Madame de Teùcin an duc de Richelieu, 18 juin
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seur de la Comédie-Française, qui n'était autre que le célèbre Crébillon, s'était prononcé contre la permission demandée par ce motif que railleur mettait le meurtre du tyran romain sous les veux mêmes du spectateur, au lieu d'en faire un récita la mode classique, ce qui était contraire à la décence de la scène. « Il soutient, disait assez paiement Voltaire, que Brutus a tort d'assassiner César : il a raison; il ne faut assassiner personne. .Mais il a bien mis luimême sur la scène uu père qui boit le sang de SOll enfant et une mère amoureuse de son lils. et je ne vois pas qu'Atrée ni Sémiramis en aient éprouvé le inoindre remords. » Effectivement, mi n'avait tenu aucun compte de cette raison qui n'en était pas une: la pièce était montée, les rôles appris par les acteurs, lorsqu'à la lin d'une répétition arriva de la police une interdiction inattendue de passer outre. Nul doute que ce coup de théâtre n'eût été combiné avec Voltaire : car ce fut le 10 juin à minuit que fut envoyé l'ordre de la police, et, l'avant-veille encore, le 8, il écrivait à d'Argenson: «Je pars vendredi pour l'affaire que vous savez: c'est le
secret du sanctuaire, ainsi n'en sachez rien.» Il n'en donna pas moins à sa colère tout l'éclat qu'on pouvait désirer, et, avant la fin de la semaine, il était parti , secouant la poussière de ses pieds contre cette terre des Visigoths où le génie n'avait pas liberté de se produire '.
C'est à La Haye qu'il se rendit en droiture, dans le dessein, disait-il, d'attendre que le roi de Prusse lui eût envoyé les permis de poste et les passeports qui étaient nécessaires pour traverser l'Allemagne en sécurité, au milieu des troubles de la guerre. Le lieu, d'ailleurs, était bien choisi ; la Hollande étant par tradition l'asile de la liberté d'écrire et de penser, si maltraitée dans tout le reste de l'Europe, rien d'étonnant qu'un auteur persécuté vînt y chercher la sécurité de sa personne et des imprimeurs pour ses ouvrages. De plus, dans un précédent voyage, Voltaire avait contracté une liaison assez intime avec l'envoyé prussien dans cette capitale, le jeune comte Podevvils, neveu du ministre d'Etat du même nom qui a déjà
1. Voltaire à d'Argenson, 8 juin 1713. [Correspondance générale.) — Desnoiresterres, t. II. p. 380 cl suiv,
(iguré tant de fois dans ce récit. D'un naturel plus ardent et d'un caractère plus ouvert que son oncle, Podewils était, comme lui, très avant dans la confidence du maître. On pouvait donc espérer déjà tirer quelque lumière de sa conversation. Le jeune diplomate, devançant, par ordre sans doute, l'hospitalité qui attendait le fugitif à Berlin, l'établit tout de suite dans sa propre demeure, assez médiocre logis, — vaste et ruiné palais, dit Voltaire, — mais qui avait l'avantage d'être inviolable, non seulement comme maison diplomatique, mais aussi comme propriété particulière du roi de Prusse : et, grâce à des relations intimes cl tendres qui existaient entre son hôte et l'aimable femme d'un des premiers magistrats de la cité, \ ollaire se trouva transporté du premier coup dans le centre même de la politique hollandaise.
C'était en même temps le foyer de F hostilité la plus déclarée contre la France; car, de toutes les Provinces-Unies, celle dont La Haye était le chef-lieu était la plus soumise au joug de l'Angleterre, et le parti qui y dominait était le plus belliqueux. La vie commune avec lesenne-
mis de son pays eût pu causer quelque gène à un patriotisme plus délicat que celui de Voltaire ; mais rien n'était plus conforme à l'altitude de frondeur et de mécontent qu'il voulait prendre et mémo de plus utile pour le rôle qu'il devait jouer. Aussi, dès le premier jour, dut-il à celle situation J'avantage de recueillir, dans les conversations qu'on tenait devant lui sans précaution, deux informations très importantes, dont il lit sans scrupule part à Versailles: l'une était l'indication exacte du chiffre et de la composition dos forces que la République pourrait mettre en ligne le jour où elle se déciderait à prendre effectivement part à la guerre; l'autre, les couditions d'un emprunt négocié par Frédéric sur lu place d'Amsterdam, précaution qui semblait indiquer qu'il se préparait ;i quelque opération conteuse et qui permettrait de supposer que, son Irésor n'étant plus très bien garni, il ne serait pas insensible, le cas échéant, à l'offre d'un subside pécuniaire '.
