Valori, Mémoires, 1. 1, p. 138, 140. — Frédéric. Hù \t
mon temps, chap. v. — Desalleurs à Àmelot, 2S janvi respondance de Saxe. Ministère des affaires étrangères.) — Valori à Séchelles. (Ministère de la guerre, 19 janvier 1742.) — Dioysen, t. i, p. 394, 395. — Ces divers récits de la conférence de Dresde diffèrent sur plus d'un point. M. Droysen les a commune manière assez heureuse et à laquelle je me suis h . Rituellement conformé.
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ceux de ce monde appartiennent à la force. » Séchelles était un intendant habile qui se piquait de surmonter les difficultés. — « Je rendrai l'impossible possible, » dit-il. Cette difficulté-là d'ailleurs n'était pas insurmontable, puisqu'il ne s'agissait que de vivre jusqu'à ce qu'on eût forcé l'entrée de la Moravie. Une fois dans cette province, dont les ressources étaient intactes, la guerre pourrait quelque temps se nourrir ellemême. Frédéric obtint donc toutes les promesses qu'il voulut; le dernier obstacle ainsi levé, il se mit tout de suite en route pour se rendre luimême au rendez- vous qu'il assignait aux troupes alliées *.
A travers toutes ces allées et venues, il n'y avait qu'une seule personne qu'on avait négligé de consulter, et peu s'en faut même d'avertir. C'était le commandant en chef de l'armée française. Le maréchal de Broglie, pourtant, n'avait pas manqué d'envoyer à Dresde un de ses officiers pour remercier Frédéric de son intervention, dont, au premier moment, il ne pou-
1. Séchelles au maréchal de Broglie, 21 janvier 1742. Ministère de la guerre.)
vait deviner la nature. Mais, dès que, par le retour de cet envoyé, il apprit qu'il s'agissait, non de lui venir en aide, mais de démembrer son armée pour en emmener une partie loin de sa vue et hors de sa direction, son déplaisir et sa surprise furent extrêmes, et il ne perdit pas un instant pour faire connaître son sentiment à Yalori. Rien n'eût étéplus aisé que de le mander lui-même à la conférence de Prague, Pisek n'étant séparé de la capitale que par quelques heures de route. Frédéric n'eut garde d'en faire la demande, et, si Valori y songea, il n'osa braver la crainte du conflit qui pouvait résulter de l'entrevue. Bref, le résultat fut que le maréchal apprit tout à la fois que le roi de Prusse était venu à trois heures de son camp sans le prévenir pour donner des ordres à l'intendance française, et parti sans lui donner davantage signe de vie pour se mettre à la tête d'une division de l'armée française1.
1. Valori, dans ses Mémoires, s'efforce d'établir que le ma récriai de Broglie avait donné son consentement au plan de Frédéric et ne le retira que d'après les conseils et sur l'insti-gation de Maurice de Saxe. La correspondance du maréchal fait voir au contraire qu'il retira le consentement (qu'il avait donné avec empressement) dès qu'il sut que le dessein de
De plus endurants que le maréchal eussent perdu patience ; encore peut-on trouver qu'il n'en manqua pas, car il se borna à exprimer dans une lettre respectueuse son regret au roi de Prusse de n'avoir pu le recevoir, puis à admonester sévèrement Séchelles et à se plaindre avec amertume à Yalori de l'ignorance où on l'avait laissé. Pour ne rien briser cependant, il n'interdit point à Polastron de prendre part à l'expédition tentée contre Iglau ; mais il lui enjoignit formellement, une fois cette ville rendue, de ne pas faire un pas sur le sol de la Moravie qui pût l'éloigner davantage et de son chef naturel et de sa base d'opération. Il exprimait en même temps l'espérance que le roi, mieux avisé, consentirait alors à rétrograder luimême pour venir faire face avec lui à Neuhaus à l'armée du grand-duc. Enfin, pour s'assurer que cette fois il ne serait pas pris par surprise, il détacha le comte de Saxe au camp prussien en le chargeant de surveiller l'exécution de ses
Frédéric était ae marcher sur Vienne et non de lui venir en aide pour combattre le grand-duc.
ordres. Ces dispositions prises, il resta dans un état d'irritation et d'angoisse que ne tardèrent pas à accroître les plus fâcheuses nouvelles arrivées de la Haute-Autriche.
