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mais que, si vous vouliez l'avoir, il ne fallait jamais paraître la désirer. En effet, je suis témoin que le parti autrichien, à La Haye, tâche toujours d'imputer à faiblesse vos démarches les plus raisonnables, et que la ville d'Amsterdam a besoin de vous craindre pour prendre des mesures pacifiques.
J'ai vu deux jours presque entiers le comte de Sfairs et beaucoup d'Anglais de mérite. Ils m'ont confirmé qu'il se forme à Londres un parti très considérable qui désire la paix, et que deux cents membres de la Chambre des communes se sont déjà associés. L'un des chefs de ce parti est M. Dodington ; je le connais particulièrement, c'est un homme très riche, très actif, très ferme et de beaucoup d'esprit.
Voilà à peu près les choses principales qui sont venues à ma connaissance. Il ne me reste qu'à vous souhaiter des succès dignes du roi et de ses ministres, et à vous assurer de mon profond respect.
Voltaire.
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Correspondance de Voltaire avec Amelot après sou retour
de Prusse.
Toutes ces lettres sont inédites et se trouvent dans la correspondance de Hollande au ministère des affaires étrangères.
MINISTÈRE DKS AFFAIRES ÉTRANGÈRES. - CorrC.spnudanvr
de Hollande.)
Voltaire à Amelot.
A Paris, le 11 décembre I7i;(.
Daignez, Monseigneur, agréer encore cette petite marque de mon zèle et de mon attachement. C'est le denier de la veuve. Vous verrez que l'offrande aurait été plus considérable si j'avais eu le grimoire que vous m'avez promis. Je me doute bien que quelque mauvais
vent a soufflé ; mais il n'y a point de vent qui puisse nuire au véritable dévouement que vous m'avez inspiré. Je prends la liberté de vous adresser ces papiers parce qu'ils contiennent des nouvelles fort bonnes, fraîcbes ou vieilles. Je ferai en sorte, dorénavant, que l'on communique tout à ceux qui doivent naturellement vous rendre compte. Je n'ai d'autre objet, sinon votre service, et je voue supplie d'être bien persuadé que je ne suis point ce que les Anglais appellent busy body, les Romains ardelio, et les Français, par péripbase, homme qui se fait de fête. Ma fête est que vos affaires prospèrent, Monseigneur, comptez que personne ne fait des vœux plus sincères pour vos succès. Permettez qu'ils servent pour le premier jour de l'an, tout sincères qu'ils sont.
Je vous supplie, Monseigneur, de me renvoyer mes chiffons, et de recevoir, avec votre bonté ordinaire, les respects et le tendre attacliement de V...
Faubourg Saint-IIonoré, près de l'hôtel Charost.
Voltaire à Amelot.
10 décembre 1743, à I'ari?.
Monseigneur,
J'ai l'honneur de vous envoyer les deux lettres cijointes, toutes deux très récentes, l'une de l'ambassadeur de Hollande en cette cour, l'autre du résident de Hollande à Berlin.
On me mande, d'ailleurs, que le voyage de M. de Benling n'est plus un mystère. On sait qu'il est allé voir incognito le prince d'Orange, et que le greffier Fagel veut enfin le faire statbouder.
On m'assure qui' In crainte de voir la Flandre devenir
le théâtre de la guerre retient encore beaucoup de régents, et que, si vous tournez vos armes dans les Pays- Bas, il est à croire qu'alors le cri public, forcera le parti pacifique à se joindre au parti guerrier.
C'est à vous, Monseigneur, à concilier, avec ces idées dont je rends simplement compte, les impressions que peuvent donner d'autres personnes mieux informées.
Je vous dirai avec la même simplicité qu'on croit le prince Guillaume de Hesse très peu attaché à la France, et que les Hessois pourraient vous coûter beaucoup et servir peu. On ajoute que le prince Guillaume de Hesse est cassé, et que l'empereur a besoin d'un général dont la tête et le corps aient beaucoup de vigueur.
