‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 171 sur 206 · Le Moniteur, an IL n · texte numérisé non relu

Le Moniteur, an IL n

2. L'agent national près le district de Carpentras au représentant Maignet. 10 floréal. Archives nationales. AFii. 14o. 1159, pièce 3.

tisme, raristocratie et tous ses crimes. Ça va et ça ira '. »

Eh bien ! non, ça n'alla pas. Les exécuteurs des ordres de Maignet étaient contraints de Tavouer le lendemain : pas la plus vague dénonciation ne s'était faite. « Nos soins, nos demandes multipliées, nos instructions, nos menaces n'ont rien produit de nouveau, écrivaient-ils. Le môme silence continue de receler les coupables auteurs du crime inouï qui s'est commis à l'inl'àme Bedoin ^. »

11 est difficile de concevoir l'exaspération de Maignet, en apprenant qu'à Bédoin on ne trouvait pas un seul délateur. Sa rage s'exhala dans l'arrêté suivant, modèle de folie sanguinaire, qui confond et épouvante :

c< Au nom du Peuple français,

« Considérant que la justice ne saurait donner trop d'éclat à la vengeance nationale, dans la punition du crime qui s'est commis à Bédoin;

« Considérant que l'opiniâtreté que les individus saisis, comme le plus fortement prévenus de ce crime, mettent à ne pas faire connaître les principaux auteurs, fait présumer que toule la commune est criminelle ;

> Considérant qu'une commune qu'une pareille suspicion poursuit ne saurait exister sur le sol de la liberté ;

« Ordonne que le tribunal criminel... se transportera dans le plus court délai à Bédoin, pour y instruire la procédure et y faire exécuter de suite les jugements qu'il rendra ;

1. Sucliet à Maignet. Archives nationales, AFii. I4;j, 1159, pièce 3. -1. L aiienl national à Mai-rnet, 18 et li) tloréal. IbhL

« Ordonne qu'aussitôt après l'exécution des principaux coupables Tagent national notifiera à tous les autres habitants, non détenus, qu'ils aient à évacuer dans les vingt-quatre heures leurs maisons, et à en sortir tous leurs meubles ; qu'après l'expiration du délai, il livrera la commune aux flammes, et en fera disparaître ainsi tous les bâtiments ;

« Ordonne qu'au milieu du territoire où exista cette infâme commune sera élevée une pyramide qui indiquera le crime dont ses habitants se rendirent coupables, et la nature du châtiment qui leur fut infligé '.

« Fait défenses à qui que ce soit de construire à l'avenir, sur cette enceinte, aucun bâtiment, ou d'en cultiver le sol -. »

Voilà ce que, pour une bagatelle, prescrivait l'un de ces délégués que la Révolution se plaisait à investir de pouvoirs presque illimités et auxquels il fallait obéir aveuglément sous peine de mort !

Et ces hommes, ivres de folle colère et de sang, trouvaient alors qui les applaudissait.

u II est impossible, lui écrivait Suchet, le chef de bataillon que nous connaissons, il est impossible de te témoigner toute mon admiration pour les arrêtés salutaires que tu viens de lancer contre l'infâme commune de Bédoin. Tues vraiment digne delà Montagne, car tu connais bien ses principes... Melleret ^ et moi allions monter à cheval, au moment où ton arrêté est

1. Cet article rappelait fun de ceux du décret lancé le 12 octobre 1193 contre Lyon. Cf. le Moniteur à cette date.

2. Arctiives nationales, AFii, t4.j. ll.o9. pièce 3. — Fait à Avignon, le n floréal an 11.

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