('/était bien le genre de services (pie pouvait
l. Voltaire S d'Argenson, 15, iS, 2:\ juillet; à Amelot, 2 août 1143. [Correspondance générale.
rendre un observateur intelligent, caché sous un déguisement d'emprunt, dans un camp ennemi, et c'est ce que Voltaire appelait par euphémisme « faire tournera l'avantage de la France l'heureuse obscurité à l'abri de laquelle il pouvait cire reçu partout avec assez de familiarité ». Il étail pourtant un lieu à La Haye où, même dans ces conditions d'action restreinte et d'une loyauté douteuse, la présence de ce visiteur suspect ne pouvait manquer de causer quelque ombrage : c'était l'ambassade de France. Cette importante légation était confiée alors à un chef très estimable, porteur d'un nom qui, par une singulière coïncidence, est du petit nombre de ceux qu'on peut, dans Tordre du talent et de la renommée, mettre à côté de celui de Voltaire ; car c'était le marquis de Fénelon, neveu de l'illustre prélat et élevé sur ses genoux, l'aimable Fanfan, en un mot, à qui sont adressées, dans une correspondance qu'on ne saurait trop relire, des lettres charmantes, modèles inimitables de grâce et de douceur paternelle.
Avec les années, Fanfan avait grandi et même vieilli; s'il n'avait pas hérité du génie de son
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oncle, il avail au moins profité de ses leçons : il étail devenu le chef respectable d'une nombreuse famille : un brave général ayant conquis Ions scs grades sur le champ de bataille el dont on avait fait sans peine un diplomate éclairé cl prudent. Fénelon était, d'ailleurs, utilement secondé par un jeune ecclésiastique qu'il avail amené lui-même comme précepteur de ses enfants, dont il avail ensuite fait son secrétaire, el dont le mérite avait été si vite reconnu, qu'on le laissait sans inquiétude chargé des affaires pendant les fréquentes absences de son chef. L'abbé de La Ville étail lui-même un écrivain fort distingué en son genre, puisque, bien des années plus lard, après avoir dirigé longtemps les bureaux (1rs affaires étrangères, il fut appelé à siégera l'Académie française; — bonne fortune qui n'est arrivée, je crois, après lui dans les mêmes conditions, qu'à mon ami M. de Viel- Castei.
A eux deux, à force de soins el de prudence, ces dignes agents avaient réussi, sinon à changer la tendance naturelle de la politique hollandaise qui la rapprochait de l'Angleterre, au
moins à en paralyser les effets. Ils avaient su opposer avec art le flegme flamand aux ardeurs autrichiennes et britanniques, les intérêts commerciaux et pacifiques aux susceptibilités républicaines et protestantes. S'ils n'avaient pu former un parti qui disputât la majorité, ils groupaient du moins autour d'eux tous les esprits raisonnables et modérés auxquels répugnaient les partis extrêmes, et jouissaient auprès de tous d'une considération véritable. En un mot, ils avaient réussi (et c'était le comble de ce qu'on pouvait espérer) à faire de la Hollande, suivant l'expression de La Ville, une non-valeur dans les comptes de l'Angleterre.
Ce n'étaient pas là des serviteurs qu'on put traiter sans ménagement. Aussi, usant avec eux de meilleurs procédés que Louis XV n'en eut plus tard avec ses ambassadeurs et même avec ses ministres, on ne leur avait pas fait mystère de la mission secrète de Voltaire. Ils n'avaient donc pas lieu d'être trop surpris de son attitude, mais ils n'en étaient pas moins très gênés. La présence d'un homme dont la réputation était européenne, venant apporter le prestige de son ii. îi
amitié aux adversaires qu'ils n'avaient cessé de combattre, — détruisant par là une partie de l'effet de leurs conseils et de leurs menaces, — laissant échapper à tout moment, soit dans des accès d'humeur, soit pour mieux cacher son jeu, des épigrammes piquantes contre la cour, les ministres et les généraux français, qui circulaient de bouche en bouche et finissaient par passer dans les gazettes, — c'était là un appui dont ils se seraient bien passés. Ce partenaire brouillait leurs cartes; aussi, malgré leur respect pour Tordre ministériel, ne pouvaient-ils s'empêcher d'en témoigner discrètement leur humeur dans leurs dépèches : « M. de Voltaire est arrivé, écrivait Fénelon le 21 juillet, il voit toute sorte de monde. » — « Il est plus à portée que personne, ajoutait-il le 6 août, de vous faire connaître les dispositions réelles ou alïectées des plus grands ennemis que la France ail dans ce paya; car c'est avec eux qu'il vit dans la plus intime familiarité... Il n'y a qu'à souhaiter qu'il ne se méprenne pas dans la façon dont on lui fait envisager les choses et dans le compte qu'il a l'honneur de vous en rendre. »
Quelques jours après, l'abbé de La Ville envoyait, en pièce jointe à sa dépêche officielle, une comédie intitulée la Présomption punie^ qu'on jouait publiquement sur le théâtre d'Amsterdam, aux applaudissements de la foule. On y voyait un vieux bailli impuissant qui, ne pouvant séduire une jeune lille, tachait de la priver de la succession de son père et unissait par être mis à la raison par un cousin nommé Chariot : c'étaient Fleury, Marie-Thérèse et Charles de Lorraine. Le jeu, aussi bien que le costume des acteurs, ne permettaient pas de s'y tromper. L'auteur était, disait-on, un médecin deLalïaye. — « M. de Voltaire, écrivait La Ville, est plus en état que personne de vous donner des notions silice médecin, avec lequel il vit en particularité. » Et, effectivement, à la même date, Voltaire envoyait cette facétie au duc de Richelieu en l'accompagnant d'une plaisanterie d'ungoùt douteux: «J'aime mieux, disait-il, celte farce que celle de Dettingue; ony casse moins de brasetdejanibes1.»
