‹ Frédéric II et Louis XV, d'après des documents nouveaux 1742-1744. Par le deuc de BroglieChapitre 11 sur 48 · ET LOUIS X V · texte numérisé non relu

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encore mieux qu'une partie liée seulement avec l'étranger. Enfin, avec cet étranger même, avec la France, pour l'appeler par son nom (s'il fallait, bon gré mal gré, recourir encore à cette fâcheuse et gênante compagnie), il lui convenait, avant tout, de se mettre en garde contre les défaillances et les défections possibles. Frédéric, on le sait, ne cessait pas de prétendre qu'en nous abandonnant à Breslau, il u'avail fait que devancer la trahison déjà consommée à Versailles. C'était une fausseté dont lui-même n'était pas dupe; mais, dans le cas d'une alliance nouvelle, ce mensonge pouvait devenir une réalité justifiée par son propre exemple et par le précédent qu'il avait créé. Le tour qu'il avait joué à la France, la France. si (die trouvait à son tour l'occasion favorable, pouvait être tentée de le lui rendre en le payant dans sa propre monnaie : « Le roi me pardonnera-t-il jamais ma paix particulière? » avait-il dit h Voltaire dans sa première conversation. Poursuivi de celte crainte, il ne voulait rentrer en affaire avec Louis XV qu'après avoir engagé le cabinet français par des liens si étroits et des

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démarches tellement compromettantes, que, si le souverain offensé gardait encore un fonds de rancune, il ne fût plus en liberté d'user de représailles.

C'est à mettre ordre à ees soins divers qu'il se proposait de consacrer dans le silence tout le loisir que la saison d'hiver, qui commençait, lui laissait encore avant l'époque ordinaire de la reprise des opérations militaires. Peut-être aussi se souvenait-il qu'en essayant l'année précédente d'intimider l'Angleterre par des paroles comminatoires, demeurées stériles, il n'avait pas mis les rieurs de son côté, et était-il, cette fois, décidé à ne proférer de menaces que quand il serait sur que les effets pourraient les suivre.

Du côté du Nord, tout marcha facilement et au gré de ses désirs. La reine de Suède, Eléonore, sœur de Charles VII, n'ayant point eu d'héritier de son mariage avec le landgrave de liesse (qu'elle avait associé a la couronne et qui lui survivait , ce fut à la diète nationale à pourvoir, suivant la loi constitutionnelle, à la prochaine vacance du troue. Le choix fut longtemps et

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vivement disputé : de concert avec le cabinet russe, Frédéric réussit ta déterminer enfin la majorité des suffrages en faveur du prince d'IIolstein-Eustin, cadet de la maison de Wasa et allié à la famille de Pierre le Grand. Puis, pour se concilier plus sûrement l'esprit du nouveau prince royal, il lui accorda la main de sa sœur Ulrique : c'était la beauté célébrée par Voltaire qui obtenait ainsi une couronne moins idéale, moins brillante, mais plus solide que celle dont le rêve du poète l'avait flattée. Voltaire, il faut le dire, quand il apprit ce projet d'alliance et cette rivalité royale, continua la plaisanterie de très bonne grâce : « Je regrette, écrivait-il gaiement à Frédéric, de n'avoir pas encore réuni les trois cent miile hommes avec lesquels je devais enlever la princesse ; mais, en récompense, le roi de France en a davantage \ »

Cette union, en elle-même agréable à Elisabeth, puisqu'elle consolidait l'influence russe à Stockholm, aurait dû suffire pour rapprocher les cabinets de Berlin et de Saint-Pétersbourg ;

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