‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 192 sur 206 · Archives nationales, //;/(/., pièce · texte numérisé non relu

Archives nationales, //;/(/., pièce

•2. M. WaHon en a cité trois strophes. V.f. Le Tribunal révolufioinidin'. I. p. -JCl.

CLilisaient le serment; faire un crime au curé de Saint- Mard de ces mêmes outrages qu'on déversait sur lui, retourner contre sa poitrine l'arme dont on venait de le frapper ?

Faut-il ajouter que, relativement au registre des baptêmes, mariages, etc. ', M. Cagnyé était couvert par l'évêque de Seine-et-Marne ^ ? Il avait obéi aux ordres de celui que la Révolution lui avait donné comme chef^.

Quand l'accusé se rassit après avoir de la sorte établi son innocence, on peut croire qu'il conçut l'espoir de recouvrer sans retard une liberté dont on l'avait injustement privé; il se trompait.

Lorsque le président posa aux jurés les deux questions suivantes :

« A-t-il existé depuis le commencement de la Révolution un complot contre-révolutionnaire et une correspondance criminelle tendant à provoquer l'avilissement de la représentation nationale et le rétablissement de la royauté en France ?

« Jean-Baptiste Charles Cagnyé, ci-devant curé de Saint-Mard, est-il auteur ou complice de ces délits ? » la réponse du jury fut affirmative sur toutes les questions.

1. Un décret du 20 septembre 1792 avait réglé que la mairie seule était chargée de le tenir.

2. C'était Pierre Thuin, né à Montereau en 1731, élu évêque constitutionnel de Seine-et-Marne le 28 février 1791, sacré le 27 mars suivant par Gobel, mort le 29 janvier 1808, réconcilié avec l'Église.

3. Un rapport à la Convention du 5 janvier 1793 affirme qu'à cette date quatre évêques seulement s'étaient permis cette désobéissance aux lois : ceux de la Manche, des Côtes-du-Nord. de la Haute-Saùne et de l'Yonne. Cf. Archives nationales. C, 244.

332 FRATERNITÉ RKVrtLUTlONNAIRE

On était au 9 frimaire an II (29 novembre 1793). I.e malheureux prêtre entraînait dans sa perte ses six correspondants que nous connaissons, notamment son confrère M. Lobas, assermenté comme lui, et avec M'"'' de Quatresols de MaroUes, le fils de cette infortunée et son l)eau-frèrc.

L'exécution eut lieu le lendemain; deux autres victimes leur furent adjointes pour crimes semblables.

Voici le procès-verbal de la sinistre opération : je reproduis celui de M. C.agnyé seulement, tous étant pareils.

« Affaire Jean-BapHsle Nicolas^ Cagnyé...

(( PROCÈS-VEHBAL d'exÉCUTION I)E MOUT

'< L'an deuxième de la République française, le 10 frimaire, à la requête du citoyen accusateur public près le Tribunal criminel extraordinaire et révolutionnaire, établi à Paris par la loi du 10 mars 1793, sans aucun recours au tribunal de cassation, lequel fait élection de domicile au greffe dudit tribunal séant au Palais.

i( Nous, huissier-audiencier audit tribunal, demeurant à Paris, soussigné, nous sommes transportés (sec) en la maison de justice dudit tribunal, pour Texécution du jugement rendu par le tribunal en date du jour d'hier contre le nommé Jean-]]aptiste Nicolas Cagnyé qui a ét<'î condamné à la peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite l'avons remis à

1. <'.>>t une erreur : il se uouuuait Charles, nous le savons mais alors on n"v ref^ardait pas de si près; en tous cas, t\e< erreuis pareilles se reiuartiuent souvent.

UN PRÊTRE JUKELR 333

Texéculeur des jugements criminels et à la gendarmerie qui Tout conduit sur la place de la Révolution de cette ville, où sur un échaiïaud dressé sur ladite place, ledit Jean-Baptiste Nicolas Cagnyé a, en notre présence, subi la peine de mort à midi, et de tout ce que dessus avons fait et rédigé le présent procès-verbal pour servir et valoir ce que de raison, dont acte.

« Enregistré gratis à Paris

le 12 frimaire deuxième de la République française

une et indivisible '. ^>

Cette fin lamentable dessilla les yeux du prêtre coupable. Pendant les quelques heures qui séparèrent sa condamnation de son exécution, il repassa dans son esprit les années de sa fidélité, revit les confrères qui, préférant l'exil ou la misère au parjure, s'étaient gardés purs de toute compromission schismatique et pouvaient espérer, la tempête apaisée, retrouver leur patrie ou leur paroisse et s'employer encore au salut des âmes. A ce spectacle réconfortant, le repentir entra dans cette âme plus faible que perverse, plus craintive que méchante; et, soutenu par la grâce divine, il eut le courage sans aucun doute de reconnaître ses torts et de les confesser à Tun de ces deux prêtres qui partageaient son infortune après avuir faibli comme lui. Alors peut-être aussi il se rappela les conseils si discrets de son vieil ami Bourjot, et com.prit que la pru-

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