‹ Frédéric II et Louis XV, d'après des documents nouveaux 1742-1744. Par le deuc de BroglieChapitre 13 sur 48 · I.oi IS XV A LA RM12E I ï · texte numérisé non relu

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cérémonie se lit sans délai. Sophie-Auguste d'Anhalt q 'avait pas encore achevé sa quinzième année, et, bien que, dans cet âge encore tendre, elle sultil entièrement la domination d'une mère intrigante el spirituelle, au moment de se lier par un sermenl indissoluble, elle semblait hésiter, ne pouvant cacher sa répugnance pour l'époux qu'on lui destinait et la religion nouvelle qu'elle devait embrasser. Frédéric dut exercer son autorité pour vaincre celte résistance, qui paraissait plus mutine que sérieuse. L'enfant céda et vint recevoir au pied des autels ce nom de Catherine, déjà porté par une vivandière couronnée et qu'elle devait illustrer par un éclat inattendu. Qu'aurait pensé Frédéric s'il eût pu prévoir que celte fille timide et sauvage, dont il fixait ce jour-là la destinée au gré de Sun ambition, deviendrait sa rivale dans l'admiration du monde et, l'impérieuse alliée qu'il serait contraint d'associer au partage de ses conquêtes comme à la complicité de ses attentats? Mais aucun o'il n'était assez perçant pour discerner cet avenir, et, pour l'heure présente, Frédéric était tout entier à la joie d'avoir h. lo

pu mettre, par une double alliance, toutes les forces du .Nord dans sa main. « J'ai fait, écrivait-il ;i son ministre Mardefeld, tout se qui était humainement possible pour faire réussir mes affaires, ayant travaillé pour faire le mariage entre le grand-duc de Russie et la princesse de Zerbst et accordé ma sœur au prince successeur de Suède et employé des sommes considérables pour le succès de ces affaires ; si, contre mon attente, elle venait h manquer, je n'aurais rien à me reprocher1. »

1. Pol. Co;v.. t. [II, '•. n, is ei 166.— Droysen, loc. cit. — Le double mariage d'Ulrique et de Catherine n'eut lieu que dans le cours du printemps; mais l'un et l'autre étaient arrêtés îles le commencement de l'année, et l'effet diplomatique étail produit. La répugoance de la jeune princesse d'Anhall à embrasser la religion grecque est mentionnée dans les lettres de Frédéric à sa mère; une publication récemmenl faite par la Société de l'histoire de Russie, du récit de son mariage par sa mère atteste aussi qu'il fut difficile d'obtenir s. m assentiment à ce changemenl de croyance. Dans la 1 où elle annonce sa conversion à s, m père, elle écrit ellemême qu'elle s'y décide parer' qu'on l'a convaincue qu'd n'y avail presque aucune différence entre la religion grecque et la religion luthérienne, ei qu'elle a regardé dans les gracieuses instructions de Sun Altesse. On peut croire que Frédéric, toutpuissanl dans le petit duché d'Anhalt, était pour quelque chose dans ers gracieuses instructions. f\Publications de la Société de l'histoire de Russie, t. VII, p. 2 et suiv.

Loi: i s \ V A L'A RMÉE I 'l~

Le projet de former une confédération armée d'Etats favorables à la cause impériale, de pri 'mes bien intentionnés, suivant l'expression de Frédéric, rencontra à l'exécution plus de difficultés. C'étaient ces princes dont il avait été sonder les dispositions clans ce voyage de Bayreuth et d'Anspach auquel Voltaire s'était associé sans en être prié et sans parvenir à en pénétrer le secret, et le silence significatif gardé par Frédéric au retour était un indice suffisant qu'il n'était pas content du résultat de ces démarches. Il n'avait rencontré, même chez les meilleurs et les plus lidèles, que doute, hésitalion et timidité. Ce qui les retenait, ce n'était pas seulement la crainte bien fondée d'être mis en avant et de ne pas se trouver soutenus à la dernière heure par un roi qui ne passait pas [tour un modèle de bonne parole : un motif plus pressant les arrêtait : tous ces princes étaient besoigneux, leurs sujets ne l'étaient pas moins, et comment lever et enrôler des hommes sans argent? Si Frédéric eût laissé ses parents et ses amis puiser dans sa bourse, il les aurait sans doute trouvés mieux disposés à le seconder.

Mais lui-même n'avait que des ressources limitées et de grands besoins, et une économie voisine de Ja parcimonie, dont son père lui avait donné l'exemple, était chez lui une qualité héréditaire. Qui donc se chargerait de faire les frais de l'association? Dans cet embarras, Frédéric trouva tout simple de se retourner encore vers la France, et de lui faire payer par avance le secours qu'il n'était pas encore bien décidé à lui fournir. Mais la question était de savoir si on trouverait de ce coté des prêteurs assez complaisants pour escompter de confiance des billets dont on n'était jamais sur qu'ils ne seraient pas protestés à l'échéance.

