LE CAVALIER RIANT
(Collection Wallace.)
FHANS HALS. 87
dant avec la plus définitive puissance, et rien ne manque.
Le Portrait de Willem Croes, qui, à titre de prêt du comte Lyeden de Pallandt, puis de M. van Stolk, de Harlem, a longtemps séjourné au Mauritshuis, fait partie maintenant du fonds de la pinacothèque de Munich. Un homme grisonnant, en costume noir avec un col blanc largement étalé sur les épaules, se tient debout, le visage dressé vers le spectateur. Entre les doigts nus de la main gauche il tient un gant ; la droite est appuyée à la hanche. Et c'est, dans des superpositions de couleurs, noir, blanc, avec des gris, et des atteintes de carmin, de vert, dajaune et de bistre, un exemplaire admirable de ces toiles brossées d'instinct, dans une sûreté extraordinaire de l'œil et delà main; et les moyens du peintre, plus fractionnés, plus insistants, s'y confondent, tant en sont puissants le relief et la plastique, avec les moyens propres au sculpteur. Déjà, si l'on y regardait de trop près, quelques inexactitudes pourraient être relevées dans certaines proportions. A quoi bon s'arrêter à des vétilles? Les membres, le visage, les yeux sont doués d'une vie si constante et si abondante que l'illusion s'établit en maîtresse et qu'on s'arrête, convaincu et troublé.
Tout à fait de ses dernières œuvres, le Portrait de Tijman Oosdorp (1656), au musée de Berlin, et le Portrait d'un homme, la tête couverte d'un chapeau à larges bords (1660), au musée de Gassel, sont faits de la même manière, et conduisent à bien comprendre le métier rare et évocateur dont il usera dans l'œuvre terminale de sa longue
carrière, ce Groupe de régents, ce Groupe de régentes qu'il peindra en 1664. Dans Tijman Oosdorp, l'accent, les valeurs sont fermes, quoique les cheveux, le vêtement, surtout la main tout juste aperçue, restent vagues et sommaires ; mais, dans le tableau de Cassel, tout vacille, tout semble agité, tremblant comme l'était sans doute la main vieille qui peignait, et néanmoins tout s'y lie, s'y recompose, tout agit, grâce au pouvoir inexplicable d'une force d'expression étrange, complète et évidente. Etl'on voit ces lèvres qui s'ouvrent pour sourire, comme sourient ces grands yeux malicieux et ces joues creusées de sillons gras; et l'on voit, de ce chapeau si bizarrement planté sur le côté de la tête, s'échapper les mèches des cheveux qui se collent au front moite, et l'on sent l'ampleur aisée de ce vêtement noir, et le poids de cette main tombante, le poignet posé sur le dossier d'une chaise. Plus rien n'est défini de la ligne ni même de la couleur; mais dans les creuxr dans les saillies, qui accueillent ou qui repoussent, taches éclaboussées de vives couleurs, l'assaut des ombres ou de la lumière, quelle clairvoyance magistrale, que de subtilité prodigieuse et efficace î