‹ Frédéric Bastiat et l'extension du rôle de l'état [microform]Chapitre 3 sur 7 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Si, théoriquement, l’harmonie existe entre les intérêts, elle ne peut toutefois se réaliser dans les faits que si la justice la plus absolue règle les rapports sociaux, que si, selon la formule de Bastiat : « tout homme possède la libre disposilion et la propriété intégrale de sa personne, de ses facultés et du produit de ses facultés ».

En d autres termes, il est nécessaire que chacun recueille la totalité des résultats de son travail, soit qu’il les consomme, soit qu’il les échange.

Dans une sociélé organisée, toute la production étant dirigée vers l’échange, il importe avant tout que celui-ci opère un règlement équitable, que chaque partie contractante, en retour des services ou des produits qu’elle fournit, reçoive des services ou des produits strictement équivalents. Ce

n est qu à cette condition que l’harmonie se réalisera.

Or, on ne saurait prétendre que cette Justice dans la distribution des richesses, s’exerce aujour-

d’hui sans entraves, et que chacun obtient une rémunération équitable. De profondes altérations sont portées au rapport du travail à sa récompense. L’échange ne se fait pas selon les règles équitables, la juste équivalence n’est pas toujours réalisée : certains individus, certaines classes sociales reçoivent de la société plus de services qu’il ne lui en fournissent et parviennent ainsi à s’approprier arbitrairement le résultat du travail d’autrui.

Telle est, pour Bastiat, la plus grave des dissonances ; « Ce qui sépare l’ordre social de la perfection, ou du moins de toute celle dont elle est susceptible, c’est le constant effort de ses membres pour vivre et se développer aux dépens les uns des autres » [Physiologie de la Spoliation, p. 128).

11 en fut ainsi dans toutes les organisations sociales. A aucune époque de l’histoire des sociétés, les transactions humaines s’opérèrent en toute équité. De tout temps, des hommes furent exploités par d’autres hommes.

Ce n’est pas là l’impulsion d’une tendance passagère, engendrée par des circonstances particulières et que d’autres circonstances pouvaient à leur tour faire disparaître, c’est au contraire l’expression d’un sentiment instinctif qui, selon les étapes de la civilisation, se manifesta de différentes manières et revêtit des aspects variés, mais ne disparut jamais.

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