VII. — Groupes de corporations. Tarleaux de régents
En dépit de la sévérité, ou, pour mieux dire, de la jovialité renfermée, intime et égoïste qui caractérise la vie des riches et orgueilleux protestants de Hollande, les hommes, en public si rigoureux sur les bonnes mœurs, recherchaient
néanmoins, hors de chez eux, des plaisirs libres et bruyants. Le prétexte en était simple et facile. Comment se mieux délasser des soucis et des fatigues du négoce ou des magistratures qu'en s'organisant en sociétés patriotiques de soldats volontaires, à cette époque si troublée où les Provinces Unies avaient encore à repousser l'invasion des grandes puissances, de l'Espagne refoulée et tenue en respect, de l'Angleterre et de la France? Les exercices de tir avaient de tous temps été en grand honneur ; dans chaque ville s'étaient constitués des corps d'archers francs, d'arbalétriers, de coulevriniers,etleur importance était réelle, car ils contribuèrent efficacement à la défense des villes et du territoire. On y trouvait, en outre, l'occasion de s'affubler, pour marquer les honneurs et les grades, d'insignes bariolés et voyants, de parader en cortèges, chargés de chamarrures, dans un déploiement somptueux d'armes, d'étendards, d'écharpes, et enfin de s'offrir annuellement des banquets à l'occasion de la fête patronale, à Harlem, de Saint- Georges ou de Saint-Adrien.
Mais ces gardes civiques, dans les circonstances sérieuses où la paix du pays était réellement menacée, ne se faisaient plus représenter autour de la table des festins ; on les voit qui délibèrent entre eux sur quelque point de discipline militaire ou de tactique, ou bien, les armes à la main, ils se disposent, avec une sereine gravité, à quitter leurs foyers pour le combat.
D'autres fois, au lieu de se livrer à des enthousiasmes guerriers, ils emploient leur activité à préparer pacifique-
ment d'oiseuses discussions métaphysiques ou littéraires qu'ils développent avec pompe dans leurs chambres de rhétorique. Certains se complaisaient à consacrer des portions notables parfois de leur opulence à la création d'œuvres de bienfaisance, orphelinats, hospices, dont ils se chargeaient d'administrer en commun le budget. Ils apportaient toute leur attention à ces soins, et ils géraient ces fondations pies avec une conscience si parfaite qu'un grand nombre de leurs établissements se sont jusqu'à nos jours perpétués, dans une existence très aisée.
De ces divers modes delà vie en commun, auxvn6 siècle, les peintres nous ont transmis l'image un peu monotone, invariable et inerte. A Amsterdam, une grande salle du musée ne suffit pas à contenir tous les tableaux de gardes civiques ou de régents et de régentes des œuvres de bienfaisance, quelques leçons d'anatomie encore, et autres tableaux similaires. Il en est qui datent de la première moitié du xvie siècle, il en est du xviif. Le mérite étrange et prestigieux de Frans Hais est d'avoir insufflé la vie à ces sortes de représentations figées de personnages qu'emplissent des prétentions de décorum, de bonne tenue, de préséance, et dont, par conséquent, il fallait éviter d'offusquer, par des figurations trop vives ou par une gradation trop marquée de l'importance hiérarchique, les sentiments de vanité personnelle.
Huit de ces groupes sont réunis à Harlem. Jouissance secrète et précieuse, se trouver, seul ou presque seul, dans le silence de cette salle claire dont les quatre murailles ne
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portent que dix œuvres parmi les plus marquantes et les plus complètes de Frans Hais ! Quand on entre, devant soi, tout de suite est le plus ancien de ces repas de corporations, le doelenstuck de 1616; à droite, le groupe de 1633 entre les deux groupes de 1627 ; au mur de l'entrée, celui, plus vaste, de 1639, et, à gauche, avec les deux portraits de Nicolaes Van der Meer et de sa femme, le tableau des régents, de 1641, les régents et les régentes, de 1664.