d. Fênelon à Araclot, 21 juillet, 6 août 174:]. (Corrcspondance de Hollandes Ministère des affaires étrangères.) — Voltaire à Richelieu, S août 1743. {Correspondance générale |
Il faut ajouter que Voltaire, novice dans le métier autant qu'impatient de s'y distinguer, et ne pouvant tenir, deux jours durant, la même conduite, s'y prenait avec un manque d'égards, de suite et de ménagements qui auraient agacé les nerfs du tempérament diplomatique le plus calme. Ainsi, un jour, Fénelon lisait dans la Gazette de Bruxelles qu'un courrier d'ambassade français venait de traverser la ville à bride abattue ; n'ayant aucune mémoire d'avoir fait cet envoi, il alla sur-le-champ aux informations. « M. de Voltaire ne m'a pas dissimulé, écrit-il au ministre, que c'était lui qui avait fait partir, par cet exprès, une lettre pour vous, et il m'a môme dit qu'il était en grande inquiétude sur le sort de ce courrier, dont il n'avait aucune nouvelle depuis son expédition. » Une autre fois, il arrivait chez l'ambassadeur, déployant une grande lettre du roi de Prusse, dont il ne lui laissait lire qu'une partie. Puis il empruntait le chilïïe de la chancellerie pour rendre compte de cette pièce à Paris, dans une dépêche dont il ne donnait aussi à Fénelon qu'une communication incomplète. Une ignorance absolue eut paru
m oins désagréable h l'ambassadeur que dos demiconfidences qui blessaient son amour-propre et engageaient à l'aveugle sa responsabilité.
Tout alla bien pourtant, ou du moins tolérablement, tant que Voltaire consentit à se renfermer dans son rôle d'agent d'observation, et môme, au besoin, d'agent provocateur; mais, exalté par les premiers compliments qu'il reçut de Paris, il ne tarda pas à se lasser de ce métier en soi-même un peu louche et qui ne mettait pas suffisamment en lumière, à son gré, les talents dont il se croyait pourvu. Il avait beau écrire au ministre : « Il ne m'appartient pas d'avoir d'opinion. Je laisse le jugement à M. l'ambassadeur et à M. l'abbé de La Ville, dont les lumières sont trop supérieures à mes faibles conjectures. Je n'ai ici d'autre avantage que celui de mettre les partis différents et les ministres étrangers à portée de me parler librement. Je me borne et me bornerai toujours a vous rendre un compte simple et fidèle;... » ce rôle d'auditeur et de rapporteur ne lui suffisait pas, il aspirait à exercer lui-même une action qui pût constater sou influence par quelque
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résultat ae nature à lui faire honneur. Ce fut sur le jeune Podewils d'abord qu'il essaya ou se vanta d'exercer son empire. Dans les mouvements militaires qui se préparaient, quelques officiers hollandais avaient eu le tort d'emprunter, pour le passage de leurs troupes, une lisière des provinces prussiennes limitrophes des Pays- Bas ; Podewils ayant dû rendre compte de cette irrégularité, Frédéric, qui n'entendait pas raillerie sur le moindre de ses droits, envoya sur-lechamp à son ministre Tordre de demander réparation. Voltaire vit dans cette démarche une occasion toute trouvée pour lui d'amener, entre la république et la Prusse, une rupture favorable, suivant lui, aux intérêts français. Prenant feu sur cette espérance, il oublia qu'il était censé à La Haye la victime de l'injustice et non le serviteur des in lérêl s de la France. 11 conseilla et crut avoir persuadé à Podewils de donner a ses réclamations un grand éclat et d'en aggraver même le caractère en interdisant, pour l'avenir, non seulement tout passage de troupes, mais tout transport de munitions de guerre à travers h» territoire prussien. « Je fais fermenter
ce petit levain, » écrivait-il tout joyeux à Amelot. Puis il vint annoncer mystérieusement à Fénelon qu'on allait voir, grâce à ses utiles excitai ions, le ministre prussien adresser aux états généraux une note de telle nature et conçue dans de tels termes, que le séjour de La Haye ne lui serait pas longtemps possible. Frédéric se trouverait, par cette retraite, engagé bon gré mal gré dans une voie d'hostilité déclarée avec l'un au moins des ennemis de la France.
