‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 174 sur 206 · Archives nationales, AFii. 145, Ho9, pièces 19 et · texte numérisé non relu

Archives nationales, AFii. 145, Ho9, pièces 19 et

2. La postérité, notait dans une autre circonstance l'un de ces mallieureux, victime de la tyrannie révolutionnaire, « la postérité ne pourra croire la cruauté de ses ancêtres ». Claude RoUel. par E. Vincent-Diibé. p. 10.

302 FRATKRMTÉ RÉVOLUTIONN AIRt

Parmi les soixante-trois malheureux que les coups de hache portés à Tarljre de la liberté de Bédoin frappèrent à mort, j'aperçois un vieillard de soixante-treize ans, six prêtres, huit femmes, dont lune âgée de dixneuf ans. Dans les rangs des autres catégories de victimes de cette abominable iniquité, je me contente de signaler douze femmes, dont une de dix-sept et une autre de soixante-huit ans, condamnées à la réclusion comme suspectes '.

Ce forfait décidé, ou plutôt commandé aux juges par le représentant, Maignet en écrivit à la (Convention. Sa lettre, lue en séance et applaudie, obtint l'honneur de l'insertion au Bulletin-. Le Comité de Salut public informé, lui aussi, loua pareillement Ténergie révolutionnaire du misérable.

¥a\ d('pit de ces scandaleuses approbations, le silence ne se fit pas sur cette boucherie. Aussi bien, les pétitions en sens contraire se succédaient sur le compte de Maignet. Pendant que les administrateurs du district d'Aix, la municipalité d'Avignon, le comité de surveillance de Carpentras, la société populaire du canton d'Eyragues et d'autres corps constitués ^ remerciaient l'assemblée de leur avoir envoyé un pareil modèle de civisme révolutionnaire, la commune de Malaucène, le conseil général de Privas, la municipalité de Camaret, la société populaire d'Aubenas, celle de Caderousse ' dénonçaient sa Ivrannie. Les

\. Cf. Archives nalionales, loc. ril.

2. Cf. I.e Moniteur. 30 floival an 11. n» 2i0. :{. Procès-verbaux de la Couvontion nationale, 24 Ihcrmidor, 9 fructidor, l(i fructidor, 9 vendémiaire. 4. Procès-verbaux de la Convention nationale. 10 pluviôse

tristes survivants deBédoin surtout faisaient entendre des cris déchirants. Dans une pétition du 15 frimaire, après avoir rappelé la vengeance que iMaignet avait tirée de leur commune, « ils peignaient leur misère à la Convention nationale et réclamaient des secours pour les habitants de cette cité qui n'avaient d'autres habitations que des souterrains dans les forêts ' ».

L'assemblée finit par s'occuper de cette affaire. Le ^7 nivôse an III (16 janvier 1795), Maignet fut vivevement attaqué. André Dumont, lui-même, le vengeur du « chêne vénéré » d'Amiens, on s'en souvient, se rangea parmi ses accusateurs. Ce fut pourtant Lecomte, député de la Seine-Inférieure, qui lui porta les plus rudes coups. Vous avez, lui cria-t-il, « fait guillotiner soixante-trois personnes qui dormaient, lorsque cinq ou six scélérats arrachèrent l'arbre de la liberté - ». Et, pour vous disculper, ajoutait Rovère, vous avez osé évoquer l'image de Toulon et de Lyon en révolte, comme s'il était possible de comparer une petite commune de huit ou neuf cents habitants avec ces puissantes cités 1 Comment, de plus, avez-vous alors oublié que cette pauvre localité si férocement maltraitée par vous avait envoyé deux cent soixante-seize de ses enfants aux frontières ^ ?

Maignet tenta de répondre ; sa défense fut pitoyable. « Il avait pesé le mal et le remède », et, comme « les individus avaient gardé le silence sur les coupables,

an III, io pluviôse. 24 ventôse. 16 germinal. — Cf. 8 et 21 prairial. 4 messidor.

1. Procès-verbal de la Convention nationale. 13 frimaire an III.

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