A droite, une atmosphère de lumière et de joie, à gauche une atmosphère pesante et attristée. Tout le mystère de cet esprit et de cette volonté, mieux que partout, se dégage ici : dans sa jeunesse, il est épris de vie chatoyante, heureuse, riche ; il se rassérène dès le début de son âge mûr et s'assombrit à mesure que pèsent sur lui les années de déception et de lassitude. Un moment, il a songé à se ressaisir, à se diriger dans la voie nouvelle de la méditation et de la sagesse ; mais trop bien le captivent les apparences extérieures, il ne peut échapper à l'illusion, et devant elles, quand la pauvreté, l'âge, le découragement s'emparent des forces de son corps, son esprit se fait de plus en plus craintif, chagrin et douloureux.
Le tableau de 1616 n'est ni le plus clair ni le plus vibrant, mais les attitudes des convives placés autour d'une table que chargent les gibiers, les fruits, les vins, la gaîté de certaines teintes locales, la vivacité de couleurs desécharpes et des bannières rompent heureusement ce que produit d'effet un peu trop terne l'uniformité d'un fond
sombre et des habits généralement noirs. Une fenêtre s'ouvre au milieu du mur vers le ciel et des massifs d'arbres, dans l'ombre, et seul l'étendard à demi enroulé, qui en traverse de biais la largeur, éveille, de son chatoiement diapré, quelque joie, qui, par le détail des cols, des insignes en bandoulières mi-parties rouges et noires ou toutes dorées et des visages rieurs et des mains et de la nappe surtout où étincellent verres et vaisselles à reflets, soutient et anime l'ensemble. Dans une vaste salle les officiers, vers la fin du repas, causent jovialement, en des poses nonchalantes ou, par contraste, plus alertes et désinvoltes. Vers le centre, un des anciens, le couteau levé, et la main gauche sur une forte pièce de volaille, s'arrête à écouter les avis de son voisin immédiat. Passant derrière, le porte-étendard en justaucorps vert, tout jeune, la hampe sur l'épaule, tourne la tête vers eux. Tout à droite, trois personnages se tiennent debout, parmi lesquels un porte-étendard encore est remarquable pour son haut chapeau orné d'une grosse plume et d'une aigrette blanche. De-ci, de-là, l'éclat d'un pommeau d'épée, du fer des hallebardes posées au long d'un mur, ou bien, ailleurs, d'une large calvitie, ou d'une barbe rousse ou d'un de ces justaucorps couleur chamois que le peintre affectionne. Le paysage du fond, qui n'a pas grande importance, est du moins très juste et très soigné. En 1627, les Officiers du même corps des Archers de Saint-Georges, au nombre de onze, présidés par le colonel Aernout Druijvesteijn, se sont réunis devant un fond quelconque de tentures drapées, établi par des gris divers qui,
vers la porte, à droite, se nuancent presque de blanc, et, à gauche, de lilas éteints, par l'intermédiaire des soies vives d'un drapeau. Les personnages sont montrés dans un laisser-aller d'attitudes plus libres. La joie est plus turbulente, les gestes plus spontanés; une gaîté plus primesautière n'affecte plus ici le souci de se faire bien voir. Un bel officier vêtu de couleurs chamois et bleue, à demi tourné, au premier plan, vers le spectateur, renverse son verre vidé ; un autre, qui porte l'écharpe orange, presse audessus d'une assiette d'huîtres le jus d'un citron; mais plusieurs, les plus âgés, les plus paisibles, assis à l'écart, devisent entre eux tranquillement, le verre à la main, ou écoutent le railleur récit que leur fait, debout devant eux, chapeau bas, l'étendard à l'épaule, un enseigne, cependant que ses deux collègues, immobiles et droits, se tiennent derrière les convives attablés. Du mouvement partout, on va, on vient, on cause sans règle ni ordre ; les joues sont enflammées, les cheveux se sont emmêlés, les regards flambent. Le motif de la composition n'a plus embarrassé le peintre, elle est plus franche, plus osée, plus originale. Le coloris en est très chaud ; les noirs, moins pleins et moins sourds, dominent moins, et le miroitement harmonieux de jaunes et d'ors, au centre, et la diaprure des écharpes bleues, oranges et blanches prennent une plus chantante valeur.