Fénelon savait par expérience qu'il y avait toujours lieu de rabattre un peu des menaces proférées par Frédéric dans un premier accès d'humeur ; il doutait encore plus que ce prince, à la fois irascible et prudent, attendît les conseils de personne, pas même de Voltaire, pour prendre souci de sa dignité. Il se borna donc à faire son compliment sur la lionne nouvelle avec un léger sourire d'incrédulité. Il n'avait pas tort ; car, dès la semaine suivante, c'était Voltaire lui-même qui venait lui annoncer, la tète basse, <[iie décidément Podcwils était trop attaché au séjour de La Haye par le charme qui l'y retenait pour se décider h faire quoi que ce soit qui put
l'en éloigner : « La mésintelligence, écrivait-il à Amelot, que j'avais trouvé l'heureuse occasion de préparer, était fondée sur l'intérêt. Celle qui naît du passage des troupes vient du juste maintien de la dignité de la couronne. Je souhaiterais que ces deux grands motifs pussent servir à déterminer le monarque au grand but où il faudrait l'amener. Mais j'ai peur que son ministre à La Haye, qui a plus d'une raison d'aimer ce séjour, ne ménage une réconciliation, et je ne m'attends plus à une rupture ouverte. » En réalité, ni Podewils ni sa maîtresse n'étaient pour rien dans ce changement de front. C'était tout simplement Frédéric lui-même qui, ne se souciant pas qu'on lui fit faire un pas de plus qu'il ne lui convenait, avait prescrit à son agent de modérer ses exigences de manière à ne pas alarmer les états généraux. « Il est regrettable, ciiivait malicieusement Fénelon, que les espérances de M. de Voltaire ne soient pas mieux justifiées '. »
1. Voltaire à Amelot, 2, 3, 17 août 1743. (Correspondance générale.) -- Fénelon à Amelot, 9. 23 août 1743. — (Ministère des affaires étrangères.) — Frédéric à Podewils. (Pot. Corr., t. Il, p, 399, 401.)
N'ayant jamais compté sur rien, Fénelon n'éprouvait que pou de mécomptes ; mais une autre manœuvre de Voltaire, plus déplacée encore, quoique moins importante, vint lui causer plus de surprise et d'impatience. On lui écrivit de Paris pour lui demander qui était un sieur Van Ilaren, à qui Voltaire, de son chef et sans consulter personne, avait offert de le faire désigner pour le poste d'ambassadeur à Paris. Le titulaire en exercice de cette fonction était un brave docteur Vanlloey, excellent homme, aimé à Paris et s'y plaisant, s'employant toujours de son mieux à accommoder tous les différends, très bon chrétien d'ailleurs, ne parlant que par citations de l'Ecriture sainte et méritant luimême toutes les béatitudes que l'Evangile promet aux pacifiques. Dans les circonstances présentes, c'était, par la simplicité de son esprit et la droiture de son cœur, un diplomate tout à fait à souhait pour ceux qui avaient à traiter avec lui. On n'avait aucune raison de désirer sa retraite et moins encore de le mécontenter en y travaillant, sous main. Qu'était-ce donc que le successeur que Voltaire imaginait de lui donner ?
Fénelon n'ont pas do peine à répondre, car il ne connaissait que trop bien le protégé de Voltaire. C'était un tout jeune homme, récemment nommé aux États de Hollande, où il affectait des allures de tribun, et, par son déchaînement passionné contre la France, scandalisait même cette petite assemblée, 1res malveillante pour nous, mais toujours paisible de caractère. De plus, il était poète h ses heures et consacrait sa verve à célébrer les vertus de Marie-Thérèse et à exciter par des vers enflammés le tempérament, à son gré trop peu militaire, de ses compatriotes. Quand viendrait le jour décisif, il annonçait qu'il paraîtrait lui-même sur le champ de bataille, et ses amislui avaient frappé d'avance une médaille avec cette inscription: Quse canit, ipse facit. Voltaire, en le saluant à son arrivée, l'avait baptisé lui-même de Tyrtée des états généraux. « Je suis bien aise, avait-il dit, pour l'honneur de la poésie, que ce soit un poète qui ait contribué ici à procurer des secours à la reine de Hongrie et que la trompette de la guerre ait été la très humble servante de la lyre d'Apollon. » Naturellement Van Haren avait
répondu à ces compliments par d'autres pareils, comme c'est assez l'usage entre poètes, surtout quand ils ne sont ni rivaux ni compatriotes. Il n'en fallut pas davantage pour que Voltaire s'imaginât qu'il avait exercé sur lui une séduction irrésistible, et tel était l'homme à qui il proposait de faire confier, dans les conjectures les plus délicates, une mission dont pouvait dépendre, à un moment donné, la sécurité même de la frontière française. Il comptait sans doute ainsi compléter la preuve qu'il donnait déjà dans sa personne de l'union naturelle du génie poétique et de l'habileté diplomatique. « Il m'a paru, écrivait-il à Amelot, qu'il aime la gloire et les ambassades. » Van Ilaren n'était pas absolument le soûl à qui on put appliquer cette appréciation piquante1.
