janvier 1792 ; ihid., pièce
328 FRATERNITÉ RÉVOLUTIONN ATKR
s'est montrée bien contraire à ce qu'elle était autrefois. Jl a été reçu à Paris comme un homme dont on a besoin, mais que Ton méprise.
« Ces Messieurs de l'assemblée se sont élevés bien haut : gare la chute ! elle sera proportionnée à leur degré d'élévation. Ils ont eu l'art de mettre ce que Ton appelle la nation de leur côté ; mais, comme le peuple change facilement, il pourra bien leur faire payer cher l'idolâtrie qu'il a eue pour eux. Quant au serment des officiers, vous avez eu la nouvelle formule, il me paraît qu'on compte le faire <... »
Des lignes semblables, je le reconnais, ne témoignent qu'une médiocre admiration pour la Révolution. Mais comment m'en rendre responsable. Depuis bien longtemps, je vous l'ai dit, la force des choses m'avait mis en rapport avec cette famille; et, malgré la divergence de nos sentiments présents, ses membres continuaient de m'écrire. Est-ce à dire que je pensasse comme eux? Assurément non. Au surplus, je vous défie de citer de moi un mot qui dénoterait de l'hostilité contre nos institutions nouvelles. D'ailleurs, ma conduite tout entière parle sur ce point en ma faveur.
Les adversaires de M. Cagnyé sentirent-ils la force
1. ArcJiives nationales, loc. ci/., pièce 77. Sur ce serment voir M 0717 leur, aonée 1789, 31), iO. — Il donne sur ses compagnons (larmes du régiment de Brarn les renseignements suivants : <-. J'ai trouvé tous les officiers ayant une façon de penser telle que doit l'avoir un gentilhoiume français. Ils ne sont restés à lenr régiment que par des ordres supérieurs. Je crois que vous sentez bien d'où ils viennent. » \'l octolire 1791: Archives nationales, W, 299, pièce 79. Et précédemment : « Beaucoup d'officiers sont passés pour rejoindre monsieur le marquis de Bouille : j'en connais qui sont partis: voici le moment de jouer à quitte ou double ». G juillet 1791 : ihid., pièce 77.
UN PRÊTRE JURELR 329
de ses réponses et la faiblesse de leurs allégations? On serait tenté de le croire en les voyant chercher ailleurs de quoi Taccabler.
L'acte d'accusation \ j'allais dire de condamnation, ^dressé par Fouquier-Tinville, et ce n'est pas une petite surprise pour nous, énumère parmi les pièces à conviction contre lui une lettre adressée à ^1. Lebas par Quatresols de la Hante, dans laquelle il n'est pas fait la plus petite allusion au curé de Saint-Mard. Ainsi, on alléguait, pour le jeter plus sûrement sous le couperet de la guillotine, ce qu'à son insu un étranger avait écrit à lun de ses confrères! J'imagine que M. Cagnyé releva vertement l'étrange injustice de ce procédé, protestant de son innocence, même de son ignorance absolue du fait reproché et que Fouquier-Tinville se contenta de lui répondre : « Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. » Du moins, l'odieux accusateur public persévéra dans la même tactique, demandant la condamnation de l'infortuné curé de Saint-Mard parce qu'on avait « trouvé chez ledit Lebas plusieurs tablettes de caractère mystérieux pouvant servir à entretenir des correspondances secrètes, des manuscrits et imprimés contre-révolutionnaires et un registre - ^> où étaient consignés des actes de baptêmes, mariages et décès.
M. Cagnyé. cette fois, s'il le jugeait bon, pouvait varier sa défense et reconnaître que plusieurs de ces pièces étaient siennes tant elles étaient inoffensives ! Les tablettes en « caractères mystérieux >> n'étaient qu'un pur amusement, un jeu desprit, ou, si l'on veut,
i. Archives nationales, loc. cil., pièce i 2. Acte < l'accusation, Uji'l., pièce 4.
une sorte de modèle dont il se proposait de faire usage pour s'exercer et se former à la cryptographie. Il avait même commencé à déchiffrer l'une de ces pièces : c'était rhistoire de Frédégonde. Je ne puis résister au plaisir d'en reproduire quelques lignes pour égayer le lecteur. « Frédégonde, dit-on dans ce document subversif, a joué dans Thistoire de notre nation un plus grand rôle qu'aucun de nos rois. Elle était fille d'un paysan de Picardie. Il y a apparence qu'elle avait eu une éducation conforme à sa naissance, en sorte qu'elle fut redevable à la nature seule de sa beauté et de son esprit ' », etc.
Et c'est un document semblable que Fouquier-Tinville brandissait pour obtenir la tête d'un accusé ! Le mallieureux jureur devait entre autre chose comprendre enfin ce qu'était cette fraternité qu'apportait la Révolution.
Les manuscrits et imprimés qu'on produisait en preuve de ses sentiments contre-révolutionnaires n'étaient guère plus compromettants.
Si l'on trouvait, en effet, la strophe :
0 Richard, ô mon roi, l'univers t'abandonne,
on y lisait par contre une critique du serment, pièce d'une poésie bien médiocre assurément, mais pleine de pensées qui n'étaient certes pas de nature à plaire à ({ui l'avait prêté-. Comment Fouquier-Tinville osait-il alléguer contre un assermenté des strophes qui ridi-