C'était Garât
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traire, mais à le faire renvoyer au même comité qui a rédiofé Pacte d'accusation contre I^ouis XVI î Ah ! s'il pouvait exister un département d'assassinats judiciaires, quelle autre conduite pourrait donc être plus digne du ministre de ce département ! »
Mais ce n'est là qu'un début.
a M. de Malesherbes s'est transporté au comité pour y réclamer les paquets. « On a refusé de les remettre. <( Il a vu (pourtant (ju'ils avaient été ouverts; qu'il y avait des pièces imprimées et dans un des paquets des pièces manuscrites qu'on ne lui a pas laissé lire (et dont, malgré des démarches réitérées, il ne put jamais obtenir communication)... 11 en est résulté que la cause de Louis XVI a été plaidée sans que son défenseur ait eu la moindre connaissance de ces pièces. Malheureusement, ce ne sont pas les seules qui aient été soustraites; et on s'est assuré à cet égard toutes les facilités possibles en n'observant dans l'enlèvement des papiers du roi aucune des formalités prescrites par la loi pour en faire un usage juridique. On les emploie néanmoins à sa cliarge, comme si toutes ces formalités eussent été observées ! »
M. de Bertrand continue, relevant d'autres faits qui prouvent évidemment la partialité de juges décidés à condamner et la déloyauté du gouvernement qui les y pousse.
«« On imprime, dit-il, et on répand avec profusion dans tout le royaume une collection prétendue complète de toutes les pièces trouvées chez le roi; et on la compose uniquement de celles (ju'on a jugées susceptibles de quehjue interprétation défavorable et qu'on a encore envenimées par les notes les plus perfides. »
Parmi les pièces ainsi méchamment dissimulées se trouvait un plan secret dressé par Tempereur Léopold pour Tenvahissement de la France et le rétablissement de l'autorité du prince. On le fit disparaître; autrement il eut fallu reconnaître que Louis XVI seul en empêcha Texécution. Effectivement, « on ne lui demandait que son consentement secret, et il n'eut besoin de consulter personne pour le refuser, parce que les sacrifices auxquels le bonheur du peuple le déterminait étaient toujours sincères '^. Que ne puis-je ici invoquer le témoignage des deux ministres auxquels il s'en était ouvert. Mais, hélas! ils ont été massacrés! « Et il est bien difficile de n'attribuer qu'au hasard le choix des victimes immolées le 2 septembre. »
Dois-je signaler encore une autre disparition tout aussi regrettable? Il s'agit d'une sorte d'examen de conscience, tout entier « de la main du roi •>. Le prince y rappelle ce qu'il a fait depuis son avènement au trône, même ce qui lui paraît maladroit ou fâcheux. Or, « on reconnaît jusque dans les fautes qu'il se reproche l'empreinte de toutes ses vertus et de son amour constant pour le peuple français ». Cet écrit sincère, loyal, lumineux, plusieurs témoins l'ont vu. Qu*est-il devenu? Qui l'a soustrait aux défenseurs de l'accusé? Pourquoi ne l'a-t-on pas joint aux pièces jetées par le pouvoir dans tous les coins de la France?
Ces nobles protestations, personne ne l'ignore, se perdirent au milieu des cris de haine poussés par des meneurs sanguinaires et n'éveillèrent ni sympathie, ni remords dans l'âme des conventionnels apeurés ou féroces.
Cet échec lamentable ne découragea pourtant pas les
dévouements à la royauté. On n avait pu éloigner une sentence de mort. Fallait-il renoncer à tenter d'écarter la mort elle-même? On ne s'y résigna point, les uns par amour pour le condamné, d'autres par politique peut-être ou bonté naturelle.
u En jugeant Capet à mort, écrit un citoyen des Sables, vous avez fait votre devoir ; vous avez donné un grand exemple à TRurope de votre énergie. S'il en est encore temps, faites-vous encore admirer par votre bumanité, en prouvant à l'univers entier l'borreur qu'inspire à la nation française le sang de son semblable, qui n'a que trop coulé dans tous les mouvements révolutionnaires. Faites grâce au tyran et commuez la peine en une détention qui durera jusqu'à la fin de la guerre. Tel est le vœu du républicain AuzanetV »
Ce vœu avait été plusieurs fois exprimé à la Convention, môme avant la condamnation du prince, comme si, dès le début, à voir la liaine dont on le poursuivait, on eût deviné le résultat du procès entamé.
« Législateurs, disait-on, vous devez à l'Europe, à l'univers entier le grand exemple que peut donner une nation libre... dont vous êtes les organes et qui est trop puissante et trop fière pour craindre un roi détrôné. » Au nom de la gloire de notre commune patrie, ne versez point le sang de Louis Capet!
« Un intérêt plus puissant encore sollicite sa grâce : c'est rintérêt de la France qui déjà trop agitée au
i. Aux Sables. 23 janvier n!)3.
dedans se verrait oblig-ée de soutenir de nouvelles guerres contre l'Angleterre, TEspagne, etc., tandis que nos ennemis intérieurs, profitant delà faiblesse de nos lois, nous plongeraient jusqu'au (fond) de l'abîme anarchiqiie '. »
Quels avantages, par contre, nous commanderaient ce supplice? « Ce n'est pas la sûreté de la République. Que I.ouis XVI vive ou qu'il meure, ce n'est qu'un homme de plus ou de moins dans le nombre de ceux qui auraient préféré la monarchie... Quand les villes grecques s'érigèrent en républiques, elles étaient sans doute mécontentes du gouvernement de leurs rois; cependant elles ne les envoyèrent pas à l'échafaud : (Imitez-les)...- J'ai parlé en homme libre à des hommes libres'^. » Bien mieux, j'ai parlé à des hommes généreux. « S'il est vrai que Louis XYI et Antoinette, son épouse, soient autant coupables que l'annonce le cri public, conduisons-nous d'une manière digne des Français ; en sorte que, leur procès fait et parfait pour les faire connaître tels qu'ils sont, quoiqu'ils se trouvent peut-être coupables de la plus noire trahison, ils apprennent à tout Tunivers que nous sommes assez bons, forts et humains pour, en méprisant leurs fautes, leur accorder la vie sauve, comme grâce spéciale à l'occasion du joyeux avènement de la République^. » Que Capet, si l'on veut, « soit chassé comme Gain, qu'une proclamation soit faite dans toutes les langues que quiconque touchera Louis sera puni