I. Po!. Cor,:, t. III, p. 35, 12, 13, G3, 66, etc
s'engager dans les liens d'une nouvelle alliance, 11 comptait exiger, en premier lieu, qu'avant la reprise des hostilités une déclaration de guerre authentique et solennelle fût envoyée à l'Angleterre d'une part et à l'Autriche de l'autre. Jusqu'à ce moment, en effet (on se le rappelle), malgré tant de sang français versé à Prague ou à Dettingue, la France n'avait encore agi qu'en qualité de simple auxiliaire de Charles VII, d'abord comme électeur de Bavière, et ensuite comme empereur ; à tel point qu'elle conservait toujours, soit à Londres, soit à Vienne, des représentants accrédités. Cette fiction diplomatique, moins vaine qu'elle n'avait l'air, lui ménageait la possibilité de sortir à tout moment de la lutte, sans autre formalité qu'un avis donné à ses alliés ou un ordre expédié à ses généraux. Et, défait, c'est ainsi que, lorsque Noailles, l'été précédent, avait fait repasser le Rhin à toutes ses troupes, l'envoyé delà France auprès de la Diète n'avait avisé la haute assemblée que par une simple notification de cette «vacuation complète du territoire allemand. C'est cette facilité même de retraite qui inquié-
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lail Frédéric el à laquelle il voulail fermer la porte en établissant, dès le premier jour, entre la France el ses ennemis, un état d'hostilité déclarée dont elle ne pourrait être dégagée que par un traité formel, précédé d'une négociation qui préviendrait toute surprise.
Un second engagement devait être réclamé de la France ; c'était la promesse de ne pas poser les armes avant que la Prusse eût obtenu, pour prix de son nouvel elï'ort, une extension de territoire sur les frontières de la Bohême et de la Silésie, destinée, suivant Frédéric, à compléter el à assurer la possession de sa première conquête. Enfin, et ceci était le point le pins délirai el le plus difficile ù gagner, il f al lail que la France se décidai à faire île nouveau franchir Le Rhin à deux de ses corps d'armée, dont l'un serait placé sur le cours inférieur du lleuve, aux environs de Cologne el de Dusseldorf, pour contenir les Anglais et menacer le Hanovre; l'autre en amont de Strasbourg, pour occuper le prince de Lorraine pendant que les armées prussiennes attaqueraient l'Autriche dans ses foyers.
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Il ne semble pas, à première vue, que l'envoyé choisi par Frédéric pour aller traiter une affaire si grave, et dont chaque détail avait tant de prix à ses veux, fût l'agent le mieux approprié à cette tâche. Frédéric, comte de Rottenbourg, n'était rien moins qu'un diplomate de profession. C'était un gentilhomme de bonne et agréable compagnie, mais qui, dans un âge déjà mur, restait, malgré les années, très jeune de caractère et d'habitudes. Appartenant à une famille noble de Livonie, dont une branche avait pris du service en France, il était venu de bonne heure à Paris visiter ses parents et chercher la fortune avec le plaisir. L'une etl'autre lui avaient souri. Le régent, l'admettant dans sa société la plus intime et la plus gaie, l'avait marié à la fille de sa maîtresse, la marquise- de Parabèrc, sans exiger de lui plus de fidélité qu'une telle hérédité n'en comportait. Il avait dû à celle alliance la faveur de prendre pari, avec un grade élevé, à la guerre soutenue par Louis XV pour replacer son beau-père Stanislas sur le trône de Pologne ; ce qui ramena naturellement le jeune Livonien dans le voisinage de son pays
natal. La crainte lui vint alors que, malgré la bienveillance qu'on lui témoignait, son origine (il élail nr protestant et sa conversion restait douteuse) ne fût lot un lard un obstacle sur le chemin de la fortune et il prit congé des drapeaux de la France pour passer sous ceux de la Prusse. Le hasard le mit aux côtés du jeune roi à Molwilz, et il se lit blesser généreusement en le couvrant de sa personne au moment où l'escadron royal quittait à la hâte le champ de bataille. Depuis lors, son intimité avec le prince était restée grande, mais c'était entre eux camaraderie de plaisirs plutôt que confidence d'affaires. Cbaque année, llottenbourg, resté Parisien dans l'âme, prenait le chemin de la France, en apparence pour faire soigner ses blessures, dont il soutirait encore, en réalité pour entretenir et renouveler connaissance avec ses compagnons d'armes et de jeunesse. Nul n'était plus familièrement admis que lui dans tous les cercles de la capitale, depuis les boudoirs des grandes daines jusqu'aux coulisses des théâtres. Frédéric trouvait en lui tantôt un pourvoyeur de ses divertissements qui recrutai!