Vous savez, Monseigneur, ce qui s'est passé entre M. le margrave de Bareith et moi, dans le plus grand secret. 11 est général du cercle de Franconie, il a des troupes, des amis, du zèle, de la bonne volonté pour l'empereur. Voici le moment où il pourrait engager le roi de Prusse, son beau-frère, et le mener plus loin que ce monarque ne voudrait d'abord peut-être.
Je crois que ce parti pourrait être assez prompt, très utile, et moins coûteux que tout ce que le roi de Prusse vous propose pour vous ruiner et en profiter.
Si Sa Majesté trouve dans ces ouvertures quelques apparences d'un avantage réel, j'aurai l'honneur de venir recevoir vos ordres. Les liaisons secrètes que je me suis ménagées me mettraient peut-être en état de témoigner mon zèle pour le service de Sa Majesté.
Je suis avec respect et reconnaissance, Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur.
Lundi, 30 décembre, faubourg Saint-Honoré.
Voltaire à Amelot.
4 janvier 1744, à Paris.
Voici, Monseigneur, deux copies de dépêches que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Je crains de vous dire des choses très inutiles en vous marquant que, malgré le bruit répandu en Hollande de l'accession de la province de Groningue entière au payement des subsides, cependant celui qui a vu la résolution de cette province entre les mains de son premier député, m'assure qu'il n'en est rien, et que Groningue ne cherche que des subterfuges pour ne point payer. Je crois qu'Utrecht refuse sans subterfuges. Puisse cette diversion être aussi funeste à la Hollande que l'union dans laquelle on obéit ici aux ordres du ministère doit être utile à la France.
Je vous renouvelle, Monseigneur, les assurances de mon tendre et profond respect.
A Paris, en arrivant, le 4 au soir.
Voltaire à Amelot.
A Paris, ce S janvier 17 i i.
Voici, Monseigneur, les propres mots soulignés de la lettre du 3 janvier que je reçus hier au soir en chiffres.
« Une personne qui vient d'arriver d'Amsterdam > m'assure positivement que le magistrat de cette ville » avait entièrement changé de sentiment, et qu'il insis- » tera à la prochaine assemblée des états de Hollande >) sur les moyens de rétablir la paix. Je crois qu'on peut » faire fonds sur cet avis. »
Vous n'ignorez pas, Monseigneur, que le roi d'Angleterre a écrit aux États généraux qu'il les priait de se joindre à lui pour l'élection d'un évèque de Liège, et qu'ils ont répondu qu'ils ne s'en mêleraient absolument pas.
Ce n'est pas une nouvelle bien importante que M. Trevor ait demandé aux Hollandais de munir les places où les troupes de la République sont en garnison, et qu'on lui ait répondu que c'est aux Anglais à faire la moitié des frais; mais enfin cela prouve toujours qu'il y a de petites semences de zizanie.
Mais une nouvelle plus intéressante, et en même temps assez désagréable, c'est qu'il y a un traité de subsides entre l'Angleterre et Cologne; je le sais de science certaine, me dit mon correspondant.
Vous savez sans doute, Monseigneur, qu'un homme cria « Vive le prince d'Orange », dans la grande église hollandaise, le jour de l'an, à La Haye, et qu'il ne fut ni secondé, ni réprimé.
Voilà toutes les nouvelles qui sont venues à ma connaissance. Je suis un serviteur bien peu utile, mais je vous suis attaché avec l'estime la plus juste, et avec le plus profond et le plus tendre respect.
Voltaire A Amclot,
13 janvier 1744, à Paris.
On me mande, Monseigneur, le résultat d'une conférence secrète qu'on a eue avec MM. de Witt, Halluin et Rosendai, fermement unis entre eux dans des vues de paix <>t (If liberté. Ils sont persuadés que MM. d'Obdam,
Benting, Fagel, le grand Pensionnaire, etc., veulent parvenir à faire le prince d'Orange stathouder.