Le doute à cet égard était assez fondé, et la proposition par elle-même de nature assez délicate pour que Frédéric crût devoir engager Valori à aller lui-même en faire l'ouverture à Versailles : c'était la mission dont il voulait le charger le jour même où il congédiait Voltaire sans lui en faire part. Mais telle était pourtant devenue son habitude de ne garder aucun ménagement avec les personnes, et surtout avec les Français, et de se railler des g-ens en face, au

moment où il réclamait leurs services, qu'il ne réussit pas même à donner à sa communication la forme de la pins simple politesse. Il rédigea de sa main une note qu'il remit à Valori et qui portait en tète cet intitulé : « Plan que devront suivre les Français, s'ils sont sensés. » — Après quelques indications données sur les mesures à prendre pour défendre le territoire français, les dispositions et ^effectif convenable pour les troupes à opposer soit à l'armée anglaise, soit au prince Charles de Lorraine, la note poursuivait en ces termes :

« Mais, comme, dans les circonstances où se trouve la France, il ne suffit point de se défendre, et qu'il faut bien plus se procurer des secours étrangers, on ne peut assez pensera les trouver, et cela même le plus promptement possible. Ces secours ne peuvent se trouver qu'en Allemagne. Le roi de Prusse ne peut pas à la vérité secourir ouvertement la France sans contrevenir à sa paix avec la reine de Hongrie; mais il ne saurait se dispenser de donner son contingent à l'empire, quoiqu'il ne puisse le donner sans que d'autres princes s'associent dans l'Allemagne.

La France peut faire réussir ce projet moyennant qu'elle promette au roi de Prusse la garantie de la Silésie et quelque concours à ce qui peut être deses intérêts; il faut qu'elle pu tp- 300,000 écus de subsides au Palatin, autant à la Hesse, un présent à la duchesse de Wurtemberg et îles corruptions à sa cour, de même qu'a là philosophique) duchesse de Saxe- Gotha. Mais, comme il ne convient point que la France se mêle directement de tout ceci, il faut, pour éviter les dissipations de l'empereur, qu'elle mette le maréchal de Seckendorfen état de faire toutes ces dépenses au nom de l'empereur. Cette dépense assemblera une armée de soixante mille hommes dans le cœur de l'Allemagne et obligera, à coup sûr, les fanatiques de la reine de Hongrie à prendre des sentiments plus pacifiques et plus raisonnables. Si la France est capable de prendre un parti sensé, elle choisira à coup sur celui qu'on lui propose et qui est, en vérité, l'unique à suivre dans la situation où se trouve ce royaume1. »

1. Pol. Corr., t. Il, p. 431. — Ces mots entre parenthèses la philosophique duchesse de) ne se trouvent pas dans

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« Cotte pièce, dit Podewils dans une remarque écrite en marge de ce document, m'a ('•té remise par Sa Majesté, de son auguste main (Aochsteigenhandig), et il m'a recommandé dé bouche de la faire lire en ma présence au marquis de Yalori, de lui en dicter ensuite le conlenu, mais sous le sceau firmissimi silentii, et en l'avertissant que, si. de la part des Français, la moindre indiscrétion était commise, tout serait désavoué par Sa Majesté, (-'est ce que j'ai fait aujourd'hui '. »

La recommandation du secret était inutile ; car il n'y avait, en vérité, aucun danger que Yalori eût la tentation de se vanter d'avoir écouté sans sourciller une telle proposition, pas plus que <le se montrer assez naïf pour aller plaider une telle cause à Versailles. Sans parler du Ion cavalier de celte étrange pièce diploma-

cette note, mais dans une précédenfe (p. 425), où le même plan est exposé presque dans les mêmes termes. La duchessi de Saxe-Gotha était une princesse qui recherchail le bel esprit et correspondait avec Frédéric sur les sujets littéraires et philosophiques. C'est à elle que Frédéric recommande d'offrir ce qu'il appelle des corruptions. I. Ibid., in Nul.

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tique, la moindre clairvoyance suflisail pour apercevoir que Frédéric poussait, cette fois, l'arrogance jusqu'à tout demander à la France, non seulement sans lui rien donner, mais même sans lui rien promettre. 11 ne s'engageait nullement à entrer en campagne à aucune époque ; persistant à se couvrir de la neutralité promise à Breslau, il ajournait toute action sérieuse jusqu'à la formation d'une ligue de princes dont l'accord n'existait encore que dans son imagination. En attendant, la France devait lui garantir la sécurité de ses Etats, même des possessions qu'il avait acquises à ses dépens ; de plus, s'engager, d'une façon vague, à le servira l'avenir ; immédiatement, enfin, avancer de grosses sommes dont elle n'aurait à faire elle-même ni l'emploi, ni même la distribution. Elle payerait par avance la solde de troupes qui ne seraient pas lovées en son nom, dont elle n'aurait pas le commandement et ignorerait jusqu'à la dernière heure la destination. C'était là ce que Frédéric, par dérision sans doute, appelait agir en gens sensés. Jamais pareil métier de dupe ne fut proposé

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