à prix d'or, pour le théâtre de Berlin, des premiers sujets de ballet ou d'opéra, tantôt un correspondant très bien informé, qui le tenait au courant de toutes les anecdotes non seulement de la cour et de la ville, mais de ce monde littéraire dont le moindre incident l'intéressait. Aussi, c'était à lui que Voltaire, faisant mine de quitter sa patrie en disgrâce, avait conté la première confidence de ses feintes colères et c'était lui aussi que Frédéric avait chargé de déjouer par un expédient plus amusant que loyal le piège qui lui était tendu.
Ce tour d'adresse, très lestement exécuté, faisait honneur à la dextérité de Kottenbonrg. De là cependant à lui confier une mission sérieuse, il y aurait eu loin encore, si. avant toute négociation, Frédéric n'avait cru nécessaire de commencer par une enquête, une sorte de reconnaissance du terrain à laquelle les habitudes, les faiblesses et même les vices de Rottenboucg le rendaient au contraire singulièrement propre. Frédéric voulait savoir avant tout à qui on pouvait parler à Versailles avec une chance sérieuse d'être écouté, de se faire
croire et d'obtenir un échange de promesses suivies d'effet. On a vu ce qu'il pensait du ministre des affaires étrangères Amelot, à qui il prêtait toute la timidité, tonte la duplicité de Flenry, moins son adresse. Il ne paraît pas qu'il eût beaucoup meilleure opinion de son propre ministre à Paris, Chambrier, dont effectivement les rapports lourdement écrits, empreints d'une malveillance banale et monotone, ne donnent qu'une idée assez peu avantageuse. En tout cas, après tant de mécomptes suivis de tant de méfiance et de tant de récriminations réciproques, les anciens ressorts diplomatiques lui semblaient tous faussés et hors d'usage. Pour un nouveau jeu, il lui fallait de nouvelles caries. Puis on parlait beaucoup et Voltaire avait fait beaucoup d'état dans sa conversation de la résolution prêtée à Louis XV de gouverner et même de combattre en personne. Frédéric était bien assez perspicace et trop enclin à mal penser de ses semblables en général, et de ses confrères en royauté en particulier, pour ajouter sérieusement foi à cette résurrection tardive. Mais n'y eût-il chez le débile souverain qu'une
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velléité d'action passagère, c'était un réveil d'un jour dont, entre doux sommeils peut-être, et en prenant bien son temps, on pouvait profiter. Pouvait-on aborder le roi lui-même et entrer directement en relation avec lui? ou bien à supposer, ee qui était probable, que cette émancipation ne fût qu'apparente, et que Louis continuât à obéir en paraissant et en croyant commander, quelle main se cachait derrière la sienne, et qui donc le gouvernait sans en avoir l'air? A quels mobiles obéissaient ces inspirateurs nouveaux? A quelles séductions seraientils accessibles? Cette maîtresse altière, donl la fierté, disait-on, relevait les charmes, serait-elle insensible a l'orgueil de former elle-même un lien entre deux rois? Le premier ministre occulte, était-ce Tencin, vêtu de cette robe rouge qui avait couvert tant d'ambitions séculières, et nourri dans celte curie romaine dont L'adresse et la politique profonde étaient encore légendaires? ou bien était-ce Noailles, à demi vainqueur hier et pressé sans doute de saisir Loute occasion favorable pour courir après la gloire, qui lui avail échappe au moment où il
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croyait la Lenir? Enfin Belle-Iale, l'inappréciable Belle-Isle, était-il réellement cl pour jamais en disgrâce? Fallait-il renoncer à mettre encore une l'ois à profit el ses talents élevés et sa fougue imprudente? Tels étaient les points obscurs de l'horizon; alin de les éclaircir, il fallait, dit luimême Frédéric, une boussole pour s'orienter. G?esl le rôle donl Rottenbourg dut èu-e chargé, el donl lui seul pouvait s'acquitter sans bruit, sans même avoir besoin d'écouter aux portes; car Loutes lui riaient ouvertes d'avance, sa présence dans les lieux où on était accoutumé à le voir n'ayani rien de suspect ni même de surprenant.
