‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 193 sur 206 · Archives nationales. W · texte numérisé non relu

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dence la plus élémentaire défend de se fier aux ennemis de Dieu, eussent-ils sans cesse à la bouche les grands mots de liberté et de fraternité, que le plus sûr est de rester toujours, quoi qu'il en coûte, aux côtés des meilleurs, là où nous appelle la voix de nos chefs légitimes. En tout cas, dans un testament écrit le jour même de sa mort, il déclara qu'il désirait mourir dans le sein de FKglise Catholique, Apostolique et Romaine, qu'il croyait ce qu'elle croyait et rejetait ce qu'elle rejetait '.

]. AIloii, Chroniques des évêques de Meaux, 137,

« Périsse ma mémoire ; que je sois réduite en cendres et que les vents les dissipent par toute la terre ! »

Celle qui, dans un jour de sombre mélancolie, écrivait ces lignes désespérées, Lucile Duplessis, femme de Camille Desmoulins, n'a pas obtenu Toubli qu'elle appelait de la sorte. Bien au contraire. Presque tous les historiens de la Révolution ont eu pour elle un souvenir ému, et ceux qui se sont spécialement occupés de son mari ont à Tenvi pris à tâche de la faire revivre devant nous. Et avec quel cortège de qualités! MM. E. Fleury, A. Despois et J. Claretie nous Font complaisamment montrée «douce, bonne, aimante, toute de charme, pure et séduisante ». C'est, nous disent-ils, « la plus suave tête de femme de lépoque » , la femme idéale ' , en qui nul défaut n'apparaît"^.

1. M. Em.des Essarts lui a récemment consacré, (hmsla Revue Bleue (30 septembre 190.j), ime pièce de vers enflammée, dans laquelle vraiment il sest mis, lui aussi, trop à Taise, même pour un poète, avec l'exactitude historique.

2, M. Claretie avoue pourtant quelle était « quelque peu rouia-

On s'explique un peu, assurément, qu'ils se soient laissé surprendre ainsi, et qu'après avoir été contraints de contempler la figure de Marat ou de Robespierre, ils aient trouvé une vraie jouissance à jeterles yeux sur celle de Lucile. On conçoit encore qu'au sortir de la salle des jacobins, où ils avaient été témoins de tant de scènes effrayantes et hideuses, ils aient été séduits en voyant Camille Desmoulins « dormant sur l'épaule de sa femme », le matin du 11 août, ou celle-ci courant tout empressée à travers les appartements pour lui préparer plus vite le lit de sangle sur lequel il allait reposer.

Tout cela, du reste, c'est Lucile, mais pas Lucile tout entière, et ne relever que pareilles choses, c'est ne présenter qu'un côté d'une physionomie mobile et complexe. Il semble donc que ses panégyristes, se répétant d'ailleurs les uns les autres, s'appuyant sur les mêmes documents, plus ou moinssérieux, reproduisant les mêmes passages ', ne nous aient donné d'elle qu'une esquisse incomplète et forcément trompeuse. C'est ce qui m'a paru très évidemment lorsque j'ai étudié les deux petits cahiers qui forment son Journal'^ ^ document singulier qu'on n'a pas encore suffisamment utilisé.

Le lecteur comprendra que je me reporte presque uniquement, pour lui faire connaître Lucile et rétablir

ncsque »; tout juste ossez sans doute pour mériter d'être distinf^ure des petites bour^^eoises royalistes de son temps.

1. M. Claretie a puisé pourtant dans un <^ cahier d'extraits de poésies, de ctiansons, de quatrains... ayant appartenu à Lucile » et inconnu de ses devanciers. 11 faut avouer (|uun tel foyer ne pouvait donner qu'une lumière bien pâle et bien faible.

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