I. Frédéric à Rottenbourg, t. III. 30 mars
avec la Franco restât secrète. La raison qu'il donnait pour motiver ce délai était la nécessité de terminer ses préparatifs et de mettre le sceau à son alliance avec la Suède et la Russie : deux prétextes aussi vains l'un que l'autre; car il armait depuis plus d'un an et il avait manœuvré de manière à être aussi maître à Stockholm qu'à Saint-Pétersbourg'. « Mais, dit-il lui-même dans son Histoire, cet article lui donnait la faculté d'agir ou de n'agir pas, suivant que les circonstances seraient favorables ou contraires. »
L'excuse eût été meilleure s'il eût dit. ce qui était vrai, que l'adhésion donnée par la France .'i 1 incartade du prétendant avait jeté dans les esprits, autour de lui, un trouble qu'il fallait lui laisser le temps de calmer. La faute commise par celte imprudente résolution n'allait pas tarder à être évidente, en Angleterre même, et fut tout de suite sensible en Allemagne. J'ai expliqué à plus d'une reprise comment, par suite du croisement des intérêts qui, depuis Richelieu ou Mazarin, emmêlait les fils de la
politique européenne, tandis qu'en Angleterre,
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en Hollande, dans toute l'Europe occidentale, la France passait pour la puissance catholique, et même fanatique par excellence, — encore imparfaitement lavée du sang de la Saint- Barthélémy et poursuivie des imprécations de tous les religionnaires réfugiés, — tous les rôles étaient renversés en Allemagne, et c'était le contraire qui avait lieu. Là, le parti, je ne dirai pas favorable à la France (il n'y en avait point de tel), mais le moins hostile, était celui des petits Etats protestants, ennemis héréditaires de L'apostolique maison d'Autriche. C'était parmi ceux-là que Chavigny avait recruté les associés de son union fédérale et que Frédéric pouvait trouver des alliés pour sa future campagne. Mais c'étaient ceux-là aussi à qui la présence d'un prince allemand et protestant, leur semblable en tout , sur le troue d'une grande nation, causait le [lias de joie et d'orgueil. L'humiliation infligée au papisme .par la révolution anglaise de 1688 était célébré;' par les lils de Luther comme une faveur de la Providence, dont il n'y avait point de pasteur en chaire, point de père de famille dans sa prière domestique, qui ne rendit publi-
quement grâces. L'idée que ce triomphe de leur foi riait menacé par une coalition dont on les engageait à faire partie et qu'on leur demandait de verser leur sang et de donner leur argent, non pour abaisser l'Église catholique en Allemagne, mais pour rétablir sa domination en Angleterre, causa dans tous les rangs des protestants une violente réaction et une rumeur générale.
A Francfort, en particulier, ce fut comme une tourmente d'opinion qui menaça de balayer d'un coup tous les plans si adroitement formés par Chavigny. C'était beaucoup si le texte déjà préparé d'union n'allait pas être déchiré dans un accès de colère par ceux mêmes dont la signature était attendue. Plus d'un de ces associés futurs, d'ailleurs, parent ou allié de la nouvelle famille royale d'Angleterre, était personnellement intéressé au maintien d'un ordre de succession à la fois protestante et féminine qui pouvait, un jour ou l'autre, profiter à euxmêmes ou à leurs descendants. « Mon fils a épousé une princesse anglaise, s'écriait le prince de liesse, le plus chaleureux pointant des parti-
sans de la nouvelle union : comment veut-on que je lui enlève moi-même tous ses droits à la couronne ? Et si le roi George a besoin des Hessois pour se défendre, son gendre peut-il les refuser? La France veut donc, ajoutait-il. la monarchie universelle pour sa religion favorite? » L'empereur lui-même était consterné. « On aurait pu me consulter, disait-il, avant d'allumer autour de moi une guerre de religion. » — « Daignez, sire, écrivait Chavigny en rendant compte avec désespoir de ce retour d'opinion, et en invoquant les souvenirs que lui avait laissés un assez lonu séjour fait en Angleterre, éloigner ce fantôme de prétendant. 11 y aura toujours en Angleterre des mécontents; mais quel fond peut-on y faire ? J'aurais eu le temps de me désabuser des jacobites si je m'y étais jamais mépris : ils ne sont bons à rien, sinon pour se précipiter et ceux qui se concertent avec eux. Unissons-nous pour sauver l'empire avec ies protestants d'Allemagne; c'est par cette voie, sire, que vos aïeux ont marché et ils s'en sont bien trouvés *. »