Avant de le mettre en campagne, Frédéric eul pourtant la fantaisie de Voir de ses propres veux comment il saurait se démener dans sa tâche improvisée d'ambassadeur. Il le manda en tête-à-tête dans son cabinet, et, se posant eu face de lui, imitant de son mieux les restes et la physionomie d'un ministre français tel qu'il pouvait se les figurer } il lui lit. par avance, toutes les objections que pouvait rencontrer, à Versailles, le projet d'une alliance renouvelée
avec la Prusse, y compris même celles qu'on pouvait tirer du caractère de son roi, de sa versatilité, de son égoïsme et du peu de foi que méritaient ses paroles. Il s'amusa ainsi à faire lui-même, de sa propre personne, un portrait dont il n'adoucit pas les couleurs : « Voyons, maintenant, lui dit-il, comment vous vous v prendrez pour me défendre. » Rottenbourg entra en riant dans le jeu, et, sans démentir absolument les défauts prêtés à son maître, montra si bien le parti qu'on en pouvait tirer, en un mot, s'acquitta avec tant de tact et d'àpropos de sa réplique, que le roi lui dit eu se levant : « Parlez seulement ainsi et vous êtes sur de réussir '. »
La mission de Rottenbourg- devait être gardée secrète plus encore à Berlin qu'à Paris, Frédéric se mélianl toujours des sympathies de tout son entourage et principalement de son ministre Podewils pour l'Angleterre. Le comte obtint pourtant la permission d'aller en entretenir confidentiellement Valori avant son départ, et,
1. Hyndford a Carteret, 22 Février llii. Correspondance de Crusse. Record office.
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dans cette conversation à huis clos, il lit preuve de la même adresse cachée sous une bonhomie apparente qui lui avait valu l'approbation royale. Peut-être même, si le maître, écoulant aux portes, avait entendu parler le serviteur, il eût trouvé qu'on faisait un peu librement les honneurs de son caractère : « Dites-moi franchement, dil Uottenbourg à Valori, comment je vais être reçu à Paris et ce. qu'on y pense de mon roi. Y est-on véritablement animé contre lui de ['esprit <h> vengeance dont il redoute toujours les etfets? » Valori, pris un peu au dépourvu par la question, répondit pourtant sans trop d'embarras que, si la méfiance existait, il dépendait du roi d'y couper court en donnant lui-même des gages qui ne permissent de laisser planer aucun doute sur la sincérité de ses intentions : « Un grand Etat, ajouta-t-il, comme la France ne connaît pas l'esprit de vengeance et ne consulte que son intérêt... » — « Mais, reprit Rottenbourg (de plus en plus confiant), je ne fais pas façon de vous dire qu'il faut montrer de la pâture <) mon oisrau. Qu'est-ce que la France consentira qu'il lui revienne
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quand il se sera mis dans cette affaire jusqu'au cou? Vous savez aussi bien que moi qu'il lui faul un appât et qu'il n'est pas homme à s'engager sans des vues de profit. » — « Je lui répondis, écrit Valori, qu'il y eu avait une certaine, c'était sa sûreté et relie de ses conquêtes; que je voyais avec douleur qu'il n'était pas aussi sensible à cet objet que son intérêt le demandait. » — « Vous le connaissez, me répondit-il, vous savez que le présent est le seul objel qui le touche et qu'il s'embarrasse peu de ce que les affaires peuvent devenir après lui. » — « En ce cas, lui dis-je, il me parait que la Prusse, ne pouvant agrandir ses États qu'aux dépens de la ici ne de Hongrie, il ne doit pas balancera entrer dans des mesures contre elle. » Et Valori continuait: « Je n'ai rienàvous dire, monseigneur, du caractère de ce gentilhomme ; je crois que vous le trouverez aussi parlant que quand il est parti de France. En tout cas. quoi qu'il en soit du succès de son voyage, j'estime qu'il donnera à penser à nos ennemis '. »
