Probablement l'un des officiers de son bataillon
arrivé, pour te proposer de faire fusiller sur les lieux Mais ton génie révolutionnaire surpasse tous nos désirs... Craignant de ne pas t'exprimer d'une manière assez vive notre satisfaction, nous te députons mon frère ; il te pressera sur son cœur au nom de tous, car, je l'avoue, des larmes de joie ont coulé de nos yeux lorsque nous nous sommes dit : « C'est un représentant du peuple. » Ah! combien la nation ne (te) doit-elle pas 1
« Tout à la République.
u Ton ami\
« SlCHKT '. »
Aux paroles, le tribunal criminel du département de Yaucluse allait joindre les actes. Kt quels actes !
Installé à Bédoin, il s'est mis sans retard et de tout cœur à sa triste besogne; il a commencé un semblant de procédure, interrogé les prévenus.
Mais voilà que, tout à coup, ces hommes sont pris de scrupules inattendus. Le représentant du peuple les a appelés pour s'occuper de l'attentatcommis à Bédoin, découvrir et punir les coupables. Et parmi ceux sur le sort desquels ils doivent prononcer, certains n'ont jamais habité celte commune ou prouvent irréfutablement qite la nuit du crime ils étaient à plusieurs lieues de cette localité. Les pouvoirs du tribunal s'étendentils à ces inculpés? Ils en doutent. Mais comment, d'autre part, relâcher, alors qu'on les a sous la main, des contre-révolutionnaires notoires, qu'il sera peut-
1. Arcliivos nationales, AFn. 14:i, 1159, pièce 3. — L'agent national If (iiialiliait <^ d'intrépi<le et précieux chef » (p. 41). Ces gens-là se coniprcnaicnl.
être impossible de saisir plus tard ? Ils n'en ont pas le courage. Maignet, mis au courant de ces hésitations, a bientôt fait de rassurer ces trop timides serviteurs de la Révolution: il lui suffit d'un nouvel arrêté, et les arrêtés ne lui coûtent pas.
« Considérant, écrit-il, que se borner à juger ceux qui se sont trouvés dans Bédoin au moment où le crime a été commis et laisser à un autre tribunal le soin de juger ceux qui, ayant manifesté leur haine pour la Révolution, méditaient depuis longtemps ce crime, qui l'avaient préparé et auraient concouru à le commettre s'ils n avaient été déjà arrêtes : que la raison et les lois de la justice imposent la nécessité de les regarderies uns et les autres comme les auteurs et les complices de cette conjuration ;
« Considérant que tous les hommes que la loi poursuit et qui se sont trouvés dans les contrées environnantes de Finfâme Bédoin, tels que la nommée Martin, ex-religieuse insermentée, sont censés faire partie chc rasseniblernent formé pour y opérer un mouvement contre-révolutionnaire,
« Déclare qu'il a été dans son intention... d'investir le tribunal criminel du département de Vaucluse.. du pouvoir révolutionnaire de juger tous les individus domiciliés ou trouvés dans Bédoin ou les contrées environnantes, qui seront suspectés d'avoir participé à Tinfàme attentat qui y a été commis, ou de l'avoir préparé par leurs exemples... et d'être devenus ainsi les premiers auteurs du forfait.
« Avignon. 7 prairial an II i.»