Même année 1627, le Repas des officiers du corps des archers de Saint- Adrien, à l'occasion de leur départ de Harlem pour le siège de Hasselt et Mons, le 18 octo-
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bre 1622 ', sous les ordres du colonel et bourgmestre Willem Voogt. Deux grandes fenêtres donnent accès au grand jour; la couleur spontanée y est fraîche, et cependant l'éclat en est moins profond, la joie moins harmonieuse. L'action n'est point aussi complètement familière, le tumulte y paraît presque ordonné. Mais quelle assurance dans F agencement neuf et savant des groupes, qui sont même équilibrés peut-être dans une symétrie trop insistante. Comme toujours, pris un à un, les portraits sont d'une profondeur de vérité surprenante et d'un mouvement de vie admirable. L'officier qui s'apprête à découper, selon un motif constant, et qui forme le centre du tableau, celui qui, penché, lui parle ont concentré l'attention, si bien qu'elle ne prend plus garde que c'est la nécessité de l'ordonnance cherchée par le peintre, non le hasard vrai du moment, qui a dû réunir et entasser les autres officiers. Au groupe suivant, ce n'est plus autour d'un festin, mais délibérant sous les grands arbres d'un jardin, que nous sont montrés (1633) les Officiers du corps de Saint- Adrien. Vers le fond les bâtiments aperçus sous leurs toits rouges, l'allée d'ombre où deux hallebardiers montent leur garde, témoignent du talent de Hais en matière de paysage et de vaste perspective. Nul prétexte certain n'est visible à cette réunion inopinée, sinon qu'on entoure, plein d'affection respectueuse, le colonel, vieilli, qui s'est assis vers la gauche, à moins que ce ne soit, pour quelques-uns des plus jeunes, d'argumenter, autour de la table, à droite, et de convaincre selon ou contre les textes d'un livre ouvert
dont l'un d'eux tourne à doigts lents les pages. Mais, cette fois, un souci commun, autre que le plaisir des agapes, lie entre eux les personnages : la pensée, chez tous présente, de l'importance et de l'existence même du corps; elle se manifeste par l'hommage muet apporté unanimement au chef, qui, grave et digne, le reçoit. Les fonctions, avec leur valeur relative, sont marquées avec soin. Le colonel porte une rouge écharpe largement étalée; les jeunes nouent les leurs avec élégance ; tandis que les anciens sont vêtus de noir, ils portent une recherche plus rare dans leur habillement; les soies, les linges, les dentelles chatoient. Dans le geste, dans l'action, le sens du groupement réside : on y surprend une confiance libre et robuste, une subordination amicale, de la discipline, une volonté très unie, en dépit delà diversité des types et des attitudes; ils définissent et précisent les caractères de chacun, sans porter atteinte aux liens d'estime, de déférence et de respect qui les joignent les uns aux autres. Le colonel, vieillard à barbiche têtue et au regard décidé, les mains posées l'une à la hanche et l'autre au pommeau de sa canne, est à la fois volontaire et indulgent; le tout jeune enseigne, imberbe et innocent, porte un visage orgueilleux et ahuri; au centre, le sceptique, peut-être un peu futile, détourne les yeux en souriant ; l'homme de la foi inébranlable est assis au fond; au bord de la table, l'un réfléchit pondérément aux arguments que son voisin lui présente; un autre, croyant de la lettre et du livre, se montre obstiné, buté, et ne peut maîtriser son ricanement
quand on lui propose quelque nouveauté; et, près de lui, à bout de dialectique, un impatient se débat à vaincre ce fol entêtement. Toute cette confusion ne dure et ne pèse, on le voit, qu'autant que le colonel, seul juge, n'aura pas pris la décision qui importe, et que les deux étendards n'auront pas déployé leurs riches couleurs soyeuses, comme signes souverains de son immuable autorité.