J'ai toujours de la peine à croire que le fameux Van Haren, qui a le" fanatisme de la guerre, entre aussi dans celui du stathoudérat. Je me fonde sur un portrait satirique qu'il a fait de ce prince et qu'il m'a confié. Cependant je sens bien qu'à toute force on peut vouloir aujourd'hui, pour maître, celui contre lequel on a fait hier une satire, tant les esprits des hommes sont inconséquents.
Les amis de qui j'ai l'honneur de vous parler disent que les troupes qui peuvent agir contre la France dans les Pays-Bas, si les choses restent sur le même pied, ne peuvent aller à soixante mille hommes.
Et voici les expressions dont se servent, mot pour mot, les personnes bien intentionnées :
« Il faut nous faire voir le danger de plus près pour » qu'il fasse impression sur notre république. Nous con- » venons que l'armée du maréchal de Maillebois occa- » sionna notre dernière augmentation; mais, comme ce » ne fut que par la conduite peu circonspecte de plu- :> sieurs officiers français, encore n'est-il pas douteux un » moment que si cette armée eût resté dans ces quar- » tiers, nous n'aurions pas osé remuer.
» Le même expédient reste au roi de France, supposé » qu'il ait assez de troupes pour opposer une armée à » celle des alliés aux Pays-Bas, qui sera à peine forte de » soixante mille hommes, et envoyer un corps de vingt » à vingt-cinq mille hommes du côté de la Meuse et du » Bas-Bhin, en se tenant sur la défensive aux Pays-Bas. » Il n'y a qu'un inconvénient à craindre, c'est que la » grandeur du danger n'excite nos peuples à la révolte, » et à demander un stathouder. »
Je ne suis que copiste, monseigneur, et je sais où je dois me borner, quoique je ne borne point mon zèle.
Je suis sûr même que M. de la Ville vous donne des avis plus importants, et que les miens sont souvent bien peu de cliose. Mais comptez du moins sur mon exactitude et sur ma fidélité, comme sur mon tendre et respectueux attachement.
A Paris, ce 13 janvier.
Voltaire à Amelot.
A Paris, le 14 janvier 1744 (au soir).
Je sens bien, Monseigneur, que je ne vous mande presque jamais que ce que vous savez déjà; cependant je hasarde toujours mes inutilités.
Voici la copie d'une lettre de M. Van Hoey, avec deux mémoires importants qui doivent déjà vous être parvenus par d'autres voies.
Peut-être jugerez-vous, par les dernières lignes du mémoire de l'envoyé de Prusse, qu'on pourrait profiter de cette disposition des esprits.
Il y a longtemps que je songe à vous gagner entièrement ce ministre, qui fait déjà bien des démarebes hasardeuses pour vos intérêts.
Je pourrais y réussir par le moyen d'une dame hollandaise, et, si le roi le veut, je tenterai l'entreprise.
Le mémoire de ce ministre doit être suivi, et l'est déjà peut-être, d'un autre non moins fort sur un autre sujet. Si le roi juge que l'occasion soit favorable, vous connaissez mon zèle, j'irais à Bruxelles sous le prétexte
du procès de madame du Chàtelet, et, delà, je me ferais prier par tous mes amis de La Haye d'aller y faire un tour, ce qui rendrait mon voyage très simple. Mais je vous supplie, Monseigneur, en cas que je puisse hasarder la tentation de rendre ce ministre votre pensionnaire, de n'en parler au roi que de vous-même. Il ne m'appartient pas de rien proposer. Ce serait peut-être un moyen de pousser le roi de Prusse à tomber sur les Hollandais, et à les traiter comme il a traité l'évêque de Liège. Vous savez combien il est capable de résolutions soudaines, surtout quand il croit n'être menacé par personne.