Il ne fut pas difficile à Fénelon de faire comprendre qu'un dithyrambe fait en l'honneur de Marie-Thérèse n'était pas un titre suffisant pour devenir à Paris un négociateur prudent et pa-
1. Voltaire à Amelot, 10 août; à Thiériot, 6 août 1743. (Correspondance générale.) — Fénelon à Amelot, août 17i:i. (Correspondance </<■ linlhnul,-. Ministère des affaires étrangères.)
citique. Le seul résultat de ces fausses manœuvres fut d'avoir amené Voltaire à découvrir imprudemment son secret et à rendre sa situation, dans ses rapports surtout avec la société qu'il s'était choisie, des plus embarrassantes. Cette ardeur subite qui l'enflammait pour les intérêts français dessillait, en effet, tous les yeux; car tant de zèle patriotique eût supposé, chez un mécontent, une vertu surhumaine dont, avec la meilleure volonté du monde, ni le caractère ni le passé connu du grand écrivain ne permettaient de le croire capable. Et que devaient penser Van Haren et ses amis d'un proscrit qui se croyait assez bien en cour pour promettre des ambassades au premier venu ? La feinte, ainsi mise à nu, n'était plus qu'une supercherie enfantine propre seulement à offenser ceux qui avaient été assez simples pour s'y laisser prendre. Le bruit que Voltaire n'était que l'agent, assez mal déguisé, du cabinet de Versailles se répandit aussitôt dans toute la Hollande et les gazettes se divertirent aux dépens des dupes qu'il avait pu faire.
« En même temps, monseigneur, écrivait La
Ville à son ministre, que je me fais un devoir de rendre témoignage au zèle de M. de Voltaire, à son envie de devenir utile au service du roi et au désir extraordinaire qu'il a de mériter votre approbation, je ne dois pas vous dissimuler que le motif de son voyage auprès du roi de Prusse n'est plus un secret. La Gazette de Cologne, en faisant usage de ce qui se trouve à ce sujet dans le supplément de celle d'ici, du 1G de ce mois, n'a été que l'écho de ce qui se dit publiquement '. »
Voltaire lui-même ne larda pas à sentir la gaucherie de sa position et laissa apercevoir assez clairement son embarras à l'ambassadeur. Le marquis, dont le bon sens et la droiture souffraient depuis longtemps d'être mêlés à une comédie assez peu honnête, lui conseilla tout simplement d'y renoncer et de se donner sans détour pour ce qu'il était : « Je lui ai dit, écrivait-il, qu'il ne pouvait se couvrir plus longtemps de ce masque. Il me parla encore hier, dans ce qu'il me lit voir qu'il vous écrivait, de
1. L'abbé do La Ville à Amelot, 20 août 1743. [Correspondance de Hollande. Ministère des affaires étrangères.)
ce qu'il concertait avec le comte de Podewils,en l'engageant à écrire au roi son maître clans un esprit tout français. Comment concilier cette manière de se conduire envers ce ministre avec la disposition d'un homme sorti de France mécontent?... Je lui ai donc conseillé de déposer toute cette fiction, et, quand il verrait le roi de Prusse, de couper court sur ce point en répondant laconiquement à ce prince qu'il ne pouvait être que très content puisqu'il se voyait arrivé auprès de lui. Après ce début, ce serait à lui à se prévaloir, sans mélange de déguisement, des occasions que la familiarité du prince lui donnerait de placer à propos toutes les réflexions lumineuses que lui fournissait votre dépèche que je lui ai remise et dont il ne pouvait trop se remplir pour en former son langage. J'ai dit aussi ma pensée h 3VL de Voltaire sur ses idées au sujet de M. Van Haren. Puisqu'il s'était avancé jusqu'à lui parler de l'ambassade en France et à le flatter des agréments personnels qu'il y trouverail.il était sans doute de son devoir et de sa lidélité de vous rapporter l'impression qu'il se figurait lui avoir faite
M'iSSION DE VOLTAIRE A BERLIN 11»
et ce qu'il en espérait pour le changer en notre faveur. .Mais j'ai, en même temps, averti M. de Voltaire de l'obligation où je me croyais, de mon côté, de vous donner à considérer le revers de la médaille, de ce qui pourrait être regardé comme une recherche de la part de M. Van Haren. Je ne connaissais rien de plus propre à nous faire tomber, ici, dans le mépris et à confirmer l'opinion que l'on voudrait si fort accréditer de notre faiblesse, et qu'elle est si grandi' qu'il n'y a rien que nous ne soyons disposés ;i subir pour nous tirer d'embarras... Il y avait une autre manière de s'y prendre avec M. Van llaren, et qui, à mon jugement, serait la seule décente : au lieu de le flatter, on pourrait protiler du désir que .AI. de Voltaire croit lui avoir reconnu de pouvoir figurer en France pour lui remontrer avec ménagement, mais néanmoins sans lui dissimuler la vérité, combien il a à réparer avant de pouvoir concevoir l'espérance de rien de semblable. On pourrait en même temps lui représenter notre cour comme n'étant point implacable et la France comme pleine de gens qui sauraient priser ses talents et lui