1. Valori à Amelot, ±2 février 1744. [Correspondance d? Prusse. — Ministère dés affairés étiaDgères.)
uni s \ y \ l'arméiî IS7
L'arrivée de Rottenbourg en France no causa, comme on l'avait prévu, aucune sensation, et Le duc dé Luynes, en général bien informé, ne fait de sa première visite à la cour qu'une mention indifférente. Mais lui-même ne fut pas deux jours à Versailles sans comprendre d'où vouai I le venl e1 de quel Oôté il devait se tourner. Il y trouvait aux prises deux partis de plus en plus tranchés : celui des anciens ministres, qui, avec Amelot et Maurepas, restaient lidèles aux traditions prudentes, économes et même timides de Fleury, et ceux qui suivaient avec Tencin les inspirations plus ardentes du maréchal de Xoailles et de Richelieu. Depuis la lin malheureuse de la dernière campagne, c'étaient, entre ces opinions contraires, des conllits incessants et que chaque incident faisait renaître ; et, de fait, la question se posait chaque jour plus nettement sous la forme d'une alternative plus étroitement serrée. Il fallait ou redoubler plus que jamais d'efforts et de vigueur, ou poser les armes en demandant grâce. Le traité de Worms en particulier (ce traité qui causait à Frédéric tant d'alarmes (rendait la situation de la politique
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française plus critique que jamais ; car l'importante accession de la Sardaigne à l'alliance austro-anglaise pouvait jeter dans la balance des forces un poids décisif ou menaçant nus provinces méridionales au moment où colles du Nord, naturellement très découvertes, étaient défendues par des forces à peine suffisantes. La gravité du péril était accrue par l'irritation même que l'Espagne avait ressentie d'un dénouement qui trompait sa longue attente. Déçue dans ses ambitions maternelles au moment même où elles les croyait réalisées, l'ambitieuse Farnèse menaçait tout haut, si on ne l'aidait pas à obtenir réparation, de se jeter elle-même avec armes et bagages dans le camp du plus fort, sûre qu'elle était de faire payer cher une défection qui laisserait la France isolée au milieu d'un cercle de fer et de feu.
Louis XV, très irrité aussi du mauvais tour que son cousin de Sardaigne jouait à son oncle d'Espagne, s'était montré dès le premier jour disposé à en tirer vengeance. On peut douter pourtant que la lierté blessée eût été un aiguillon suffisant pour l'émouvoir longtemps
cl le porter à des partis décisifs, si ce ressentiment n'eût été secondé et entretenu chez lui par de tendres et même brûlantes excitations. Mais madame de la Tournelle veillait au poste où Noailles et Richelieu l'avaient placée et suivait fidèlement des conseils qui flattaient son orgueil. Si elle n'avait pas réussi à vaincre la répugnance du monarque indolent pour le travail et l'étude, elle avait au moins réveillé dans son cœur ce goût de la gloire et des combats dont le feu circule toujours, même quand l'ardeur en est latente, dans les veines d'un prince français. Très réellement, celle fois-ci, Louis XV avait conçu le désir de se montrer lui-même sur le champ de bataille à la tête de ses armées, soit que I orgueil d<- race dont il était nourri lui fil croire que sa seule présence ramènerait la victoire sous ses drapeaux, soit qu'il fût tlatté en imagination de se montrer dans cette noble attitude aux yeux d'une maîtresse bien-aimée. « J'en grille d'envie, écrivait-il au maréchal de Noailles le lendemain même de la bataille de Dettingue... Si on veut manger mon royaume,
je ne puis le laisser croquer sans faire mon possible pour l'empêcher. » Noailles, sans arrêter tout à fait ce généreux élan, — en laissant même voir qu'il prendrait eu bonne part la témérité d'un coup de tête, — avait dû pourtant lui faire observer qu'une campagne purement défensive, après une bataille perdue et sans possibilité de revanche immédiate, n'offrait pas à la majesté royale une occasion bien éclatante de rentrer en scène Louis avait dû céder à l'insistance de ses courtisans, qui lui représentaient, dit Tencin, qu'un roi ne devait marcher qu'avec la victoire. .Mais la saison nouvelle, en ouvrant de meilleures espérances, ne laissait plus de place à ces prétextes auxquels une voix chérie lui reprochait peut-rire tout bas de s'être trop aisément prêté. Son ardeur, d'autant plus excitée qu'elle n'avait pu être satisfaite, en le détournant de tous les partis de faiblesse, le rendait plus accessible aux conseils de ceux qui lui prêchaient les [('solutions héroïques. « Je suis comme l'oiseau sur la branche, écrivait-il en voyant approcher le moment de se
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signaler, et je désire de vieillir à un point inexprimable l. »'
Ce que nous nommerions aujourd'hui le parti d'action gagnait donc chaque jour du terrain dans les conseils et surtout dans l'esprit de Louis XV. Dès la lin de l'automne précédent, deux faits qu'il est singulier, mais nécessaire de rapprocher, donnèrent la mesure de ce progrès. Le 22 octobre, madame de la Tournelle recevait le brevet de duchesse qu'elle avait exigé dès le premier jour comme le signe éclatant de sa laveur, et, le lendemain 23, un traité d'alliance était signé avec l'Espagne, stipulant en termes exprès une déclaration de guerre immédiate faite à la Sardaigne et en laissant pressentir une autre à courte échéance à l'adresse de l'Angleterre.