J'avais eu l'honneur de vous mander de La Haye que je tenais de milord Stairs même, qu'environ deux cents personnes s'étaient liées par serment pour s'opposer aux vues de la Cour de Londres. Il ne me trompait pas. Vous savez qu'ils ont encore renouvelé ce serment, et, en dernier lieu, ils ont écrit aux lords Carteret, Newcastle et Pelham qu'ils les -massacreraient s'ils continuaient à vouloir soudoyer les troupes de Hanovre. C'est bien dommage de n'avoir dans ces circonstances qu'un prétendant qui est à Rome.
Vous n'ignorez pas que le Conseil d'État de Hollande a remontré aux états que c'est à la reine de Hongrie à fournir les magasins et les munitions pour les places où les troupes hollandaises sont en quartier. C'est un objet considérable. Puisse-t-il être un sujet de mésintelligence !
Recevez, Monseigneur, avec votre bonté ordinaire, les assurances de mon respectueux et tendre dévouement.
Voltaire à Amelot.
le 13 jam ier l" 14, à Paris.
Voici, Monseigneur, do nouvelles inutilités de la pari du plus médiocre et du plus tendrement dévoué de vos serviteurs.
Martin, commerçant à Pans, à Amelot '.
.' i jam ier 1744, à Paris.
Monseigneur,
Je sors à l'instant de votre hôtel à Paris, où, ayant appris que vous étiez à Mari}', cela m'occasionne la liberté que je prends de vous écrire le contenu de la présente dont j'allais faire part à Votre Grandeur. Avant eu occasion d'entrer en correspondance de lettres avec monseigneur le comte de Podewils, ministre extraordinaire du roi de Prusse à La Haye, j'en reçus, le 29 de novembre passé une lettre que j'envoie ci-incluse à Votre Grandeur, avec prière que me faisait le dit seigneur de remettre en mains propres une autre lettre incluse en la mienne à M. de Voltaire ; ce que j'ai fait sitôt réception, croyant obliger, par mon exactitude, et monseigneur de Podewils, et M. de Voltaire. Il y a aux environs de dix jours, j'ai reçu une lettre à mon adresse, et, l'ayant décachetée, je n'ai trouvé que l'enveloppe seule
I. J'insère ici cette pièce qui m'a paru curieuse par les détails qu'elle donne sur le moyen qu'employait Voltaire pour communiquer avec le ministre de IYns.se à La Hâve.
pour moi, sans le moindre mot d'écriture dedans : j'ai trouvé seulement dans la dite enveloppe une lettre cachetée avec bien des soins, avec cette inscription : « A Monsieur de Voltaire, faubourg Saint-Honoré, à Paris. Je la portai encore moi-même à M. de Voltaire, qui me fit accueil gracieusement, et après être passés ensemble seuls dans un appartement proche de celui où il était, il prit la lettre que je lui présentais, la décacheta assez proche de moi, et, sur la vue du dedans d'icelle, il s'écria: « Parbleu ! voilà bien de l'ouvrage qu'on me donne... Lisez, ditil, si vous le pouvez, en me la présentant en riant. Je m'aperçus que cette lettre était toute écrite en chiffres, et qu'elle avait huit à dix pages; je fus un peu étonné, et. après m'être retiré, je pensai qu'il pouvait bien y avoir là dedans du mystère. La lettre de M. de Podewils qu'on m'avait prié de remettre en mains propres vint, avec l'écriture en chiffres de la seconde, que je soupçonne de la même part, me confirmer encore dans cette idée ; de façon que je me promis bien, s'il en revenait une troisième, d'en faire un usage différent de celui que j'avais fait des deux premières. Hier, Monseigneur, celle que vous trouverez incluse m'est arrivée encore sans un mol d'écriture dedans pour moi ; quoique j'aie un intérêt accidentel et inutile à dire ici de ménager M. de Voltaire, et quoique ces lettres puissent ne rien renfermer de conséquence, il se peut faire aussi qu'elles aient une liaison intéressante pour ou contre les affaires de l'État. Gomme je n'entends point tremper en façon quelconque, de près ni de loin, en choses qui pourraient préjudicielau roi ou à la patrie, j'ai cru devoir en faire part au ministère, et, pour cela, je me suis adressé à Votre Grandeur. Vous avez donc ci-inclus la dernière lettre qui m'a été adressée pour mon dit sieur de Voltaire. Vous en
ferez, Monseigneur, tel usage qu'il vous plaira ; je vous demande seulement en grâce de ne point me compromettre avec lui. Et, si vous souhaitez, après en avoir pris lecture, et l'avoir fait bien recacheter, que je la remette à M. de Voltaire, Votre Grandeur aura la bonté de me la renvoyer promptement à l'adresse jointe en bas, et me marquer si elle souhaite que je cesse ou continue de recevoir ces sortes de lettres, pour les remettre ensuite, comme je fais de celle-ci, à Votre Grandeur.
