‹ Frans HalsChapitre 4 sur 15 · PORTRAIT OF JUDITH LEYSTER · texte numérisé non relu

PORTRAIT OF JUDITH LEYSTER

by Frans Hais, Which Has Been Sold for $250,000 by the Enricn

Galleries to a Collector in Washington, D. Ç.

Hais fut invité à comparaître, pour certains sévices contre son épouse, par-devant MM. les bourgmestres, qui, l'ayant réprimandé, reçurent de lui l'aveu de sa faute. Il dut promettre de se corriger et de se garder de l'ivrognerie et de pareilles extravagances, sous peine, s'il se conduisait encore mal envers sa femme ou d'autres personnes, d'être puni plus sévèrement, à la fois pour le fait actuel et pour ce qu'on porterait de nouveau à sa charge ».

Sa conduite devint-elle meilleure? En tout cas, les conditions de son existence changèrent; sa femme mourut quelques semaines après lui avoir fait infliger cette admonestation un peu vive, et il ne fut plus attrait devant les magistrats. Cependant, le 12 février 1617, « FransHals, veuf, d'Anvers, demeurant rue dite Penselaarsteeg, muni d'une attestation de Harlem, épouse à Spaerdam Lysbeth Reyniers de Harlem, demeurant Smedestraat », et dix jours plus tard les nouveaux époux faisaient baptiser un premier enfant de leur union, leur fille Sara, en présence de deux témoins, Dirk Hais et Reynier Jans.

Malgré ces incidents domestiques, la considération dont Frans Hais jouissait à cette époque dans Harlem, ville entre toutes prude et rigoureuse, ne fut point atteinte : en 1617, en 1618, il est, avec son frère Dirk, membre amateur de la chambre de rhétorique « de Wijngaardranken» ; tous deux faisaient partie de la garde bourgeoise, et, comme le dit le docteur van der Willigen, « les personnes les plus distinguées de la ville continuèrent à l'honorer de leur commerce ».

Dans maints actes de la vie civile, des notables l'assistent en qualité de témoins ; il est appelé à faire le portrait de plusieurs d'entre eux. On lui confie, en 1629, le soin de retoucher et de changer quelques tableaux du couvent de Saint-Jean : à plusieurs reprises, il représente en groupes les officiers du corps des archers de Saint-Georges et de Saint-Adrien, puis les régents des hospices. Enfin, en 1644, il fut élu commissaire de la gilde de Saint-Luc, et plus d'une fois il fut honoré par elle d'une mission de confiance.

De ces éclaircissements il ne ressort pas que sa vie ait été régulièrement ordonnée. Elle ne faisait pas scandale, c'est tout ce qu'on en peut conclure. Tout au moins, pourrait-on supposer qu'il apporta quelque négligence dans le règlement de ses affaires privées : pour payer, en 1642, à Jan ljkess, boulanger, 200 florins Carolus (le florin valant alors plus de 4 francs de notre monnaie), qu'il lui devait pour fourniture de pain et pour prêts d'argent, il lui abandonne des meubles et des tableaux. Cette cession a été transcrite dans le « registre des transports de biens mobiliers par-devant notaires », et voici l'énumération des objets cédés : cinq matelas et traversins avec leurs accessoires, une armoire et une table en bois de chêne, et cinq tableaux : la Prédication de saint Jean- Baptiste^ par Vermander; les Enfants d Israël ramassant la manne ^ parvanHeemskerck ; un tableau du « comparant » et deux d'un de ses fils. Seulement, la confiance qu'avait en son débiteur le boulanger était si grande qu'il ne prenait

pas possession de ces biens : il lui suffisait qu'ils lui fussent nominalement transférés ; il les laissait en garde à Frans Hais.

L'indigence harcèle sa vieillesse. Les travaux se font rares ; la maladie ou l'infirmité plus obsédante ; et il n'a pas mené une existence d'épargne ni de prévoyance. Les créanciers le poursuivent de plus près. Ses tableaux n'ont jamais été cotés à très haut prix : dans une vente après décès, l'estimation des œuvres d'art, faite par Ferdinand Bol, fixe la valeur des Frans Hais, non seulement bien au-dessous des 500 florins, somme considérable à l'époque, qu'atteignaient les Rembrandt, mais au-dessous même de la valeur de beaucoup d'autres peintres aujourd'hui moins connus.

La gilde de Harlem organisait, à la clôture de chaque année sociale, un festin remarquable pour l'abondance et la prodigalité ; en 1653. les femmes y furent admises par exception, et il dura deux jours. Souvent il se terminait par le tirage d'une tombola dont les associés avaient fourni fes lots. 11 fallait, pour participer au banquet, souscrire trois actions, au moins, de deux florins chacune, moyennant quoi, proportionnellement au nombre des actions prises, on avait droit à un lot de tant ou tant de florins. Dans la « liste de la loterie qui sera tenue àl'enseigne du Baslertpijp^ar Cornelis van Kittensteijn et Dirk Hais, en présence du collège des commissaires, composé des commissaires autorisés Graff Meynerts et Henderik van den Boom, le 4 avril 1634 », le montant total en était en florins de 1064,

u20 FRANS HALS.

et en actions de532. L'estimation la plus haute, 104 florins, va à un tableau de Dirk Hais, les Cinq Se?is, avec un cadre, il est vrai, d'ébène: un Molijn est taxé 96 florins; un van Goyen 76, un Heda 66 ; un grand dessin de Goltzius, 60 ; un tableau ovale de Dirk Hais encore, 36 florins, etc., tandis que de Frans Hais deux portraits de cavaliers en buste n'atteignent chacun que 16 florins et une Vanitas 34 florins.

x\ussi en est-il réduit, en 1662, à présenter aux autorités une première requête, demandant qu'elles lui accordent une subvention de 50 florins, plus un prêt de 50 florins. L'année précédente, « en raison de son grand âge», dit la copie d'une cédule renfermant les noms des artistes qui ont payé six sous, montant de la contribution régulière à la gilde de Saint-Luc, Frans Hais a été exempté de tout versement. De rechef, le 16 janvier 1664, les magistrats de la commune statuent « sur requête présentée par Frans Hais, peintre, afin d'obtenir quelques secours en combustibles et en loyer, qu'il lui sera accordé provisoirement trois charrois de tourbe, et que les personnes qui ont à réclamer de lui du loyer comparaîtront devant eux ». Le 1er février enfin, « il est convenu qu'un acte sera remis à Frans Hais afin qu'il puisse recevoir, chaque trimestre, des mains du trésorier, sa vie durant, 50 florins sur les 200 florins Carolus qu'on lui a alloués, à dater du 1er octobre 1663 ».

Ainsi, toujours quêtant le secours et la compassion de ses concitoyens, le pauvre grand artiste délaissé se survécut

plus de deux ans encore. 11 mourut, terrassé par l'âge et sa misère extrême, le 26 août 1667. La sépulture qu'on lui accorda,, le 1er septembre, « en l'église de Saint-Bavon, dans, la chœur, n° 56 », coûta à ses héritiers la somme modeste de 4 florins.

Des neuf enfants qu'il avait eus de ses deux mariages, et dont six étaient des mâles, cinq jouissaient d'un bon renom de peintres. Sa veuve végéta jusqu'en 1675 au moins, puisque, le 26juillet de cette année, sur ses instances réitérées, l'administration communale établit à son profit un secours de quatorze sous par semaine, à prélever sur les deniers affectés aux pauvres.

Et voilà tout ce qui esteonnu avec certitude de l'existence de Frans Hais, ces lamentables témoignages de ses souffrances et de son dénuement.

Page 1