LA RÉPUBLIQUE OU LA MORT
'- André Dumont, représentant du peuple..., profondément indigné de l'attentat horrible commis cette nuit
1. Archives nationales, W. 398, pièce 2. •2. IhicL, AFii, 143''. pièce 23.
274 FRATERiMTÉ RÉVOLUTIONNAIRE
près le temple de la vérité (la cathédrale) où Ton scia et enleva l'arbre de la raison,
« Arrête :
« 1" Que toutes les autorités constituées s'assembleront sur le champ et feront faire les plus promptes perquisitions pour découvrir les auteurs de ce crime affreux et faire tomber sur eux le glaive de la loi ;
« 2^ Que les coupables seront punis de mort sur le lieu même où le crime a été commise »
Si Ton avait demandé à ce satrape sanguinaire en vertu de quelle loi il châtiait ainsi, certes il lui eût été impossible de répondre, nous le savons, mais il ne s'embarrassait point de ce détail et continuait :
« Attendu qu'il est indispensable de sévir avec la plus grande rigueur pour arrêter les progrès de cette infernale conspiration... 1^ tout liomme ci-devant connu sous le nom de prêtre, bedeau, suisse, chantre et autres de cette espèce, trouvé dans les rues après six heures du soir ou avant sept heures du matin sera arrêté et conduit en prison ; 2° tout citoyen trouvé dans les rues après dix heures du soir sera incarcéré; 3° tout homme, qui, par ses actions ou ses propos, tenterait à faire improuver les mesures nécessaires, sera arrêté et livré à une commission qui sera établie pour juger les conspirateurs ; tous les bons citoyens sont invités à exécuter eux-mêmes la première disposition de cet article'^. »
C.es prescriptions ne restèrent pas lettre morte : le potentat nous l'apprend lui-même. Quelques heures
ihid.
plus tard il écrivait : « Sept mille hommes sont sous les armes..., la générale bat, les visites domiciliaires se font ' . »
Et tout cela pour venger un arbre abattu !
On aura sans doute remarqué qu'il était une catégorie de citoyens, bien étrangers apparemment au fait incriminé, sur lesquels pourtant Dumont déchargea plus lourdement sa colère. 11 avait voué aux prêtres une haine spéciale-; l'incident de la nuit du 17 au 18 frimaire lui fournit l'occasion d'exhaler enfm sa rage comme il lui convenait.
11 mandait ce même jour à ses collègues : « Je méprise les prêtres, mais je ne les combats qu'avec le ridicule^. » Qu'effectivement il cherchât à les ridiculiser, il s'en vante lui-même en des termes qu'ont affectionnés les polissons de tous les temps : « J'ai fait lier deux à deux cinq douzaines cVanimaux, de bêtes noires^ et elles ont été exposées à la risée publique sous la garde des comédiens '. » Pourtant qu'il les combattît seulement de cette manière, comme il Taffirmait, c'était inexact. 11 se donnait d'ailleurs aussitôt à lui-même un démenti formel, en ajoutant qu'après avoir exposé à la risée publique ces cinq douzaines de bêtes noires, il les avait fait incarcérer. Duquesnoy, son collègue du Pas-de-Calais, écrit d'ailleurs, lui aussi, que cette nuitlà on emprisonna « une infinité de prêtres inconnus dans cette commune •' ».
1. Archives nationales, AFii. 143'', pièce 23. •2. Cf. Ibid., pièce 11.