Archives nationales, i/n</., pièce
2. Antoine Rebours, écrivain ])iiblic, né en il'M] à Fontainebleau, mais fixé à Coulommiers.
'A. Il ne se démentit pas devant ses jujjes comme on le verra par ces (juelques mots de son interrogatoire ; « A-t-il aimé la Hévolulion ? »
UN PRÊTRE JURELR 323
blesse. « Le journal du soir faisait mention hier que, par un arrêté pris par la ville de Paris, la fête des rois à compter de cette année serait appelée la fête des sans-culottes. Peut-on voir une plus grande abomination? Une des quarante-huit sections de Paris s'est déclarée à la Convention être en insurrection jusqu'à la fin du procès injuste: c'est dire clairement nous voulons son sang, nous voulons nous en abreuver... Les discussions et les débats qui s'élèvent à ce sujet (dans l'assemblée) forcent les sag-es à fuir au loin ; ils regardent le lieu des séances comme le Ténare, où tous les diables se battent à l'envi des uns des autres. C'est, en effet, l'antre affreux de Pluton, où le dernier des mortels veut être roi à son tour... La Convention est fière et cruelle ; semblable à l'araignée, elle voit souffrir avec plaisir sa victime '. »
A la lecture de ces lignes, on a deviné que l'infortuné Louis XVI avait toutes les sympathies de M. Rebours. Il écrivait à M. Cagnyé : « D'ici je vous vois tout couvert de deuil (ainsi que moi) depuis le funeste événement du 21 janvier dernier. Dès le 6 octobre 1789, nous pouvions déjà le porter et aujourd'hui nous couvrir de cendres. Pauvre France, il faut qu'elle tombe dans l'abîme qu'elle s'est creusé. Il eût été à souhaiter
« Répond quil Taurait aimée s'il avait vu régner Tordre et la tranquillité. »
« Pourquoi a-t-il montré des sentiments favorables pour le tyran ?
« Répond que les opinions étant permises, il a cru avoir la liberté de manifester la sienne » dans ses lettres. Archives nationales, toc. cit., pièce 11.
Evidemment il fut condamné à mort.
1. i" janvier 1793. Archives nationales, toc. cit., pièce 98.
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qu'elle n'eût point existé, vu qu'elle a perdu en une heure toute son ancienne splendeur et peut-être perdra-t-elle bientôt son nom... Partout où je me tourne, je ne vois que larmes, je n'entends que plaintes, soupirs et sanglots. Les gens de la campagne n'ont plus cet air de gaîté ancienne. Le cœur gonilé, ils me demandent pourquoi on a fait mourir leur roi... Que répondre à leurs lamentations? 11 faut pleurer avec eux et se taire'. »
De tels sentiments, quelque emphatiques et déclamatoires qu'ils paraissent, pouvaient sembler crime abominable aux membres du tribunal révolutionnaire; mais ils avaient entre les mains celui qui les avait exprimés. Sa mort ne suffisait-elle pas à expier un semblable forfait; et fallait-il inlliger pareil châtiment à son innocent correspondant, alors surtout que ce dernier avait donné des gages nombreux au régime nouveau et que rien n'établissait une entente quelconque entre lui et son ancien obligé?
On ne recula pourtant pas devant cette criante injustice; on alla même plus avant dans la tyrannie.
Le lecteur se souvient du chanoine Bourjot des lettres duquel j'ai cité quelques passages. Le reste de sa correspondance garde un pareil caractère de modé-
1. -21 février ni)3. Anliives nationales, loc. ciL, pièce 97. — J'ajoute que ison cliagiin lui faisait, au nu)ins en paroles, trop oublier la patrie. Les atlaires (lAlleaiagne, écrivait-il. n'ont pas été favorables aux l)ons i)atriotes citoyens, soldats républicains. On parle fort (jue Mayence est repris. Quand des enfants ont été bien ! étrillés p.'ir leur maître, ils deviennent plus doux, plus modérés. Pourquoi nos patriotes ne recevraient-ils pas de pareilles leçons? 16 décembre iVJ-2. Archives nationales, \V, 299, pièce 99.
ration, de retenue presque excessive, de réserve complète, même lorsqu'il touchait aux incidents de la politique. « Point d'inquiétude, écrivait-il, la paix est à Paris. Vous saurez des détails que je n'aime point à raconter... La renommée a raconté qu'il y avait eu une révolte à Sens, et à son ordinaire elle a grossi les objets... On a fait de grosses aumônes aux pauvres et on distribue du pain à l'hôtel de ville... Le peuple paraît content et très satisfait; nous continuons les prières pour le beau temps. Les moissons sont commencées par le seigle : il n'est pas assez mur, et on ne peut presque le réduire en farine. Dieu veuille nous accorder la rémission de nos pécliés et un temps dlus favorable aux moissons... Les heureuses nouvelles venues de Paris nous ont fait chanter le TeBeum lau petit séminaire) vendredi soir et les cures de la ville en font autant aujourd'hui '... On nous avait débité de fâcheuses nouvelles de Meaux ; mais il paraît à présent que tant tués que blessés, il n'y a personne de mort ni à rhôpital'-. » 11 disait encore : « Notre pauvre empire va être en proie à la discorde civile. Puisse la charité que nous prêche notre pasteur (le nouvel évêque) éteindre ces premières étincelles et empêcher un funeste embrasement" >'.
Vers la môme époque, enfin, il donnait quelques détails sur les élections qui venaient de s'achever et en déplorait le résultat : « Voilà, terminait-il, l'effet des cabales. On a suivi l'exemple des assemblées des
1. Dimanche 19 juillet 1701 ?}. Archives nationales, loc. cit. pièce 30.