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Lucile écrivait spuutnes, si je lis bien ce mot

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montrent qu'une véritable intimité, une affection tendre unissaient les deux femmes. Ici il détaille les efforts inutiles que fait la mère pour surprendre sa fille et l'attacher à un arbre ; là il nous donne le récit de promenades multipliées pendant lesquelles elles parlent ou se taisent suivant leur Immeur. — « Je me suis levée de bon matin pour faire lever maman, écrit un jour Lucile; mais elle m'a retenue auprès d'elle pour causer ; elle m'a fait des contes; nous n'avons fait que rire... Où a-t-elle pu trouver tout cela?... Je ne l'ai jamais trouvée si folle. » « J'étais assise à côté de maman, occupée à filer, note-t-elle une autre fois; je lui ai demandé d'écrire ; elle a écrit : <* Le temps passe comme ce fil entre tes doigts » ; et moi j'ai ajouté : Maman, il passe encore « plus vite quand je suis près de toi. Maman a souri. »

11 semble d'ailleurs que les deux femmes eussent de pareilles aspirations et se comprissent à demi-mot; il semble même qu'au moment oi^i Lucile se désolait de voir son père refuser sa main à Camille Desmoulins, M"'*^ Duplessis eut, de son côté, des peines de cœur personnelles, peut-être moins avouables '. « Nous avons été, maman et moi, dans les bois; quelle délicieuse promenade î Un temps couvert, toutes les deux mélancoliques; toutes les deux le même sujet de peine... O maman ! »

Cette intimité de la mère et de la fille paraît n'avoir plu que médiocrement à M. Duplessis. Est-ce qu'ayant souffert du caractère de sa femme, il voulût épargner

1. « Mai'... ? est venu au dessert ; on apporte une estampe au bas de laquelle il y avait des vers adressés à maman.

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à son gendre de sennblables désagréments y « Papa vint se promener dans le salon; il semblait s'impatienter de ce que nous n'allions pas nous coucher. Enfin il s'en alla et je restai encore un peu à causer avec maman. » Et un autre jour : « J'étais dans la chambre de maman, et papa est venu nous gronder; je me suis sauvée dans le salon. »

Lucile n'échappait pas toujours ainsi aux remontrances, ce Papa me reprocha, il y a peu de temps, de ne m'occuper que de fanfreluches, de chansons. Je ne lui répondis rien, car je trouvais qu'il avait raison. On est bien fort quand on a raison. »

Cette belle soumission n'était point toujours de mise dans la vie de Lucile et parfois la révolte avait son tour. C'est peut-être que son père n'avait pas alors raison. « Ce matin, dit-elle, j'étais à arranger des vers à soie; papa venait d'entrer chez maman, et, moi, j'étais dans le salon. En sortant de chez maman, il allait entrer dans le salon, le vent pousse la porte; papa dit que j'ai peur de lui, que je m'enfuyais. Ma sœur m'est venue dire cela, et moi, fort en colère, j'ai été chercher dispute à papa. »

Lucile vient de nommer sa sœur Adèle, celle-là même dont Robespierre demanda vainement la main'. Une fois ou deux encore il sera question d'elle dans le Journal, et c'est tout. Les deux sœurs devaient aisément se passer l'une de l'autre. A qui des deux la faute?

1. M""^ Duplessis en fait souvenir le sanguinaire terroriste dans la lettre par laquelle elle le priait d'épargner Lucile. « Si tu te rappelles encore nos soirées dlntimité... si tu te rappelles que tu devais être mon gendre, épargne une victime innocente. » Cité par H. Wallon, le Tribunal révolutionnaire, il, 56.

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Le lecteur connaît à présent la jeune fille d'après elle-même, et sans doute la « séduisante et adorable » Lucile, quont célébrée des écrivains partiaux ou ignorants, ne lui paraîtra guère sortir du vulgaire. Peutêtre (?n sera-t-il encore de même pour Tamante et la femme dont je vais tàcber, toujours à l'aide du Journal surtout, d'esquisser les traits principaux.

