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Collection S. de Lovenjoal. Inédite

i46 FRANÇOIS BULOZ ET SES AMIS.

Je VOUS ai entendu bien des fois crier contre le pédantisme, vous lui donnez des coups d'étrivière à chaque occasion, et voilà que vous donnez dans le pédantisme ! Je vais donc prendre exemple sur vous, et vous ne pourrez pas dire que je choisis mal mes maîtres : A propos des mots « Éditeur écorché des Sept Cordes de la Lyre », vous ne faites pas une balourdise moins grande que celle que je viens de reconnaître, j'ai voulu dire que la musique de votre poème épique m'avait écorché les oreilles, que je n'y avais rien compris. Je me suis servi à dessein d'un terme musical, à propos d'une épopée musicale. Gomment d'ailleurs vous étonner que je ne comprenne pas vos intentions philosophiques et fantastiques, puisque vous m'accordez si peu d'intelligence? Mon opinion ne fait rien à TafYaire, je le sais, je n'ai nulle prétention à cet égard, mais j'ai la conviction que jamais des considérations d'intérêt n'entrent pour rien dans telle ou telle chose.

Autrefois, j'avais la naïveté de ne mettre dans la Revue que des choses qui me paraissaient bien, mais le mauvais goût du public et les prétentions des écrivains y ont mis bon ordre; vous voyez que je suis loin de me faire le défenseur de tout ce que publie la Revue, pas plus que celui du style de mon beau-frère, que du style des autres, et puisque vous m'amenez à vous dire ce que je pense du Second Faust, j'ai regardé le travail de Henri Blaze comme bon, malgré ses défauts, parce qu'il faisait connaître une production bizarre d'un grand écrivain, production inconnue en France, mais pour mon compte particulier, je n'aime pas mieux le Second Faust, que les Sept Cordes de la Lyre.

Je suis assez simple pour juger cela, sauf quelques

parties, comme un cauchemar, et ce qui me console, c'est que M. Cazalès, qui est un homme très distingué, m'assurait il y a quelques jours, que Schellin<^ en disait autant; je me console en me disant que je ne suis pas tout à l'ait abruti, puisque Schelling a avancé publiquement la môme chose.

J'en viens à ce que vous me dites, que vous attendez que j'aie perdu ma place pour écrire une pièce. Je vous remercie de vos tendres souhaits, et de l'intérêt que vous me portez. Mais je suis assez désintéressé pour donner ma démission, si ma présence au Théûtre-Français doit vous empêcher de doter la France d'un grand ouvrage dramatique. Mettez-vous donc à Tœuvre, faites un Hamlet ou un Othello^ et ma démission est au bout.

Je réponds maintenant à votre proposition de rupture partielle. Je ne l'accepte en aucune façon, et n'implore la pitié de personne. Je vous ai dit que j'exécuterai tout ce que j'ai signé, je suis assez patient de ma nature, et assez froid, pour encourir toutes les chances d'un traité que j'ai consenti.

Je garderai tout, ou je céderai tout : jusque-là, vous me trouverez toujours prêt à exécuter nos conventions, et quand vous le voudrez, les relations que vous rendez difficiles, deviendront plus faciles. J'ai la conscience de n'avoir rien fait pour amener l'aigreur qui se manifeste chez vous, à des intervalles trop rapprochés.

Je vous le répète, c'est là le fait de vos intermédiaires; et pourquoi, encore une fois, des intermédiaires entre nous?

Tout à vous donc, tigresse d'Hyrcanie'.

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