Une diffusion mobile des lumières s'épand aux objets et joyeusement en accuse les reliefs ; à un bout d'étendard que ramène en avant le premier officier, contre le cadre, à gauche, puis au front, au regard méditatif du colonel, au sourire du sceptique, aux cols, aux écharpes éclatantes de celui-ci et de tels autres, au visage plus pensif, au front, aux yeux, à la main démonstrative de l'argumentateur dernier, et, avec plus de mystère enfin, au regard malicieux, aux tempes obstinées de celui qui résiste, ainsi qu'à son livre.
La Compagnie maigre^ longtemps conservée à l'hôtel de ville et à présent au musée d'Amsterdam, nous offre (1637) une série de treize gardes civiques qui, debout et, la plupart, en armes, entourent leur capitaine Reynier Reael et le lieutenant Gornelis Michielsz. Blaeuw, assis tousdeux à gauche. La somptuosité orange de l'étendard, la préciosité des parures, y sont rendues avec un extrême soin, ainsi que les têtes soigneusement caractérisées. Mais, pas plus que chez De Keyser, moins que dans vander Helst la nécessité de leur groupement ne se montre à traverslés valeurs coordonnées des expressions particulières. La
lumière qui de l'arrière-plan ou du mur tombe obliquement sur les visages, sur la soie blanche vivement éclairée de l'enseigne, et accentue quelques regards d'un peu d'éclat, crée, si l'on veut, un lien, mais dont la signification demeure dispersée et disparate. Presque tous les officiers sont vêtus de noir ; la mode abolit les nuances bariolées du vêtement, les gens distingués les ont déjà répudiées. Frans Hais, aidé de Pieter Godde, à qui sont dues plusieurs figures, surmonte la difficulté qui provient de cette circonstance, en dotant d'une fraîcheur spéciale le coloris.
1639 : Officiers et sous-officiers du corps des archers de Saint-Georges. La tonalité générale, qui ne s'est néanmoins pas obscurcie, s'aggrave. Des préoccupations de guerre hantent les esprits; les puissances réformées sentent leur existence menacée ; le conflit s'acharne et se précipite vers la définitive solution qui n'interviendra pourtant que huit années plus tard, aux traités de Westphalie. Les visages, où nous retrouvons vieillis plusieurs des visages des groupes antérieurs, sont plus sérieux, plus pénétrés de la rigueur de leur tâche patriotique ; ils portent en eux quelque chose d'âpre et de farouche; nul sourire indulgent ne tolérerait que quelqu'un à présent s'avisât de discuter. Seul, en avant, au centre, ce Michiel de Wael qui, jeune étourdi, au tableau de 1627, retournait si galamment, au banquet du corps, son verre vide, essaie peut-être de sourire, mais lui-même, mûri, on le sent ferme, et, s'il est prêt à affronter le péril des batailles, il n'en méconnaît et n'en nargue pas la gravité ; comme les
autres, il y songe sereinement. Sur deux lignes, dix-neuf officiers et sous-officiers ; par-devant les chefs et leur vieux colonel vénéré, Johann van Loo(le même au tableau de 1633), par l'âge appesanti, mais dont la hardiesse et l'empire sur soi-même et sur les autres n'ont pas fléchi. Ils portent, qui la canne du commandement, qui la pertuisane. tandis que. par derrière rangés, les subalternes tiennent à la main leurs hallebardes. Deux enseignes, hampes à l'épaule, gardent à demi roulées les couleurs de leurs étendards. Les soies ne chatoient plus; les dentelles, les plumes aux chapeaux n'éveillent plus la joie et n'accrochent plus insoucieusement des reflets de la lumière. Hais même, qui s'est placé dans un coin de sa toile, est sérieux et presque triste: de plus, comme le fait observer Burger, « il connaît la peinture de Rembrandt alors, et cette jeune concurrence sans doute l'a poussé à une couleur plus profonde, à une expression plus intime des physionomies, à un effet plus harmonieux et plus tranquille, tout en conservant la brusquerie énergique de l'exécution ».
