‹ Frédéric II, Catherine, et le partage de la Pologne; d'après des documens authentiquesChapitre 27 sur 45 · Juin · texte numérisé non relu

Juin

J'ai appris avec bien dn plaisir, par vos dei-nières dépôches, l'accord parfait qui règne enti-e mes idées et celles de la C'onr où vous êtes, sur la situation présente des affaires; et elle a raison de se persuader, que l'Angleterre ne prêtera pas l'oreille aux insinuations de la France contre nos arrangemens; bien plus, je sais positivement, qu'elle' s'y est refusé d'une manière qui ne laisse plus la moindre espérance à cette dernière de 1'}^ engager.- La Russie peut être tout aussi tranquille au sujet des opérations françaises sur mer, malgré tous les bruits qu'on a fait courir, les forces qu'elle a fait sortir de ses ports, se bornent à un couple de vaisseaux de guerre et quelques frégates, qui ne suffisent assurément pas pour une entreprise de conséquence. En attendant, vous trouverez ci-joint, suivant mes promesses, la continuation de mes nouvelles de Vienne;^) elles ne décident cependant encore

') Voir la lettre précédente.

Ul

(le rien; e'est la ])reiiiière exhalaison de la vivacité (lu Prince Kaunitz, et je pense, que sa dernière résolution sera ])lus modérée, surtout après (ju'il aura été informé de la conclusion et de la publication de Tarmistice entre la Russie et la Porte. 11 cliicanera peut-être encore un ])eu le terrain, mais puis après, je compte, il se rendra. Il s'est trop avancé pour pouvoir reculer. Pour ce qui regarde au contraire la prise de possession de districts que sa Cour a demandés, il se dépêche furieusement. Selon mes lettres, Wielicza est déjà non seulement occupée par les Autrichiens, mais ceux-ci ont déjà aussi mis la main sur la provision de sel qui s'v trouvait, en ordonnant d,e ne livrer quentre leurs mains l'arg-ent qu'on en retirerait. On prétend même, (pi'il y en a pour la valeur de 50,000 ducats. L'oflicier Russe qui y conniiandait avec deux compag-nies et quelques cosaques, leur a à la vérité représenté, qu'il n'avait point d'ordre de leur faire place, et qu'il espérait, qu'ils ne mettraient point des soldats dans cet endroit des salines du Roi; mais le Commandant Autrichien, le Sieur d'Althan, a répondu, qu'il n'agissait que par ordre de sa Cour, et que les Russes étaient les maîtres d'y rester aussi, vu, que ce ne serait pas la première fois que les troupes des deux Impératrices se fussent trouvées en-

semble comme amis dans le même endroit. Cette prise de possession indiqne bien, qne la maison d'Autriche ne veut pas renoncer à un pouce de terrain au delà de la Vistule et entre cette rivière et le San, et qu'elle continuera à se maintenir' dans tous ces districts; si donc elle se met en possession de tout ce qu'elle a demandé, avant que nous soyons d'accord avec elle sur les acquisitions, il sera difficile après, de lui faire admettre des modifications; et je crains fort, que notre nég-ociation ne traîne extrêmement en longueur. Mais au cas que cela arrive, je ne vois pas ce qui doit nous empêcher, la Kussie et moi, d'imiter son exemple, et de nous mettre également dans la possession de nos acquisitions respectives, et de continuer ensuite la négociation entamée.

Je dois vous dire encore, qu'il y- a à Elbing une petite garnison Polonaise, qui a reçu ordre de la Commission de guerre, de se défendre jusqu'à la dernière exti"émité. Je ne vous fais part de cette anecdote, qu'afin que, lorsque le temps sera venu, que je me mettrai en possession de cette ville, et que par sa résistance cette garnison m'oblige à user de force, vous sachiez d'avance ce qui en est des cris et des lamentations, dont les Polonais ne manqueront pas d'étourdir le public.

Au reste, jai fait jusqu'ici tout ce que j'ai pu, pour eng-ag-er le Roi de Suède à faire un voyage eu Russie, et la Reine, ma soeur, sa mère, est entièrement d'accord avec moi sur ce sujet, mais je crains fort, que le parti français ne fasse tous ses efforts, pour en détourner ce Prince.

49, Du Roi au Comte Solnis.

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