Séance du 16 février
110 FRATERNITÉ HÉVOLLTIO>NAIRE
Constitution n'était pas finie, du moins ils le pensèrent. Tous les prêtres insermentés n'avaient pas, en effet, cru devoir prendre le chemin de Texil. Beaucoup, au contraire, s'étaient cachés au milieu de populations lidèles et continuaient, autant que les circonstances le permettaient, d'exercer leur ministère '. Cet état de choses fournit au club de multiples occasions de satisfaire son besoin d'espionnage et de dénonciations. Ses sentiments à l'endroit de ces infortunés se manifestèrent sans retard, spécialement dans la séance à laquelle assistèrent les commissaires du roi, le !'''■ mars 1791. Après avoir affirmé que les troubles du Morbihan avaient leur source dans le fanatisme, le président continuait : « Qu'elle est cruelle, Messieurs, la position où nous nous trouvons tous en ce moment où nos frères des campagnes sont perfidement trompés par ceux mêmes qui, placés au milieu d'eux pour les gouverner suivant les lois de notre religion sainte et les édifier par leurs exemples, sont les premiers à allumer dans leurs âmes toutes les fureurs du fanatisme "... Quoi ! est-il donc possible que ces âmes de l)Oue, ci-devant vénérées et privilégiées, soient enfin parvenues à séduire nos campagnes au point de les armer contre ceux mêmes qui viennent de briser les chaînes que leur avait forgées l'aristocratie féodale... Qu'ils viennent donc, ces prêtres sanguinaires qui,
1. I.c conventionnel Prieur de l;i Marne, en niission flans le M«»rhihan, porte à deux cents le nombre de ces vaillants. Au Comité tic Salut pui)lic, huitième jour du second mois de l'an II
■2'J octolirc W.y.\]\ Arciiives nationales. AFii, 27;).
2. Hn sait ijur i»our les clubistes le fanatisme consistait à demeurer inéliranlahlemcnt attaclié à la seule véritable religion.
par leurs séditieux sermons..., ont armé leurs paroissiens, qu'ils viennent se repaître de l'horrible spectacle de ces malheureuses victimes expirantes Uic) sous les coups d'une armée de citoyens qui ont juré à TEternel, que nous adorons tous, de verser leur sang pour soutenir la constitution du royaume. Qu'ils viennent, ces prélats qui, par une infernale coalition, ont osé s'élever contre la Constitution du clergé et semer de détestables principes désavoués par les vrais ministres de la religion '. Qu'ils viennent; ils doivent être satisfaits, le sang innocent a coulé ; la nécessité d'une juste défense a rougi la terre du sang de nos frères. Qu'ils viennent; mais que le repentir les amène..., qu'ils chassent de leurs âmes le serpent de l'envie, les fureurs de l'intérêt personnel... Que le remords leur arrache enfin l'aveu trop tardif des seuls motifs qui les ont portés à s'élever avec autant de fureur contre la nouvelle organisation du clergé, qu'ils publient hautement qu'il est à leur connaissance intime que l'Assemblée nationale n'a jamais porté la plus légère atteinte à la religion, qu'elle n'a que sagement détruit les abus que quelques-uns de ses ministres avaient introduits dans sa police extérieure-. »
Ces déclamations mensongères se répétaient sans
1. Persunne n'ignore, au contraire, que toute la partie saine du clergé, tous les évèques en fonction, à l'exception de quatre, et enfin le pape condamnèrent cette œuvre scliisaiatique. — Il suliit d'ailleurs de parcourir les dossiers du Tribunal r(''volutionnaire (Archives nationales, série W, pour remarquer labime qui sépare les insermentés des jureurs : avec les premiers l'on se sent dans une atmosphère de loyauté, de noblesse et de courage; chez les autres, on ne trouve guère que déguisements, platitude et lâcheté.