appelle du mysticisme^ et poussez à l'insertion ^

C'est Leroux, qui, en l'absence de George, corrigea les épreuves, car voici venir mainte-

1, Wl. Karénine qui a publié ce fragment (du 14 mars 1839) fait remarquer qu'il a été changé et tronqué dans la Correspondance. Maurice Sand, lorsqu'il le publia, ne voulut sans doute

nant Leroux et sa philosophie humanitaire et fumeuse...

Bientôt G. Sand écrit au directeur de la Revue * :

Pour la première fois, j'ai du manuscrit terminé en portefeuille, et loin de le demander, vous avez fait un assez triste accueil à mon dernier envoi. Peut-être que^'e baisse? Mon Dieu, dites-le-moi tout bonnement.., car, croyez bien que s'il y a une conviction chez moi pourmes écrits, il n'y a pas d'amourpropre irritable. Je ne puis plus écrire agréablement peut-être, parce que je n'ai plus l'esprit agréable, mais qu'est-ce que cela fait? il y a tant de bons lecteurs par le monde !

Autre chose irrite à ce moment la « Reine » : l'insertion du Faust de Henri Blaze — car, elle aussi, a fait une étude sur Faust. « Vous saviez que je l'avais à votre disposition, et vous avez donné la préséance à celui de votre beau-frère! »

Mais la grosse question, comme toujours, c'est la question d'argent :

c< Mes fermiers ne me paient pas, mes ouvriers de la maison que j'ai fait réparer à Paris, ne veulent pas attendre, et j'ai 60 000 francs de dettes sur ce que j'appelle mon passif, c'est-à-dire la fortune dont je suis censée jouir, en dehors de mon travail. » Dans ces conditions, qui pourra

pas laisser subsister les gracieuses épithètes dont le romancier gratifiait son ex-ami dans ses lettres.

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