A quelle époque Camille Desmoulins remarqua-t-il M"*' Duplessis? Ce fut, nous dit-il dans une lettre à son père, alors qu'elle n'avait qu'une dizaine d'années, au Luxembourg, où elle venait jouer quand sa famille habitait Paris. Toutefois, on le conçoit, il ne songea à l'épouser que six ou sept ans plus tard. Son amour fut partagé de bonne heure, quelque temps secrètement*, et avec une vraie exaltation, u Ton image est sans cesse présente à ma pensée, elle ne me quitte jamais, écrit-elle,... je te cherche des défauts, je les trouve et je les aime. »

Devant pareil lyrisme, on est porté à croire que Lucile ne se préoccupa que modérément de suivre alors la voie qu'elle s'était tracée dans son Jour^ial. « Si jamais je forme un si terrible lien, la prudence, la discrétion seront mon étude. Oh 1 que je l'étudierai celui qui me possédera ! Je prendrai bien garde de me laisser séduire. Toujours sur la défiance. »

\. «J'aime on faire un mystère à maman. Je voudrais qu'elle le sut. qu'elle le deviniU, mais je ne voudrais pas le lui dire. »

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Quoi qu'il en soit, au reste, de sa fidélité à ce programme, lorsque Desmoulins se risqua à demander la main de la jeune fille, M. Duplessis refusa net. M'"*" Duplessis, au contraire, se déclara satisfaite du choix de Lucile. « Maman et moi, note cette dernière, avons parlé sur... ; je suis bien aise qu'elle soit de mon avis. » L'opposition du père n'en dura pas moins deux années entières, et c'est devant ces obstacles que la jeune fille exhalait son désespoir en des accents singuliers, se prenant notamment à douter de son Camille et s'affirmant elle-même insensible à tout. « Hélas I comment faul-il faire pour être heureuse?... Quel bonheur d'être indépendante ! Je ne le suis pas, moi. Toute la vie est un éternel esclavage... Voilà minuit qui sonne... A cette heure, qu'est-ce qui se passe sur la terre? Y a-t-il seulement un être qui pense à moi? >»

Et comme si elle eût voulu se tromper elle-même ou se guérir, elle continuait : « Je n'aime qu'une personne sur la terre; elle seule, oui, maman seule fait mon bonheur. Tout le reste m'est indifférent. C'est la seule amie que je veux avoir. Amitié chez moi n'a pas de partage. »

Puis, marchant plus avant, s'altaquant à l'ennemi directement et en face, elle ajoutait : « O vous (hommes^ que le ciel créa pour notre tourment, que vous remplissez bien votre tache! mais prenez garde qu'un jour le ciel ne vous punisse des maux que vous aurez faits ; peut-être se trouvera-t-il un Dieu pour nous venger. Hommes, à quoi vous serviraient mes plaintes, si vous les entendiez? Elles vous serviraient de risées... Hélas ! à quoi le ciel me destine-t-il ? Quel

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triste sort que celui de la femme ! (Combien elle a à souffrir. L'esclavage, la tyrannie, voilà son partage. Jls veulent encore qu'on les adore ; je crois qu'ils souffriraient qu'on leur dressât des autels, et prosternées devant eux, l'encensoir à la main, leur demander (sic) pardon des maux qu'ils nous font souffrir. A les entendre, nous sommes des êtres célestes, rien n'est égal à nous. iVh! qu'ils nous divinisent moins et nous laissent libres ! »

Pendant que Lucile se désespérait en termes si étrangement emphatiques, la renommée de Camille Desmoulins s'étendait et son influence s'affirmait plus tapageuse. M. Duplessis ne pouvait pas ne point le remarquer. En tout cas, son opposition faiblissait visiblement. « A présent, notait un jour Lucile, papa veut que nous allions au Palais-Royal, beau plaisir! (Pourtant^ que je serais curieuse de l'entendre parler! »

Effectivement, au bout de deux ans, il céda, et, le :29 décembre 1790, un prêtre insermenté bénissait^ à Saint-Sulpice l'union si traversée.

Quelques mois auparavant, Lucile avait écrit : « Si jamais je me donne, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour rendre heureux » celui que j'aurai préféré.

Elle tint parole-; mais ce n'était là qu'une partie de

1. Il se noimiiait Bérardier, et avait été professeur de Camille à Louis-le-C.rand. Tout dans celte ^^rave aflaire se fit sérieusement et pieusement. v< C'est moi. écrit M"'" Duplessis, qui, quelques jours avant leiu' maririf^e, conduisis dans ma v(»iture Camille et Lucilr aux Cordeliers ou un l'ère les confessa l'un après l'autre, Camille d abord, puis Lucile ({ui attendait son tour de l'autre côté du cniifessionnal. Ils se coniessèrent avec tant de confiance et diu;4ènuilé ((ue je pouvais tout entendre ».

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