Fromentin, dans les Maîtres d'autrefois, note que ce tableau marque à Harlem la fin de la période fleurie dans la peinture de Hais et « clôt assez lourdement la série » de ses grands tableaux corporatifs.
Deux années plus tard, il se retrouve, tout différent. La surprise est grande non de le voir se renouveler, mais devoir dans quel sens il s'est renouvelé. Ces Régents de V hôpital de Sainte-Elisabeth^ nous avons dit quelles curieuses analogies ils présentent, dans la conception, ajoutons : dans la
facture, avec une manière propre à Rembrandt. En tant que composition, le rapprochement avec les Syndics des Drapiers (qui ne paraîtront qu'en 1661) est frappant aussi bien qu'inexplicable. «Les relations des deux œuvres, dit encore Fromentin, sautent aux yeux. »Mais il ajoute : « Avec elles apparaît la différence des deux peintres : point de vue contraire, opposition des deux natures, force égale dans la pratique, supériorité de la main chez Hais, de l'esprit chez Rembrandt. »
Les têtes, d'un étonnant modelé, concentrent, dans leur clarté opposée au noir sombre de leurs chapeaux et des habits, la vie du tableau entier. Il n'y a plus, pour ainsi dire, de coloris : des oppositions, des valeurs contrastées, ravivées de blanc et de noir, disséminées avec science et d'un effet certain. Une vague carte géographique plaque au mur de teinte grisâtre et neutre des tons de bistre ; un livre, une écritoire sont placés sur le tapis de la table où reposent aussi les mains étendues ou ployées des quatre hommes assis ; debout un cinquième apparaît dans le ton chaud, à peine ambré, de l'atmosphère enfermée. Que l'artiste ait trouvé plaisir à plisser le linge des manches,, à faire ressortir la musculature des mains, les saillies des visages, leurs modelés, à donner pleine valeur à leurs masses, une sagesse inattendue préside à la coordination de tous ces éléments, aux sacrifices consentis, aux choix calculés en vue d'un effet d'ensemble. Un moment d'attente, la réflexion suspend la pensée des régents ; ils ont à se prononcer sur une proposition, et l'avenir de l'institution
qu'ils gèrent dépend peut-être de l'avis qu'ils vont prendre. Ils s'interrogent, se sollicitent du regard, les uns anxieux, tel ou tel indécis, et ce dernier souriant déjà à la pensée qui en lui s'éclaire et l'illumine.
Outre les portraits que Frans Hais a peints après ce tableau de régents, soit dans les vingt dernières années de sa vie, et dont le dernier dont la date soit authentique : l'Homme au chapeau à larges bords , du musée de Cassel, remonte à 1660, on ne connaît de lui que deux œuvres, les plus singulières, les plus originales, les plus hallucinantes qui soient. Il avait, quand il les produisit, quatrevingts ans et probablement davantage.
Dans la moins parfaite de ces deux œuvres suprêmes, dans les Régents de l'hospice des vieillards, il a, semblet-il, établi à leur place, pour leur perspective, pour leur valeur, les localités lumineuses et intéressantes, les six visages tournés tous plus ou moins vers le dehors; il en a soigné les physionomies, la ressemblance et l'expression; les traits sont précis, les regards significatifs; ils vivent, ils respirent, ils parlent. Puis, en bonne valeur aussi il a situé les mains quil a faites, avec ferveur, solidement personnelles et pathétiques. Enfin il a rejoint, ici avec aisance, ailleurs non sans peine, par la supercherie de quelques raccourcis aventureux, par des insistances de la brosse qui flotte en la confusion hasardée de manches amples et froncées, en figurant par une sorte de ruse fougueuse l'étoffé des sombres vêtements, rajustés grâce à la blancheur par contraste des cols et des manchettes dé-
Cliché Hermans.