Séance du 3U jamier
A cette sollicitude pour le schisme, à ces mouvements que les clubistes vannetais se donnèrent afin de rimplanler dans le Morbihan, s'ajoutèrent pour eux d'autres occupations moins nobles encore, en tous cas moins inoiTensives : leur grande affaire ^ on pourra le constater, paraît avoir été de s'ingérer dans Tadministration ; puis, ce (jui est plus odieux, d'espionner, de dénoncer et poursuivre sans relâche quiconque ne pensait pas comme eux, hommes publics et simples particuliers, olliciers et administrateurs civils, prêtres et laïques.
Os intrigants l)ornés semblaient ne pas se douter
1. Linip.irlialité me f.iit une ()l)li^Mtion de si^'naler quelques lucsiirt's lieureiises ducs à liniliativc des Amis de la Cons/Huli'iu. du uKiins réclaniées par eux. Ils demandèrent, entre autres cliioes. (|u'()ii abolit les jeux de hasard réceninient introduits dans la ville: ils poussèrent les daines de la cite à créer des associations charitables, surtout en faveur des jtrisonniers : ils aj)|ilaudirenl au zèle qiu' qu(dques-unes déployèrent ; ils travaillèrent, Mt)ii sans ictour sur eux-niènies, il est vrai, à augmenter la siirctc des fcmoins. à rassurer les jiopnlations sur la valeur des assignats, a ctablii- une caisse patriotique.
que leurs adversaires, en leur résistant, étaient en état de légitime défense; que les révoltés, c'étaient euxmêmes; qu'eux seuls avaient d'abord troublé la paix, détruit le calme, la tranquillité dont la France jouissait avant leur rébellion ; empêché, par une imprudente et funeste précipitation, des réformes que la royauté était prête à faire larges et sages. Changeant audacieusement les rôles, d'agresseurs sans vergogne, ils se proclamaient victimes des attaques d'autrui, d'oppresseurs ils se disaient opprimés. Ils parlaient d'égalité et voulaient dominer seuls en tout et sur tous ; de liberté, et leurs actes comme leurs discours visaient à proscrire, emprisonner, dépouiller; de fraternité, et avant Robespierre, ils ne connaissaient guère d'autres armes que la menace et la terreur, d'autres arguments que la violence.
Quelque temps après l'organisation du club de Lorient, un citoyen, légèrement indiscret, en le voyant à l'œuvre, se permettait d'en parler dans les termes suivants, virulents et spirituels tout à la fois. Qu'est-ce que la Société des A77iis de la Constitutio)!? écrivait-il. Que veut-elle ? que cherche-t-elle ? Et, se répondant aussitôt à lui-même, il disait: « C'est un rendez-vous, une cabale, une coterie enfin, dont les membres sont sans caractère quelconque, qu'aucune loi n'a créée... Là se rassemblent des hommes, la plupart à grandes passions, qui, sous les dehors d'un patriotisme désintéressé et tolérant, ne s'attachent qu'à subjuguer les opinions, s'en emparent et finissent par les diriger... Leur occupation quotidienne est à la fois de surveiller le corps exécutif et de faire une scrupuleuse revision des décrets du corps législatif... De quel droit (pour-
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tant) ces hommes, à qui leurs concitoyens n'ont nullement accordé leurs suffrages, sérigent-ils donc en fonctionnaires publics? Ne valait-il pas mieux que ces chauds amis de l'humanité et de l'ordre se fussent tenus tranquillement à leur place ' ? »
Ces critiques vigoureuses ont-elles été méritées par le club de Lorient? Il n'entre point dans mon plan de le rechercher maintenant. Mais ce que je puis affirmer, c'est que ces lignes nous présentent au vif l'image vraie de cebn de Vannes. V.n continuant Tétude des procès-verbaux de cette prétentieuse association, nous le verrons de plus en plus nettement.
Nous verrons ces bourgeois présomptueux promener, sur tout leur encombrante médiocrité, leur tyrannique insuffisance. Les membres de la municipalité, du district, du département, comme ceux de nos assemblées parlementaires, recevront presque journellement leurs députations et leurs adresses, leurs encouragements et leurs blâmes, leurs dénonciations et leurs menaces. Comme Atlas, pour employer le style de l'époque, ils s'imaginent porter sur leurs épaules non pas le ciel, il est vrai, mais le département du Morbihan, ou mieux la France entière, et ce fardeau n'a rien qui épouvante ces hommes enivrés de leur importance inconstitutionnelle et devenus subitement compétents en toutes choses.
C'est d'abord à la municipalité qu'ils prodiguent, sans en être priés, leurs lumières et leurs conseils. On les cr(jiiait oUiciellement chargés de l'administration de la ville : on dirait qu'à leurs yeux les élus de la cité
1. (V\[c l'.ir M. I{. KvryWcv. Antiori(jue et liretagiie, III, 3"2.
sont tellement incapables ou imprévoyants qu'il faut indiquer à ces pauvres têtes leurs plus élémentaires obligations comme leurs plus graves devoirs. 11 sera facile de s'en convaincre par les quelques détails suivants.
On ne Ta pas oublié, Vannes avait vu, en février 1791. les paroisses circonvoisines se soulever tout à coup pour protéger la liberté de leur évêque, M^' Sébastien Michel Amelot, menacée, leur disait-on, par la révolution grandissante. Le bruit de la lutte s'était répandu au loin, et de plusieurs endroits on paraissait s'apprêter à voler au secours de la ville attaquée. La défaite des paysans avait rendu cette bonne volonté inutile. A l'instant le club, à peine né, se substitua sans hésitation aux pouvoirs publics et chargea ses commissaires à la correspondance d'écrire aux diverses communes afin d'annoncer le rétablissement de la tranquillité et les inviter partant à réserver pour d'autres occasions leur besoin de dévouement. Une lettre fut rédigée à cet effet, et la municipalité priée de la rendre publique'.
Les troubles que je viens de rapj^eler ayant montré la nécessité dune plus attentive et plus continuelle vigilance, on avait créé une garde de nuit. Le club y trouva une toute naturelle occasion d'apporter ses conseils au corps municipal. Il lui demanda de refuser aux citoyens appelés à l'honneur de veiller sur le sommeil de leurs frères l'autorisation de se faire remplacer pour quelque motif que ce lut, vu, disait-il, les inconvénients qui en pourraient résulter dans les circonstances critiques que traversait la ville -.