Archives nationales. AFii, 145. 1159, pièce
C'était dire aux membres du tribunal : « Que vous êtes donc timides ! Jugez et condamnez à votre aise, nous sommes les maîtres. »
Ceux-ci ne faillirent point à cette noble tâche, et, le 9 prairial, ils donnaient là sanction légale et judiciaire à l'arrêté que nous connaissons. Mais il faut lire cette pièce :
JUGEMENT RENDU PAR LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE DU DÉPARTEMENT DE VAUCLUSE
a Déclare en état de contre-révolution la commune infâme de Bédoin...
« Condamne à la peine de mort soixante-trois habitants de ladite commune.
« Déclare que dix propriétaires de ladite commune, tous nés et domiciliés à Bédoin, sont convaincus de contre-révolution et mis hors la loi pour s'être soustraits aux poursuites de la justice.
« Condamne à six ans de fer Jacques Clop ', cordonnier, domicilié à Bédoin, convaincu de crime d'agiotage, et à un an de détention F. Constant, pour avoir été sans cocarde.
a Ordonne que treize de ses habitants seront reclus comme suspects.
« Décharge d'accusation et met en liberté cinquante-deux habitants, sans néanmoins les soustraire aux dispositions de l'arrêté du représentant du peuple, Maignet, du 17 lloréal, qui ordonne que la
1. On poiil voir les noius de tous les oondaniQés dans la piùce 20.
commune de Bédoin sera livrée aux flammes et ses habitants dispersés et soumis à l'appel dans les communes environnantes.
« Le tribunal charge l'accusateur public de faire mettre de suite le présent jugement à exécution.
« Ainsi prononcé en présence des accusés sur la place publique où Farbre de la liberté a été arraché dans l'infâme commune de Bédoin, le 9 prairial an If de la République française.
(( Et ont signé :
« FouQUE, président.
« Faure, Boyer, Rémusat, y/f//e5.
« DucROs, greffier. »
<^ Au nom de la République,
« Il est ordonné à tous exécuteurs de mandement de justice, sur ce requis, de mettre ou faire mettre le présent jugement à exécution ; à l'accusateur public près le tribunal révolutionnaire d'y tenir la main et à la force armée de donner main-forte pour cette exécution '. »
Cette fois-ci, le génie sauvage delà Révolution allait être repu : on lui offrait le sang de soixante-trois Français, dont pas un n'avait été convaincu de l'acte incriminé et dont l'immense majorité était absolument innocente '^. Que de réflexions suggère la vue de ce monceau de cadavres d'hommes du peuple, succombant sous de si méprisables accusations !