La grâce accordée à madame de la Tournelle eut un éclat et une ampleur qui dépassaient tout ce qu'avait fait Henri IV pour Gabrielle ou
1. Le roi au maréchal de Noailles, 24 juillet, 'J août, •'{. 16 septembre 171:;. — Le maréchal au roi, 6, .'ÎO août 1743. — Hoiisset, t. I; Introduction, xc, cxi. — En racontant ces Lésitations du roi pendant la lin de la campagne de 1743, M. Uousset me parait les avoir jugées trop sévèrement.
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Louis XIV pour La Vallière. Le duché créé pour elle n'était poinl assis sur quelque fief obscur, mais Lieu sur le château royal qui dominait la cité de Châteauroux, ville de plusieurs milliers d'âmes, el sur un domaine de la couronne pris à bail par les fermiers généraux pour une rente annuelle de 85,000 livres. Les lettres patentes enregistrées au Parlement donnaient pour motif d'une si généreuse concession c les services qu'avait rendus à la couronne, depuis plusieurs siècles l'illustre famille dont madame de la Tournelle était issue, et aussi les qualités d'esprit et de cœur dont elle avail fait preuve depuis qu'elle était attachée à la reine nul re chère compagne) et qui lui a\ aienl acquis une estime H une considération universelles ■. La présentation de la nouvelle duchesse fui laite avec solennité; elle prit son siège devant le roi, cuire sa sœur, madame de Lauraguais, duchesse comme elle, et d'autres dames du même rang, parmi lesquelles figurait, par un hasard qu'on aurait pu croire calculé, la duchesse d'Agénois, l'épouse légitime du jeune seigneur dont elle avait quelque temps possédé le cœur
louis \v a l armée 193
el donl elle châtiait, ce jour-là, avec lant d'éclal l'inconstance... « De là, dit le duc de Luynés,
on passa chez la reine. La reine s'est approchée de madame de la ïournelle el lui a dit : « Je » vous fais compliment, madame, sur la" grâce " que le roi vous a accordée... » Les trois dames, debout, sonl entrées; il n'y avait pas de dame du palais de la reine (ce qui indique probablement que la duchesse de Luynes avait trouvé moyen de s'éloigner). C'était un quart d'heure avant la comédie... La reine s'est levée au bout de fort peu de temps... Le roi a donné une loge à la comédie à madame de Châteauroux. » Après ces tristes cérémonies, dont la froide étiquette sauvait à peine le fond d'indécence, la grande dame improvisée allait se délasser dans sou cercle intime avec ses protecteurs, dont elle appelait l'un (h maréchal de Noailles) sou parrain, l'autre (le duc de Richelieu) son oncle: et eux, de leur côté, au lieu du titre pompeux donl ou venait de la parer, s'amusaient à lui donner le surnom plus familier de la Ritoitrne.lle. Leur crédit, d'ailleurs, croissait avec le sien. « On sut hier, dit encore Luynes, à quel- 11. i:;
ques jours de là, que le roi a donné les grandes entrées chez lui à M. le duc de Richelieu. On peut, voir par ce qui a été dit ci-dessus, au sujet de l'affaire de madame de Ghàtcauroux, que M. de Richelieu était en droit de dire que le roi lui avait quelque obligation; au moins c'est ainsi que le public en pensait '.
Le traité signé .avec l'Espagne fut conçu dans
des termes très énergiques el d'une grande
portée. La France se mettait immédiatement en
guerre avec le roi de Sardaigne, joignant un
corps d armée français aux troupes espagnoles,
auxquelles le passage était accordé à travers
nos provinces méridionales pour pénétrer dans
la Savoie el dans la rivière de Gênes. Louis XV
s'engageait, de plus, à ne poser les armes que
quand un établissement suffisant aurait été
assuréen Italie à l'infantdon Philippe. Enfin les
deux rois devaient se mettre d'accord sur le
moment où il conviendrait de déclarer la guerre
à l'Angleterre.
Ce moment ne pouvait plus tarder le jour