LA « REVUE » MENACÉE
qu'il a bien voulu me faire, et j'ai la confiance que ses paroles, que j'écris ici en rentrant, mises sous ses yeux, l'engageraient à faire quelque chose pour les miens.
Les craintes de F. Buloz étaient souvent fondées — la Revue fut maintes fois menacée — et l'on vivait, rue des Beaux-Arts, à la suite de la publication de certains articles, dans des transes perpétuelles. F. Buloz disait aux siens : c< Où serons-nous demain! Qui sait? la Revue SQVdi peutêtre supprimée cette nuit! » Tout le monde tremblait.
Les dix années de cette double direction, Remie et Comédie-Française furent des années chargées, et laborieuses, certes, et quand je dis double, je devrais dire triple, car la direction de la Revue de Paris était venue s'ajouter aux autres directions. Madame Buloz écrivait à sa sœur :
« Tu ne peux te faire une idée du surcroît de besogne que ce nouveau journal lui amène, il ne se passe pas de semaine qu'il ne veille deux nuits. Jusqu'à ce que le travail soit bien organisé, ce sera ainsi, dit-il... »
A la fin du mois de juin 1844 F. Buloz répondait à Bocage qui lui avait demandé un rendezvous : « Vous oubliez toujours, mon cher ami. la fin du mois, et vous m'écrivez le 27. Vous savez cependant que pour le travail, la vie quotidienne, il n'y a pas d'ouvrier si occupé que
moi; jusqu'au 2 juillet, je suis comme un forçat qui traîne son boulet.
» Si vous le pouvez, remettez notre conversation, ou veuillez me donner un moment, vous qui pouvez dormir, je n'ai pas même le 1emps du sommeil. »
Travaillant ainsi nuit et jour, il trouvait que les siens vivaient dans la « mollesse et l'oisiveté », et il disait sérieusement à sa jeune femme, alors ornée de quatre marmots, dont trois étaient indisciplinés et terribles : « Vraiment, Christine, je ne sais pas à quoi tu passes ton temps ! »