faire honneur quand on l'aurait vu faire des démarches qui marquassent que, s'il s'était laissé aller à son feu dans la cause qu'il avait prise en main, il savait en revenir quand il était temps et qu'il n'y a plus de prétexte d'animer cette république contre la France. Il faut bien du temps et une longue expérience de ce paysci pour ne se pas méprendre dans le discernement à y faire des choses... Enfin, concluait Fénelon, quand j'aurais parlé à mon fils, je n'aurais su lui dire rien de plus pour lui indiquer les moyens de réussir. » Ces réflexions étaient si sages, qu'à Paris on s'y rendit sans peine et qu'on écrivit à Voltaire pour lui faire savoir que le temps des feintes était passé et que, pour lui rendre plus facile son changement d'atlitude et de langage, on était prêt à lever l'interdiction de sa pièce de Jules César et à lui ôter ainsi son motif de plainte le plus apparent1. Mais ce changement de front, sur place, en plein champ de manœuvre diplomatique, n'était
l. Fénelon àAmelot, 17 août 1743. — Amelot à Voltaire, 11 août L743. (Cojvespondance de Hollande Ministère des affaires étrangères.)
pas si aisé à opérer, et, quand on esl sorti de la voie droite, il n'est pas si commode d'y rentrer ([iir le pensait le bon ambassadeur. Après avoir fait retentir La Haye de l'écho de ses plaintes : s'être glissé à la faveur de ses fausses confidences dans l'intimité des chefs d'un parti politique, venir tout à coup leur avouer qu'on n'était que l'agent secret du gouvernement qu'on accusai! la veille, c'était se donner à soi-même un triste démenti et confesser qu'on avait joué un singulier personnage. — Heureusement pour Voltaire, un billet du roi de Prusse, auquel étaienl joints les passeports qu'il avait demandés, vint le tirer de peine. Le prince, de retour dune tournée en Silésie, l'attendait avec impatience à Berlin. « Ce ne sont pas, disait-il en lui envoyant ses permis de poste, des Bucéphales qui vous amèneront, ni des Pégases non plus; mais je les aimerai davantage parce qu'ils m'amèneront mon Apollon. » Voltaire ne se le fit pas dire deux fois, ravi de trouver une bonne raison pour se dérober au rôle ridicule d'un comédien dont on a reconnu la voix sous le masque et d'un trompeur pris dans son piège.
Quant à Frédéric lui-même, il. y avait longtemps qu'il savait à quoi s'en tenir sur le caractère de la visite qu'il allait recevoir. Soupçonnant tout de suite quelque artifice, il mit en œuvre peur le déjouer un de ces procédés d'une malice dénuée de scrupule qui lui étaient familiers. Parmi les épigrammes envoyées par Voltaire sous l'empire d'un premier accès d'irritatation, il fit choix de celles qui contenaient les traits les plus sanglants contre l'évêque de Mirepoix, et, les expédiant à un ami sur qu'il avait à Paris, il le chargea de trouver quelque moyen détourné pour faire passer ces outrages sous les yeux du prélat offensé lui-même. « Je veux, écrivait-il à ce correspondant, brouiller si bien Voltaire avec la France, qu'il ne puisse l»liis quitter Berlin. » Kl telle est, en effet, l'explication que Voltaire lui-même (informé plus tard, comme on va le voir, du tour qui lui était joué) en a donnée dans ses Mémoires. Il y eu a une plus vraisemblabe : Frédéric avait tout simplement calculé que Boyer, piqué au vif, irait porterplainte auprès des minisLres et demander justice. S'il ne l'obtenait pas, si quelque lettre
MISSKi.N DE \ ui.ta i re A BEHL1 N Si!
d'exilou quelque arrêt du Parlement (auquel plus d'un livre de Voltaire avail déjà été dénoncé, ne venail pas venger l'autorité offensée, c'est que cette autorité elle-même avait quelque raison de ne-pas s'émouvoir : c'est qu'injure, colère el disgrâce, toul n'étail qu'un jeu concerné dont On prétendait, lui, Frédéric, le rendre dupe.
