‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 164 sur 206 · Véron-Réville, op. cit.. p · texte numérisé non relu

Véron-Réville, op. cit.. p

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Par bonheur, le 9 thermidor se leva peu après sur la France, elles victimes innocentes de l'arbre abattu d'Ilirsingen recouvrèrent successivement leur liberté, avant qu'on eût eu le temps de dresser Téchafaud et d'assurer la guillotine. Cette fois le sang français ne coula pas.

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Malheureusement il n'en fut pas toujours de même; et de multiples hécatombes, sur tous les points de notre pauvre pays, montrèrent que lorsque Barère s'écriait en pleine Convention : u 1^'arbre de la liberté ne peut croître qu'arrosé du sang des rois », il n'exprimait qu'une partie de la vérité; ses collègues allaient sous peu lui faire entendre qu'à leurs yeux il fallait autre chose. Au sang de Louis XVI , en effet, ils mêlèrent avec prodigalité le sang du peuple; et comme le disait en termes de cannibale un commissaire des guerres à l'armée de Brest. « le fumier des cadavres » de simples citoyens s'entassa en maints endroits pour hâter le développement de ces « emblèmes chéris de la fraternité, de la liberté et de la raison ^ » .

L'année 1703 vient de commencer. Les nouvelles du

\. Archives nationales, AFii, 2"(;, 2317. pièce 66. — Je constate avec plaisir que les [tatrintes s"eni])l()yèrent parfois d'une façon ]>Ilis inollensive à C(> développement si désirable à leurs yeux. C'est ainsi que le citoyen Oeniachy. l'un des collaborateurs du féroce lirutus Magnier à la Commission militaire de Hennés, obtint d'être enterré au pied de cet « eml)lème chéri », convaincu, suivant les expressions du C(mventionnel Esnuej.avallée. (pie « les cendres d'un vrai républicain étaient propres à enraciner et faire ci'oitre l'arbre de la liberté ». /A/J.. \V. \\)', .•12:i, pièce iU.

procès du roi ont surexcité la population de Rouen ', trop prédisposée déjà au mécontentement par les souffrances que la Révolution lui apportait-. Le 12 janvier, un attroupement considérable se forma; on y tint des propos antirévolutionnaires, on arbora la cocarde blanche, on cria : « Vive le roi! » et enfin on scia l'arbre de la liberté.

Ces crimes appelaient la vengeance nationale. En fait, de nombreuses arrestations furent opérées et un peu plus tard vingl-trois inculpés paraissaient devant le tribunal révolutionnaire de Paris. Le procès s'ouvrit le 20 août et se termina dans la nuit du 5 au G septembre. Je m'occupe seulement ici de ceux contre lesquels on articula le délit d'outrage à Yarbi^e chéri. Cinq furent inculpés de ce chef.

L'un d'eux était J. B. Henry, u Agé de dix-huit ans, natif d'Aumale, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Rouen, à l'enseigne de la Croix-Bhinr-lie, tailleur d'habits... On lavait vu scier l'arbre de la liberté, en arracher les différentes inscriptions et les porter à son derrière, lequel arbre a été ensuite brûlé ». Ces divers forfaits contribuèrent à lui valoir une condamnation à mort'\ [^e second, Guillaume Thomas

1. Voir lettres des administrateurs iki département de la Seine- Inférieure, janvier 1193. Archives nationales, G. 245.

2. « La disette est absolue à Houen et dans les villes environnantes. Nous ne pouvons nous le dissimuler, la situation du département est des plus aftligeantes : le pain qu'on y mange est all'reux, encore n'en a-ton pas assez. » Ainsi parlaient, vers cette époque, presfjue dans chacune de leurs lettres, les conventionnels en mission dans cette contrée.

3. Je transcris ici la partie du réquisitoire qui le concerne : on verra ce qu'était la vie d'un homme pour les sensibles disciples de .lean-Jacques. Requiert Fouquier-ïinville « contre J. B. tlenry, (lit Lachambre, qu'il faisait partie de l'attroupement contre-révu-

Lévêque, âgé de quinze ans et demi, « avait été vu, après que Farbre de la liberté eût été renversé et tandis qu'on le brûlait, applaudir à cet acte vraiment contrerévolutionnaire en claquant des mains et en tenant son chapeau en Tair ' ». Une grave maladie, qui lui survint pendant les débats, Tarracha sans aucun doute à la guillotine, et il en fut quitte pour une longue détention. Près de ces deux jeunes gens, voici une faible fille de seize ans et demi, Françoise Candide Lebreton. Ello u était là lorsque Tarbre de la liberté fut renversé. Elle avait été vue applaudir et entendue crier : Vive le roi ! On l'avait vue (de plus) porter dans son tablier des coipeaux [sic) pour brûler l'arbre de la liberté^. » Cette fois le tribunal se montra clément : l'enfant fut jugée

lutionnaire rassemblé sur la place Rougemarre, le 12 janvier dernier ; qu il a été vu par plusieurs témoins, assis près l'une des tables dressées sur ladite place, engager les citoyens à signer la prétendue adresse... (en faveur de Louis XVI, dont le procès s'instruit) ; qu'il a été vu aussi scier l'arbre de la liberté, en arracher les difl'é rentes inscriptions et les porter à son derrière, lequel arbre a été ensuite brûlé; qu'il était l'un des plus acharnés à provoquer les cris séditieux de : « Vive le roi ! » Lorsque la garde se présenta pour dissiper cet attroupement, la plupart de ceux qui le composaient prenant la fuite, Henry leur cria qu'ils étaient des lâches, qu'ils l'abandonnaient, et se saisit des papiers qui étaient sur la table et qui contenaient les signatures qu'il avait reçues ; qu'il s'est olîert volontairement pour recevoir lesdites signatures, et qu'à cet etfet il a acheté de l'encre, du papier et des plumes; qu'il a signé le premier et signait aussi pour les personnes qui ne savaient pas écrire ; que lors de son arrestation il a été trouvé saisi de deux feuilles de papier contenant des signatures, et de dix petits bulletins sur plusieurs desquels sont écrits : « Vive le roi; pour la vie du roi. » (Archives nationales, W, 28o, \^[.) Je note dès maintenant que Louis XVi n'étant point encore jugé, il était parfaitement léiritime de signer et de faire signer des adresses en sa faveur, comme de crier : « Vive le roi ! »

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