‹ Fraternité révolutionnaire; études et récits d'après des documents inéditsChapitre 97 sur 206 · Séance du 23 juin · texte numérisé non relu

Séance du 23 juin

lyraiiniquement contre lun de ses membres. Le sieur Champagne, en eiïet, y fut violemment accusé, et, comme << les faits cités contre lui ne parurent pas douteux, il fut arrêté qu'on s'assurerait de suite du coupable et qu'on prierait la municipalité de lui enlever en jMiblic la médaille dont il était décoré ». A l'instant même, des commissaires furent nommés, et bientôt les vœux arbitraires de l'assemblée exaucés par une administration servile '.

Parfois la rage des .l/?zi.s' de la Constitution s'exerçait d'une manière plus inolTensive. i\I. de Bouille, par exemple, fut voué au plus profond mépris : ce qui, probablement, ne dut guère l'inquiéter -.

Tous, on le devine, n'étaient pas en état de braver comme lui de telles fureurs, et l'on s'explique que plusieurs aient quitté celte patrie pour laquelle leurs ancêtres avaient si généreusement versé leur sang et qui maintenant ne leur offrait plus d'asile sûr. Lesclubistes, inquiets de ce mouvement que leurs folies avaient créé, prièrent les législateurs de s'y opposer, et plus spécialement d'empêcher l'exportation du numéraire. Ce fut inutile, on le sait.

I.a haine des A mis de la Constitution ne fut point pour cela sans aliment. Ils ne pouvaient s'en prendre

I. Séance tlu 2:. juin 1791. Cf. séance du 27 juin 1791. '2. Séance du ;i juillet 1791. — Il senil)le inutile de rappeler uil conmiandait larniée cliar^M'e «le favoriser la fuite de l.onis \\l m juin 1791.

aux personnes de leurs adversaires, ils s'en dédommagèrent sur leurs biens.

Depuis longtemps ils tenaient leurs regards fixés de ce côté ; car ils flairaient une proie ' d'autant plus allé-

1. En fait, lorsqu'on parcourt les registres officiels qui contiennent, d'une part, la désignation des biens nationaux vendus, d'autre part, en regard, le nom des acquéreurs, on est stupéfait de la multitude de clubistcs qui de la sorte s'emparèrent des propriétés de leurs victimes. A entendre parler ces grands redresseurs de torts, on dirait des hommes'd'un désintéressement complet, uniquement occupés des intérêts de l'État, tout imprégnés de principes d'humanité et de vertu; à les voir agir, on se sent, à n'en pouvoir douter, en présence de vulgaires charlatans qui n'épargnent rien, ni motions odieuses, ni protestations mensongères de patriotisme, ni dénonciations répétées pour arriver à se rendre maîtres des richesses qu'ils convoitent. Il serait aisé de dresser une liste fort longue de ces vols déguisés, perpétrés en faveur des Amis de la Constitution, et bien rares seraient ceux que nous trouverions purs de cette souillure. Qu'il me suffise de citer quelques noms. Un certain Josse, marchand de bois (séance du 16 février 1791) et clubiste des plus écoutés, achète en trois fois pour 631.000 francs de biens d'émigrés, et ce n'est pas tout, car il n'oublia pas les biens d'église. Danet aine ne se contente pas de se faire adjuger par des compères le couvent des Capucins et celui des Cordeliers avec leurs enclos et leurs chapelles, il étend sa rapacité sur de nombreuses terres en Baud, Plaudren, Vannes, etc. Kerviche aîné le dépasse encore : il ne se porte pas acquéreur de moins de quarante propriétés, dont plusieurs fort considérables. Son frère même et l'une de ses plus proches parentes suivent de leur mieux l'exemple de cet intègre. 11 n'est pas jusqu'à l'un des prêtres apostats affiliés au club qui n'imite ses collègues dans ces acquisitions à vil prix. Sur cette question, voir Archives du Morbihan, Répertoire des minutes d actes de la vente des biens nationaux de première origine; Registre contenant le nom des émigrés dont les tjiens ont été vendus... et le nom des acquéreurs. — Notons que ces achats de biens volés n'étaient pas seulement actes de rapacité: c'était aussi trop souvent actes de platitude. Ces lâches clubistes savaient faire de la sorte leur cour aux puissants du jour: « J'ai des biens d'émigrés, j'ai acheté de leurs mobiliers, j'ai acheté des biens nationaux », écrivait l'un des anciens présidents de la Société, Esnoul, à Prieur de la Marne, pour l'apitoyer sur son sort. Archives nationales, AFii, i-2G, plaquette !)GT, pièce 33. — Voir éijalement la

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chante qu'ils savaient devoir |)eu débourser pour se faire mettre en possession de ces propriétés, quelles que fussent les conditions apparentes de la vente.

Moins de quinze jours, en effet, après sa fondation, la Société de Vannes chargeait ses secrétaires de solliciter de messieurs du département ou du district (( une proclamation portant défense aux ci-devant seigneurs et à leurs agents d'exiger de nos frères et amis, les hal)itants des campagnes, des redevances en grains ou en argent stipulées dans la plupart des baux ou baillées de l'ancien régime, pour droit de mouture ^ ». ¥A\e décidait même de pousser l'Assemblée nationale u à déclarer nulles, comme contraires aux droits de riiomme, de pareilles clauses ou redevances - ».

L'émigration vint bientôt après fournir aux clubistes un prétexte pour presser leur marche en avant. La première mesure prise par eux fut de réclamer de nos représentants un décret qui contraignît « les fermiers, régisseurs, etc., des réfractaires qui s'expatriaient volontairement à ne leur envoyer que du numéraire représentatif^ ». D'autres projets plus radicaux se succédèrent sans interruption. Dans la séance du 13 mai, un membre s'employa à obtenir qu'on sollicitât du Parlement « une loi par laquelle les émigrants seraient soumis pendant leur absence à une double imposition; un autre demanda que leurs biens fussent séquestrés jusqu'à leur rentrée dans le royaume* ».

lettre de Georpelin à Prieur. Josselin. 23 messidor an II (11 juillet l'î!)4 . Archives départeuientales du .Morbihan, série L. 1270.

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