‹ Frans HalsChapitre 8 sur 15 · V. — Tableaux de genre ou de fantaisie · texte numérisé non relu

V. — Tableaux de genre ou de fantaisie

Le domaine de la fantaisie, de l'invention personnelle, de l'interprétation capricieuse de la nature est, dans l'œuvre de Frans Hais, extrêmement restreint. Il ne s'est guère adressé qu'au modèle humain, sans le situer même dans un décor ou l'environner d'accessoires propres à faire valoir sa personnalité ; c'est dans le modèle seul, dans ce qui nécessairement le touche, dans le vêtement, qu'il a trouvé les éléments d'expression qui lui paraissaient nécessaires. 11 n'a composé que quelques paysages pour placer, au milieu, des portraits doubles ou des groupes plus nombreux ; et ses intérieurs sont tout aussi rares.

En réalité, son œuvre de fantaisie consiste en des études d'expression, d'après des têtes d'enfant, ou en des portraits véritables de gueux, de mendiants, de haillonneux qu'il faisait poser librement devant lui. Sont-ce des tableaux de genre? Ce sont, avant tout, des portraits.

Le musée de Berlin possède la copie ancienne, probablement contemporaine, du plus ancien ouvrage de cette espèce, qui soit attribué à Frans Hais. L'original est, dit-on, en Amérique. Aucun détail de lieu; la scène se passe pourtant dans un intérieur, l'éclairage le certifie, aussi bien que le sujet. Mais pas un meuble, pas une tenture, pas un détail étranger aux personnages mêmes ne s'y découvre. Par

contre, devant le fond uniforme qui doit figurer le mur de la chambre, que de soin consciencieux dans le rendu des soies unies, plissëes, froissées, dans le brocart du corsage et des manches, dans le souple velours, dans les perles d'un collier triple, dans les dentelles des manchettes et de l'énorme col à la Médicis ouvert en carré sur la fraîcheur d'une belle gorge ! Ce n'est ici qu'une copie, mais elle étonne pour la franchise de sa facture, la hardiesse souple du métier.

Mais voici mieux. A l'époque, ce fut plus prisé, car les redites, les répliques plus ou moins conformes, avec ou sans variantes, abondent dans les musées d'Allemagne, d'Angleterre et dans les collections privées. Ce sont des effigies d'enfants dépeignés, et qui rient. Tout le charme, qu'ils soient vus de face ou de profil (à Schwerin, à Glasgow, à Hampton-Court, à Dijon, etc.), tient dans l'irrésistible et saine elfusion d'un rire ingénu et luxuriant qui creuse les lignes du visage, entr'ouvre les lèvres, éclate aux dents, rayonne dans les yeux et secoue de tressauts la figure entière. La main du praticien trouve dans de tels motifs un attrait exalté : modeler avec patience la tête forte d'un petit enfant, ce n'est rien, mais il la fait épanouir dans l'excessif éclat d'une explosion de rire, où tout se déplace, s'intensifie, se transforme, s'exagère et ne porte point néanmoins le stigmate d'une hideur caricaturale et grimaçante. La tête respire le bonheur, et les méplats en sont comme tuméfiés, et dans les chairs s'y recourbent de ces sillons larges où l'ombre s'approfondit. Parfois, une main, construite fortement, écarquillée, presque crispée, pourtant

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Cliché Ilanfstaengl.

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