Pul. Corr., t. I, p. J47-I
un courrier prenait celle de France, emportant les lettres de Yalori et de Beauvau au cardinal.! Les deux envoyés ne parlaient pas de même/ Beauvau, toujours convaincu du mauvais vouloir et même de la haine de Frédéric, croyait à la nécessité d'une action immédiate de la part de la France. Il fallait, suivant lui, ou se jeter sur l'Autriche de concert avec la Bavière et la Prusse, afin d'avoir sa part des dépouilles, ou lui venir en aide en faisant payer son appui. Mais, de toute manière, il fallait agir, sans quoi le prince téméraire profiterait d'un premier succès pour se réconcilier avec Marie-Thérèse, et on aurait ensuite les deux jeunes souverains à la fois sur les bras : « Je crains toujours, disait-il, que Votre Éminence ne soit pas assez persuadée combien le roi de Prusse e^t un souverain dangereux. Sa conduite ressemble plus à un roman qu'à l'histoire, mais le roman peu* avoir les suites les plus funestes. » Yalori était plus réservé ; dans sa pensée, il convenait d'attendre et de laisser Frédéric mettre le feu à l'Allemagne sans s'en mêler, du moins ouvertement. Cette conduite, assurait-il, nous fera
rechercher de tout le monde sans donner de jalousie à personne1.
Tel était, en effet, le problème : s'associer ou s'opposer aune ambition sans scrupule, ou bien encore rester l'arme au bras pour apparaître à son heure sur la scène troublée : tels étaient les trois partis entre lesquels la politique française devait choisir. Par un singulier jeu de la Providence, c'était un vieillard déjà un pied dans la tombe qu'était remise une décision, la plus grave peut-être que jamais ministre de France ait eu à prendre et dont il a fallu plus d'un siècle pour que notre génération ait vu se dérouler la dernière conséquence.
1. Beauvau à Ameiot, il décembre 1748 [Correspondance de Prusse. Ministère des affaires étrangères.)