Collection S. de Lovenjoul. Inédite
3. Buloz avait été nommé Commissaire royal près le Théâtre- Français, le 18 octobre 1838.
4. En travers de cette lettre, en haut de la page, George Sand
Vraiment, mon cher Buioz, vous avez bien de Tesprit depuis quelque temps, et je vous trouve léger 1 Vous devenez ambitieux aussi, vous avez la prétention de comprendre ce que vous éditez.
Pourtant je veux bien être pendue si vous comprenez quelque chose au Second Faust, et quant au style de Henri Blaze, il est tout aussi métaphysique que le mien. Ainsi votre jugement ne fait pas beaucoup à l'afTaire, mais ce qui est plus sérieux, c'est que vous vous dites écorché — le mot est grossier. A la bonne heure... Je viens, moi, vous offrir la restitution de l'argent que vous avez perdu sur les Sept Cordes, et vous proposer très sérieusement de résilier nos engagements, car je ne suis pas habituée à écorcher personne. Je ne suis pas le Juif Shylock, et je ne vois pas trop ce que je pourrais faire de votre peau, quelque gênée que je sois dans mes aflaires.
Des critiques littéraires, tout ce que vous voudrez, vous y excellez, et je n'ai qu'à profiter des enseignements comme les vôtres. Bornez-vous là, car les reproches d'argent ne méritent pour réponse que de l'argent.
Au reste, cette lettre vous ferait honneur, car c'est un petit chef-d'œuvre, et j'y vois que vous devenez trop profond pour qu'on puisse vous contenter par un travail digne de vous, c'est décourageant, prenez-y garde, n'en écrivez pas une pareille à Planche, car il laisserait à jamais sa plume.
Bonjour , cher Buloz, vous m'appelez tigresse d'Arménie, c'est une faute d'impression sans doute,
a écrit : « Cette réponse M. Rollinat a voulu me la faire recopier et il en a recopié lui-même une partie. Il prétend qu'elle est utile. »
car le mot classique est Hircanie, rArm('mie n'a jamais été, que je sache, renommée pour ses tigres, mais peul-ètre qu'on y trouve des éditeurs! Tout à vous quand même !
Je ferai des pièces pour les Français, quand vous aurez perdu votre place, car vous êtes trop difficile.
Embrassez Christine pour moi, je la plains d'être l'épouse d'un chacal d'Etuvie, — il y a autant de chacals en Etuvie, que de tigresses en Arménie'.
Le 25 juin F. Buloz réplique.
Ma lettre vous a piquée, mon cher George; tant mieux, j'aurais été trop malheureux de ne pas vous rendre une petite piqûre pour la blessure que vous m'avez faite. Vous le savez, je suis toujours sur la défensive avec vous. Mais quand on me mord trop vivement, je tâche d'égratigner.
Or, si vous aviez votre dernière lettre sous les yeux, vous verriez que je ne vous ai adressé que des douceurs comparativement.
Avant de répondre à la partie positive de votre dernière lettre, je m'arrêterai à la partie littéraire. Je vous dirai d'abord que j'accepte bien franchement la leçon classique que vous me faites, à propos des mots tigresse d Arménie.
J'ai fait une balourdise, il est vrai, c'est un souvenir presque effacé de Virgile, qui m'a fait mettre Arménie pour Hyrcanie.
Mais je suis plus vieux que vous, j'ai la mémoire moins sûre, vous avez des souvenirs plus frais de l'épopée latine; cependant je vous ferai observer, et cela sans malice, que vous avez pris quinze jours pour rafraîchir votre mémoire.