La pièce envoyée dans ce dessein était bien choisie; car elle contenait un trait qui, passant par-dessus la tète de l'évêque, devait atteindre [dus haut que lui et était presque un acte de lèse-majesté.
Non, non y était-il dil , pédant de Mirepoix,
Prêtre avare, esprit fanatique,
Qui prétends nous donner des lois.
Sur moi tu n'auras pas de droits.
Loin de ton ignorante clique,
Loin du plus stupide des mis.
Je vais oubliera la fois
La sottise de Mirepoix
Et la sottise académique.
Les choses se passèrent pourtant exactemenl comme Frédéric lavait prévu, et celte indigne supercherie (que Frédéric qualifie lui-même d'une expression beaucoup plus vive) eut
Ni FRÉDÉRIC 11 ET LOUIS XV
Loul le succès qu'il s'était promis. Boyer, qui n'était prévenu de rien, laissa éclater son ressentiment ; mais les ministres firent la sourde oreille à ses réclamations. Louis XV, ou ne fut pas averti de ce qui le touchait, ou ne s'en émut pas, et Maurepas conseilla au prélat le pardon des injures. Tout était clair alors : le prétendu proscrit n'était qu'un agent déguisé; celui dont on voulait sonder les intentions était mis sur ses gardes; on voulait se jouer de lui, ce tut lui qui s'apprêta à se bien divertir '.
Voltaire à peine débarqué à Berlin, la plaisanterie commença. L'artifice de Frédéric, celle fois 1res innocent, surtout pour un homme mis eu défense légitime, consista tout simplement h aller lui-même, avec une franchise appareille. au-devant des explications qu'on espérait tirer de lui par surprise. Si Voltaire s'était flatté de prendre sou temps, de commencer par recon-
l. Frédéric au comte de Rottenbourg, 17 et 27 août 1743. (Correspondance générale de Frédéric, dans ses Œuvres complètes, t. XX, p. 523 à 523.) Si le lecteur est curieux de savoir comment Frédéric lui-même qualifie le procédé qu'il employa dans cette occasion, celte indication lui en donne le moyen. La décence ne me permet pas d'en dire davantage.
naître si m lorrain el de guetter L'heure favorable où le prince, entraîné par la chaleur de la conversation, laisserait échapper quelque parole indiscrète, il était loin de compte; car on ne lui donna pas même un jour pour se mettre en observation. Il raconte bien, dans ses Mémoires, qu'il eut l'adresse d'amener insensiblement Frédéric de la littérature à la politique et de le faire causer des affaires courantes sans qu'il s'en aperçût, à propos de VÉnëide de Virgile; mais ses lettres à Amelot (dont il ne pouvait avoir perdu le souvenir, puisqu'il en gardait la minute, qui est imprimée dans ses Œuvres) al- I estent que tant d'art ne lui fut pas nécessaire. Ce fut, au contraire, Frédéric lui-même qui, le soirmême de l'arrivée de Voltaire, après l'avoir comblé d'embrassades et de compliments, puis établi dans un appartement d'honneur du palais, le lit dîner presque en tête-à-tête avec l'ambassadeur de France (celui qu'il appelait Mon gros Valorï), comme s'il eût voulu tout de suite témoigner qu'entre le représentant officiel de Versailles et l'envoyé secret qu'on lui députait en éclaireur, il ne faisait vraiment pas de diffé-
rence. Puis, dès le lendemain malin, c'est encore Frédéric lui-même qui entre familièrement chez son hôte. « J'ai été bien aise, lui ditil, de vous faire dîner avec l'envoyé de France afin d'inquiéter un peu ceux qui seraient fâchés de celle préférence. •> Et, là-dessus, il entame au pied levé huiles les questions du jour avec une abondance et une liberté de langage, mais aussi une confusion de pensées dont son interlocuteur (dans le compte visiblement embarrassé qu'il en rend) parait à la fois surpris, flatté et déconcerté. Quelque effort, en effet, que fasse Voltaire pour donner à ce premier entretien la gravité d'une conférence diplomatique où il s'attribue à lui-même un assez beau rôle, rien ne ressemble moins à une conversation sérieuse que la suite d'assertions incohérentes qui sortent, pour ainsi dire, pêlemêle de la bouche de Frédéric. Tous les points y sont abordés et aucun n'est résolu. Ce sont alternativement des sarcasmes amers contre les armées frauçaises et dr-, invectives méprisantes contre le roi d'Angleterre, puis une énumération formidable des ressources militairesdelaPrusse,
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de la fore de ses citadelles et de l'effectif de son armée suivie du serment de rester en paix et de ne jamais sortir de la stricte neutralité: Le tout dit, d'ailleurs, par le roi avec bonhomie, en quelque sorte le cœur sur la main. Il n'évite même pas les souvenirs les pins délicats à réveiller, puisqu'il ne craint pas de convenir du tour qu'il nous avait joué à Breslau et de demander à la vérité, dit Voltaire en baissant 1rs veux si la France, dans le cas d'une alliance nouvelle, ne lui en garderai! pas toujours rancune et ne lui rendrait pas à l'occasion la pareille. Le silence le plus affecté eût été moins énigmatique que ces idées sans suite noyées dans un llux de paroles.