J'ai l'honneur d'attendre ses ordres, et d'être avec le plus profond respect,
Monseigneur, De Votre Grandeur,
Le très humble et très obéissant serviteur.
Martin.
Chez M. Maillet, Procureur, rue Quiuqueurpoix, à Paria. Paris, ce l't jarii ici- 1744.
Martin à Amelot.
Paris, le <io janvier 17-14.
Monseigneur, Puisque Votre Grandeur pense qu'il n'y a rien contre le service du roi dans la lettre que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, je la remettrai à son adresse, ainsi que celles qui me parviendront de la même façon à la suite. J'ai cru du devoir et même de l'obligation d'un honnête homme, et d'un fidèle sujet, d'en agir ainsi que je l'ai fait. La crainte, comme j'ai eu l'honneur de vous le marquer, de servir de ministère à trahir le roi ou la patrie, m'a seule guidé; je n'ai point entendu
desservir M. de Voltaire, que je suis, au contraire, et serai toujours charmé de trouver les occasions d'obliger, mais pour lequel, non plus que pour aucun autre, ni pour intérêt que ce puisse être, je ne ferais rien que je soupçonnasse contre le roi mon maître, auquel je suis serviteur avant tout. J'ai une grâce à demander à Votre Grandeur, qui est de la supplier, avec bien de l'instance, que cette affaire ne vienne en aucune façon à la connaissance de M. de Voltaire. En voici les conséquences pour moi : je suis un jeune homme ardent et plein d'envie de travailler. Mon commerce est de faire des envois de toute sorte de marchandises au dedans et au dehors du royaume. L'ambition de faire quelque chose m'a dicté de faire des offres de service à la cour de Prusse, où un seigneur me doit même en conséquence une somme assez considérable pour le peu d'avancement où en est ma fortune. J'espère, avec l'aide du Seigneur, voir rentrer incessamment mon dû ; mais, si, par un malheur dont Dieu me préserve, j'avais affaire à une mauvaise paye, M. de Voltaire, qui a été très gracieusement accueilli du roi de Prusse, pourrait, et m'a même promis si besoin était, d'en écrire à Sa Majesté Prussienne pour me faire avoir satisfaction. Si donc M. de Voltaire était instruit de ce que j';d fait auprès de vous, Monseigneur, par un bon motif, et pour satisfaire à ma conscience, il croirait que je n'ai agi que pour lui faire tort, il m'en voudrait et chercherait indubitablement à s'en venger; il en pourrait peut-être résulter de la perte de ma créance de la part de mon débiteur que je lui ai nommé, là où, au contraire, au besoin, il peut m'en procurer le payement. Vous voyez donc, Monseigneur, la conséquence qu'il y aurait pour moi que mon dit sieur de Voltaire eût la moindre connaissance de la démarche
que j'ai faite. Je vous supplie bien instamment de la lui cacher, quand il aurait même l'honneur de vous avoir pour appui ou pour ami comme il se peut peut-être faire : j'espère que Votre Grandeur ne me refusera pas cette grâce, et je souhaiterais qu'elle me fit naître les occasions de prouver la sincérité, le respect profond, et le parfait dévouement avec lesquels, J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, De Votre Grandeur,
Le très humble et tiès obéissant serviteur
Martin .
