I. Voltaire à Frédéric, juin 1743. (Comespondance générale
.MISSION DE VOLTAIRE A BERLIN .'il
secrétairerie d'Etat, ou un ajournement personnel du parlement. « IL tonne contre nous, » écrivait-il lui-même à Frédéric. Ses meilleurs amis lui conseillèrent de laisser passer l'orage, et de s'éloigner spontanément pour quelque temps. Mais quels furent ceux qui imaginèrent que cet exil volontaire portant tous les caractères d'une disgrâce pourrait cependant être mis à profit,
pour utiliser, dans l'intérêt de l'Etal, les services de Voltaire et le rapprocher lui-même du pouvoir ministériel qu'il avait intérêt aménager? On attribue généralement cette ingénieuse pensée au duc de Richelieu et je sciais porté à croire qu'on a raison, bien qu'une lettre de madame de Tencin à ce seigneur fasse plutôt supposer qu'il ne connut Jeprojetqu'au moment de son exécution. Quoi qu'il en soit, le plan fut celui-ci, qui fait honneur à l'inventeur, quel qu'il puisse être.
Du moment où Voltaire quittait la France pour éviter la persécution, Berlin, où on l'attendait pour le fêter, était le lieu où il devail naturellement porter ses pas. Quand Frédéric le verrait arriver mécontent, parlant mal du
roi et des ministres, on pouvait espérer que luimême ne se gênerait pas pour en parler aussi à son aise et découvrir le fond de son cœur. Voltaire n'aurait alors qu'à ouvrir l'oreille et même à poser avec art quelques questions pour démêler quel était le secret de ces intentions redoutables et mystérieuses qui tenaient l'Europe en peine. S'il consentait ensuite à faire connaître à Versailles, par quelque canal souterrain, le résultat de son enquête, la France saurait enfin si elle devait renoncer définitivement, ou si elle pouvait prétendre encore à rallier à sa cause ce puissant et perfide auxiliaire. Tel fut l'artifice que madame de laTournelle fut chargée de proposer à Louis XV, et ce prince montrant ce jour-là, pour la première fois, ce goût pour les négociations secrètes et pour la diplomatie occulte qui fut (comme je l'ai raconté dans d'autres écrits) un des traits les plus singuliers de son caractère, y entra sans difficulté. Le ministre des affaires étrangères Amelot, d'Argenson, ministre de la guerre, et Maurepas, qui était heureux, en se réconciliant avec Voltaire, d'échapper au feu de ses épi-