CANTIQUE COMPOSÉ PAR UN MILORD
Air : AA.' vous dirai-jc. uininnn.
(jrand Dieu! l'orgueil des mortels
A renversé tes autels;
Ton auguste sanctuaire
Des serpents est le repaire.
A ce souvenir affreux
Les pleurs coulent de mes yeux.
Si tu ne prêtes ton bras,
Qui dirigera nos pas?
De nos pasteurs légitimes
Les loups ont fait leurs victimes.
Xous-mèmes contre leurs coups,
Gomment nous défendrons-nous?
Ah! s'il faut dans cet instant Sceller ma foi de mon sanç,
1. Lire notamment, à l'appui de cette assertion. les propos relevés contre le canonnier Marinault qui, lui aussi, arrivait de Vendée. Archives nationales. W, 384, 893, pièce 118.
248 FUATEKMTÉ REVOLUTIONNAIRE
Bourreau, ({ue rion ne l'arrête, Ta viclime est toute prête; Fidèle à mes vrais pasteurs Je te pardonne et je meurs'.
Les juges du jeune Crouillière, eux, ne pardonnaient pas, et leurs questions se multipliaient.
— Ces écrits abominables, d'oii les teniez-vous ? Comment sont-ils venus entre vos mains?
— Oh ! c'est bien simple, répliquait Taccusé : je les trouvai lorsque les convois de voitures (de l'armée catholique) vinrent se réfugier à Séez au temps que les brigands passèrent par Laval, Mayenne et Le Mans. Depuis ce jour je les avais entièrement oubliés.
— Oubliés! voilà qui vous condamne, voilà qui dénote vos sentiments anticonstitutionnels. « Le premier mouvement d'un vrai républicain, lorsqu'il trouve de pareils actes, n'est-il pas un mouvement d'indignation qui le porte à les déchirer ou à les jeter au feu? Mais ce qui prouve, à n'en pouvoir douter, que vous vous plaisiez à les conserver et à les lire, c'est que vous avez pris vous-même la peine d'écrire sur votre registre une chanson qui n'est pas moins scélérate. » — Cette chanson, mais « je ne l'ai jamais chantée », car je suis bon patriote. Oui, bon patriote ; et ce qui en témoigne mieux que de simples paroles, c'est que j'ai <( fait le
1. Les trois couplets que je laisse de côté sont tout aussi inoU'ensifs. Quant à VAdres^se aux Français, elle est trop connue pour que je la cite. C'est relie datée de Thouars, 21 mai 1193. — Il serait pareillement inutile de reproduire la <^ copie du passeport de rarince catlioli(iue délivré au nommé Beaumont de la ville d'Orbec >\ copie trouvée dans les papiers du jeune Crouillicrc. Ces pièces, qu'on osait invoquer contre ce malheureux, se trouvent dans son dossier, n°' 4, (i,7.
service de la garde nationale, assisté aux assemblées primaires, accepté la Constitution ».
Qu'on n'essaye pas enfin de se servir contre moi du passeport du nommé Beaumont, saisi dans notre maison. Ce Beaumont, je l'affirme, et je défie qu'on établisse le contraire, ce Beaumont, je ne l'ai jamais connue
Ainsi tombait lamentablement, et sans que la bonne volonté d'un seul témoin vînt l'étayer un moment, l'échafaudag-e des accusations articulées contre le jeune Crouillière.
Son père et sa mère se disculpaient plus aisément encore. Ils avouaient avoir reçu des lettres de leurs fils ; ils reconnaissaient avoir envoyé des secours à l'exilé, s'être acquittés, « autant qu'ils pouvaient croire », des commissions qu'il leur donnait. Mais vraiment comment le leur imputer à crime? Agir autrement, ils l'eussent tenu pour le fait d'êtres dénaturés dans des jours surtout où l'on célébrait si pompeusement les charmes de la fraternité. D'ailleurs leurs correspondants n'étaient pas des émigrés, au vrai sens du mot, puisqu'en quittant la France ils avaient simplement profité d'une concession accordée par la loi.
Quant aux lettres qui leur avaient été adressées par des étrangers, ou bien ils ne les avaient jamais reçues comme celle qu'on avait saisie à la poste; ou bien l'on ne pouvait raisonnablement leur en faire un grief. C'étaient des témoignages d'amitié- et de gratitude "^ qu'ils n'avaient point sollicités et dont ils ne devaient
1. Cf. interrogatoires de Séez et d'Alençon. pièces 23 et 24.