Marchand rue Saint-Denis, vis-à-vis Saint-Sauveur.
Paiis, le v25 janvier 1 741.
Si la lettre que m'a écrite monseigneur de Podewils, et que j'ai eu l'honneur de vous envoyer n'est point nécessaire à Votre Grandeur, je la supplie de me la renvoyer, ne l'ayant point reçue aujourd'hui dans le paquet qui m'est venu de votre part.
Voltaire à Amelot.
Paris, le 29 janvier 17 ii.
Le correspondant me mande, Monseigneur, qu'il se donne sous main tous les mouvements possibles pour les intérêts du roi et de l'empereur; mais il m'avoue qu'il a de fortes raisons de croire que le roi, son maître, ne fera rien d'ouvertement contraire au traité de Breslau.
11 dit qu'on est persuadé que vous n'agirez pas vive-
ment du côté de la Flandre ; qu'en ce cas, on laissera les troupes hollandaises où elles sont. Il dit qu'on commence à tenir une mauvaise contenance et il m'en promet des 'preuves.
Cependant, vous savez que la province de Hollande va négocier quatre millions de ilorins, et faire une loterie de seize millions en rentes viagères ; cela fait quarante millions de notre monnaie, et n'a pas l'air si pacifique.
Vous en savez sur cela, monseigneur, plus que moi, et peut-être plus qu'eux.
J'ai péché contre la grande règle qu'en affaires, il vaut mieux dire trop que trop peu pour se faire entendre. J'ai oublié ces mots : « en Hollande ». C'est de la mauvaise contenance des Hollandais dont il s'agil.
Comment pourrait-on dire que c'est vous qui faites mauvaise contenance quand vous couvrez la terre de soldats et la mer de vaisseaux?
(Ces dernières lignes sont une réponse à une note de M. Amelot qui dit en marge de la lettre : « Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien m'expliquer le sens de ce que j'ai souligné avec du crayon; je n'entends pas bien de qui on vous parle.)
Voltaire à Amelot.
5 Février 1744, à Paris.
Je vous sacrifie toujours, Monseigneur, les lettres du bon M. Van Hoey, qui vous t'ait toujours citer l'Écriture sainte. Vous savez les débats excités dans l'assemblée des états généraux.
Conservez-moi, Monseigneur, vos bontés et votre indulgence pour mes inutiles efforts.
Ce mercredi.
Voltaire à Amelot.
Ce samedi 7 féwier 1744, ù onze heures du soir.
Monseigneur.
Samedi, premier, les états généraux ont pris la résolution de demander à la reine de Hongrie le payement des arrérages de ce qu'ils ont prêté à l'empereur son père, sur la Silésie. On ne doute pas que les puissances calculantes ne retiennent cet argent sur les subsides qu'ils fournissent à la reine.
Plusieurs régents, et surtout ceux d'Amsterdam, reçurent, avant la séparation des états, un écrit qui renfermait ces paroles :
<c 11 est éebappé au comte Maurice de Nassau de dire » que le parti des bourgeois voulait toujours dominer, » mais qu'il y aurait un stathouder en moins de trois » mois, que ce serait un prince agréable à la nation, et » fait pour soutenir la cause commune; qu'il allait pour » cet effet en Angleterre. »
il. 28
M. L'ambassadeur Van Hoey a mandé que le roi avait résolu de n'agir que défensivenient du côté des Pays-Bas.
La ville de Dordrecht a opiné dans le comité secret des états de Hollande, d'envoyer un homme de confiance à Versailles. Rien n'est plus certain. Je me hâte, monseigneur, d'envoyer chez vous ces nouvelles, qui peut-être ne vous parviendront, d'ailleurs, qu'à l'ordinaire prochain. Si vous le savez déjà, daignez recevoir avec honte le denier de la veuve