‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 104 sur 206 · Déposition du citoyen P. Le Dorneire · texte numérisé non relu

Déposition du citoyen P. Le Dorneire

3. La municipalité de Vannes, dans une lettre aux administrateurs du département du Morbihan, après avoir brièvement rappelé cette odieuse conduite daprès les dépositions sur lesquelles je viens de mappuyer. ajoutait : « 11 est hideux, mais fidèle, ce tableau, peint sur les lieux par des témoins irréprochables qui ne refuseraient pas de répéter leurs dépositions et que suivraient au besoin cent autres témoins dignes de foi. » Archives du collège Saint-François-Xavier.

4. Je regrette d'être contraint de remarquer que 1" indiscipline

Mais que faisaient, en présence d'actes si révoltants, les autorités civiles et militaires? S'eniployaient-elles à les réprimer, à les punir, ou plutôt se croisaient-elles stoïquement les bras pour laisser passer la justice du peuple et inspirer à tous une crainte salutaire de ses fureurs? On est heureux de constater qu'assez ordinairement les détenteurs du pouvoir n'oubliaient pas entièrement leurs obligations les plus élémentaires.

I.es municipalités d'abord essayaient de leur mieux d'arrêter ces excès. Elles gémissaient, verbalisaient et dénonçaient. Il faut des châtiments sévères, redisaientelles dans leurs lettres apeurées aux administrateurs du département, il faut que les méchants frémissent

ne n'-gnait pas seulement dans les troiii)es qui évoluaient dans le Morbihan. Voici ce qu'écrivait le ■conventionnel Dubois- Crancé le 18 ventôse an 11 (3 mars 1794) : « Les routes sont [tavées dcfjuis Orléans jusqu'ici (Nantes) d'allants et venants très dispendieux et très inutiles a la République. La plupart de ces hommes voyagent sans autre but que de se faire paj-er 3 sols [)ar lieue et l'étape, d'attraper ici un habit qu'ils vendent à six lieues de là, des souliers qu'ils revendront sur-le-champ, de ne jamais se battre. Je suis convaincu qu'il y a plus de 40.000 hommes qui ne font d'autre métier en France. Voici ce qui se passe. In soldat lâche ou fripon gagne ex prés la gale ou la vérole, il va à l'hôpital. Sortant au bout d'un mois, il demande une route pour rejoindre son corps; si le commissaire des guerres l'ignore (et c'est presque toujours ce qui arrive), le S(d(iat déclare que son corps est à l'armée des Alpes, tandis qu'il sait hitui ipiil doit le trouver aux Pyrénées. .Mors le voilà décidément dispensé de servir, voyageant avec l'étape et 3 sols par lieue toute la campagne sans jamais rejoindre son corps. » Trois à <|uatrc cents siddats ont hier passé par Nantes en de telles conditions Archives nationales, AKii, 273). La conséquence,

l'indiscipline dans l'une de nos armées ro3

d'épouvante à la vue du gl-aive de la loi et de la justice suspendu sur leur tête. Parfois même elles élevaient publiquement la voix, se figurant naïvement qu'une proclamation ampoulée et creuse, des appels boursouflés au devoir, à la discipline, à l'honneur, refouleraient au fond des cœurs les appétits qu'elles avaient ellesmêmes trop souvent déchaînés.

« Soldats français, s'écriaient-elles, quand, aux cris de la patrie en danger, vous avez volé dans ses bataillons, les despotes et leurs phalanges esclaves n'ont vu en vous qu'une phalange de héros, et ils ont tremblé. Au moment où les autorités constituées de cette ville (Vannes) vous ont vus vous réunir auprès d'elles, la défaite des rebelles leur a paru certaine; cette attente ne sera pas trompée.

« Mais que feriez-vous, que deviendrait la patrie, si, transformés en de vils brigands et oubliant les lois que l'honneur et l'intérêt général ont dictées, ses défenseurs

concluait-il. « c'est que la nation paie au moins le double de ce qui la sert » 1 19 ventôse an II (9 mars 1794) : Ministère de la Guerre, armées des Côtes de Brest. — Voir l'arrêté pris par le représentant Prieur de la Marne, afin d'obvier à ce lamentable état de choses dans l'armée des Côtes de Brest : Archives nationales, AFir, 269, plaquette •2263. pièce 69. — D'après un autre document officiel, sur 90.000 hommes, 28.000 seulement étaient à leur poste; le reste « croupissait dans l'oisiveté et la débauche ». Cf. ihid., pièce 76. — Lire éji^alement une lettre de Marc-Antoine JuUien, commissaire envoyé par le Comité de Salut public dans le Morbihan. 6 frimaire an II (26 novembre 1793) : ibid., 276. plaquette 2312. pièce 4S. et une autre de Brutus Majunier. président de la commission militaire de Rennes, 27 frimaire an II 17 décembre 1793; : ihid., plaquette 23i:). pièce 14. — Sur les autres points du territoire les choses n'étaient pas dilférentes. Cf. lettres de Garrau ;'22 octobre 1793). de Clauzel (I79.'j), relatives à l'armée des Pyrénées-Orientales; celle de Gauthier et Dubois-Crancé en mission à Lyon. 8 octobre 1793. etc.

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se livraient aux mêmes excès que ceux que Ton poursuit ?

<' Respect des propriétés, discipline, subordination, voilà, soldats, les devoirs qui sont imposés à votre courage. Ceux-là ne sont point des Français qui vous crient le contraire, ce sont les dignes satellites de Brunswik, de Catlielineau, de Georges.

(( Et vous, vrais républicains, vous, nos généreux frères, courez aux postes où le danger, où la gloire vous appellent; mais arrivez-y sans tache. Soumis aux chefs qui vous ont été donnés, maintenez au péril même de votre vie Finviolabilité de toutes les propriétés. Provoquez Texécution de ces lois qui livrent à la mort ceux qui oseraient y porter quelque atteinte. C'est pour y concourir avec vous que nous requérons expressément de vos chefs la punition la plus prompte et la plus éclatante des hommes qui seraient assez lâches pour vous déshonorera »

Ces banalités sonores, on le conçoit, tombaient inutiles aux pieds de soldats grisés de leur importance et de leurs fureurs. D'ailleurs ils se moquaient ouvertement des ofhciers municipaux et de leurs colères factices, du moins impuissantes, a I.e 23 fructidor, troisième année républicaine (9 septembre 1795), dépose un ci-devant huissier de la société populaire de Vannes -, à la iin du bal qui eut lieu en réjouissance de Tacceptation de Tacte constitutionnel, voyant que des militaires s'emparaient des chandelles qui restaient encore,

1 . l'ait l'ii conseil ijrén(''r;il dn tlt'partenuMil du Morbilian et mitres .iutorilés constitiu'es, en pei'Miancncc à N'annes, 25 mars 1193. Arcliives dépai-tenienlales, L, 2'i4.

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