Séance du 5 avril
46 FRATERNITÉ RÉV( ►LLTIONNAIRE
de le célébrer et de l'admirer. Le courant révolutionnaire menaçait d'emporter son piédestal comme il avait emporté le trône. Nos hr^wes Amis de la ConsliliUion n'étaient pas hommes à tenter d'endiguer le flot montant. Vis-à-vis de Mirabeau comme vis-à-vis de LouisXVI, ils étaient capables de toutes les palinodies et toujours prêts à brûler aujourd'hui ce qu'hier ils adoraient.
Ces dispositions, de jour en jour plus apparentes, éclatèrent dans la séance du 11 décembre 1792. Un membre, en effet, proposa u qu'à l'imitation de la Convention nationale les administrateurs du département voilassent le buste de IMirabeau qui se trouvait dans leur salle publique ». Cette motion fut accueillie et une commission nommée pour leur porter le vœu de la Société '. L'idole de naguère s'avançait à pas précipités vers les gémonies.
Ce n'est pas toutefois que le club de Vannes acceptât sans répugnance de marcher à la suite des violents. Au contraire, il en vint même parfois à blâmer les plus exaltés-. Son grand soin semble avoir été de deviner d'où soufflait le vent révolutionnaire, pour seconder ensuite et hâter le mouvement qu'il imprimait, selon que ses intérêts ou ses rancunes l'y poussaient.
Les procès-verbaux ne laissent aucun doute sur ce poinl.
Des lettres lues dans la séance du 21 juillet 1791, aucune n'excita plus vivement l'attention que celle par
'1. S.;iiice (In 11 (Irrembre n!»2.
■{. <• 1..I Si.cii'tt' a vil avec |ieinc ladresse (te nos frères de CleriHont-l'n r.iiul dnnt le /rie pour la liberté lui a paru trop exalté.» tScance du JS juillet H!»!.
laquelle des députés à l'Assemblée nationale, autrefois membres de la Société des jacobins, annonçaient à Vannes la scission qui venait de s'opérer dans ce club et invitaient les A/nis de la Constitution de province à s'affilier à la nouvelle association, dite des Feuillants. Cette lecture jeta nos bourgeois dans le trouble et rincertitude. Que faire en présence d'une semblable division? A quoi se résoudre? La chose fut longuement examinée, et les avis s'entre-choquèrent. Finalement on s'abstint de prendre un parti définitif; on se contenta de décider une adresse de soumission à tous les décrets de l'Assemblée nationale'. Ce n'était guère compromettant, et feuillants et jacobins durent se rassurer chacun de leur côté, dans l'espérance que les braves clubistes vannetais viendraient à eux. Cette fois encore pourtant ils se rangèrent parmi les avancés'-.
Toutefois, s'ils les suivaient docilement pour l'ordinaire, ils essayèrent néanmoins de temps à autre, avec grande timidité, il est vrai, de secouer ce joug pesant, soit qu'un reste d'équité naturelle les arrêtât, soit qu'au fond ils ignorassent ce qu'on voulait à Paris et comprissent qu'ils pouvaient bien n'être pas exactement renseignés.
Signalons, pour mémoire, l'une de ces tentatives d'indépendance ou plutôt d'obéissance imparfaite qui coûta cher aux récalcitrants.
Le 19 avril 1793. la réunion s'était terminée « par