Les mêmes scènes se renouvelèrent plusieurs jours de suite et se continuèrent même par écrit au moyen de petits papiers tracés au courant de la plume et échangés d'un appartement .1 l'autre quand le roi, retenu par ses occupations, n'avait pas le temps de sortir du sien. La seule chose peut-être qu'un observateur vraiment sagace aurait relevée dans ce passage rapide de pensées incohérentes, c'étaient des compliments
un pou ironiques à l'adresse de Louis XV. Ces flatteries aigres-douces étaient sans doute destinées, si elles passaient sous les yeux du monarque français, a le piquer d'honneur en lui montrant qu'on mettait encore en question en Europe les résolutions viriles dont on lui témoignait, à Paris, une reconnaissance prématurée1. « Vous me dites tant de bien de la France (écrit par exemple Frédéric dans un de ces billets du matin) et de son roi qu'il serait à souhaiter que tons les souverains eussent de pareils sujets et toutes les républiques de semblables citoyens... Cette nation est la plus charmante de l'Europe et, si elle n'est pas crainte, elle mérite qu'on l'aime. Un roi digne delà commander, qui gouverne sagement et qui s'acquiert l'estime de l'Europe entière, peut lui rendre sou ancienne splendeur... C'est assurément un ouvrage «ligne d'un prince doué de tant de mé-
1. Voltaire à Amelot, 3 septembre 17 13 . [Correspondance générale.) — Los dépêches de Voltaire à Amelot, datées de Berlin, sonl imprimées dans sa Correspondance générale, d'après h'3 minutes qu'il avait sans doute conservées luimême. Le texte définitif ne s'en trouve pas, ou n'a pu être mis à ma disposition au ministère des affaires étrangères
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rite que de rétablir ce que les autres ont gâté, et jamais souverain ne peut acquérir plus de
gloire que lorsqu'il défend ses peuples contre des ennemis furieux et que, faisant changer la face des affaires, il trouve le moyen de réduire ses adversaires à lui demander la paix humblement. J'admirerai tout ce que fera ce grand liomme et personne tle tous les souverains d'Europe ne sera moins jaloux que moi de ses succès. Mais je n'y pense pas, de vous parler politique : c'est précisément présenter à sa maitresse une coupe de médecine... Adieu, cher Voltaire. Veuille le ciel vous préserver des insomnies de la fièvre et des fâcheux \ »
Au bout de quelques jours passés dans cet échange de communications stériles, Voltaire sentit pourtant la nécessité d'arriver à quelques informations plus précises. Le temps pressait, en effet, car le roi annonçait son prochain départ de Berlin pour Baireuth, où il devait faire visite h sa sœur, la margrave, femme du souverain de ce petit Etat, et, il ne cachait pas qu'il
I. Frédéric ;i Voltiire, 7 septembre 1743. Correspondance général ■ .
comptait v rencontrer plusieurs princes importants d'Allemagne et s'entretenir avec eux des intérêts de l'empire. Tout le désir de Voltaire était d'être emmené avec lui comme conseiller el comme auxiliaire, dans cette tournée diplomatique. Mais, auparavant, il semblait pourtanl nécessaire de savoir ce qu'on y allait faire. Voltaire saisitdonc l'occasion d'une lettre qu'il avail reçue de l'abbé de la Ville, lui annonçant des propositions de paix faites par un magistral hollandais et, en communiquant ce renseignement à Frédéric, il crut pouvoir lui poser quelques questions dont il le priait de mettre en marge les réponses. Le roi ne s'y refusa pas. et celte pièce, écrite sur deux colonnes, a élé conservée dans les manuscrits de Voltaire, qui en fait mention avec complaisance dans ses Mémoires. BieD qu'elle soit connue sans doute de plus d'un lecteur, je ne puis me refuser le plaisir de la citer intégralement, quand ce ne serait que pour la recommander à l'attention des faiseurs de Maximes et de Caractères, des La Rochefoucauld ou des La Bruyère futurs qui seraient tentés de moraliser sur les illusions de
MISSION DE VOLTAIRE A BERLIN !>l
l 'amour-propre. Si Voltaire, en effet, qui avait assez raille en sa vie pour s'entendre en plaisanterie, ne s'est pas aperçu, cejour-là, à quel poinl on se moquait de lui, c'est que les nuages élevés par la vanité dans l'intelligence sont trop épais pour que toul l'espril du monde suffise à les dissiper.
A Frédéric II. roi de Prusse
Septembre 17 i:
Votre Majesté aurait-elle assez de bonté pour mettre en
ni.ii-ire ses réflexions el ses ordres?