Successivement, en effet, on apprit que Torring. rencontré par les troupes autrichiennes avant d'avoir atteint Lintz, avait été mis en déroute, et que Ségur, n'attendant plus de secours, s'était vu réduit à capituler. Ses troupes sortaient de Lintz avec les honneurs de la guerre, mais après avoir pris l'engagement de ne plus servir en Allemagne. Le grand-duc, que Khevenhuller, par une attention délicate pour Marie-Thérèse, avait appelé à la dernière heure, était arrivé à temps pour recevoir lui-même la soumission de la ville et y faire une entrée triomphale. La Bavière était donc ouverte et Khevenhùller était lihre soit d'y pénétrer à son aise, soit de se replier sur Vienne sans perdre un pouce du terrain reconquis, ce qui était une partie de ses avantages à la diversion méditée par Frédéric.
Frédéric, informé de cet échec, ne voulut pourtant pas se départir d'une comhinaison militaire-
dont il était épris. A peine lglau fut-il rendu (et ce fut l'affaire de quelques jours), il annonça de nouveau tout haut l'intention de continuer sa pointe à travers la Moravie dans la direction de Vienne. Polastron dut, en conséquence, quoique bien malgré lui, exhiber ses ordres de retour (que d'ailleurs Frédéric connaissait déjà) et prit ses mesures pour les exécuter. La colère du prince ne connut alors plus de bornes et éclata avec sa violence accoutumée : M. de Broglie n'était plus qu'un traître et les Français des lâches qui lui faussaient compagnie devant l'ennemi. Dans ces sorties, dont les termes n'étaient pas ménagés, il était malheureusement appuyé et par la faiblesse de Yalori, qui, tout en le condamnant tout bas, se laissait traîner à sa suite, et par les regrets des jeunes officiers français, dont l'imagination était séduite par l'espoir de prendre part à une brillante expédition. « Je n'ai pas manqué (écrivait Yalori à Polastron lui-même dans un billet intime) de dire au roi votre douleur et celle de tous les officiers laissés à vos ordres, d'être obligés d'en suivre que l'intrigue avait dictés et que la fai
blesse a fait donner1.» Puis il essayait, en termes indirects, mais évidemment dictés par l'inspiration du roi, de voir si Polastron ne consentirait pas à éluder ou à ajourner l'accomplissement de ses instructions. Polastron, qui ne se faisait pas faute de murmurer, ne crut pourtant pas pouvoir désobéir. Le comte de Saxe, d'ailleurs, qui le veillait de près, ne lui aurait pas permis d'hésitation.
Le roi fut forcé de le laisser partir en lui remettant un billet pour le maréchal, conçu dans ces termes dédaigneux : « Monsieur, je vous renvoie le corps de M. de Polastron, suivant ce que vous me dites avoir des ordres du roi de France pour les retirer à vous. Je n'entre point dans la discussion du fait et je ne prétends point gloser sur la mauvaise grâce qu'il y a de retirer des troupes quand les alliés marchent à l'ennemi. Ce fait grossira l'histoire des mauvais procédés et ne manquera pas d'animer merveilleusement mon zèle pour la cause commune 2.»
1. Valori à Polastron, 10 février 1742. — {Correspondance de Pmsse. Ministère des affaires étrangères.)
2. Pol. Corr., t. n, p. 35. — Frédéric au maréchal de Broglie, 11 février 1742.
Les Français partis et l'entreprise perdant par là toute chance de succès, les Saxons, qui ne s'y étaient jamais associés que de mauvaise grâce, ne songeaient plus qu'à en faire autant. Des ordres formels de Dresde, instamment sollicités par Maurice, ne tardèrent pas à le leur prescrire et ils se mirent en devoir de commencer aussi leur retraite. Là-dessus, nouvel éclat de fureur de Frédéric, suivi d'un échange d'explications des plus vives entre le prince irrité et Maurice. Maurice, à ses yeux, n'était, lui aussi, qu'un allié perfide, indigne du sang dont il était sorti et qui vendait sa patrie à la France. Désespérant de l'intimider, Frédéric essaya au moins de soustraire à son influence les deux généraux saxons, Rustowski et le chevalier de Saxe, qui étaient (comme lui), nous l'avons vu, deux frères naturels d'Auguste III. Il les prit à part à plusieurs reprises pour leur représenter, en termes à la fois pressants et caressants, que le roi de Pologne n'avait qu'une chose à faire, c'était de se jeter dans ses bras en tournant le dos aux Français. « Laissons faire la guerre aux Français en Bavière, disait-
il; qu'ils y fassent des fautes, qu'ils y soient rossés, nous n'avons rien à craindre. Je joins aux troupes de votre maître quinze mille hommes et quelques milliers de hussards, et nous trouverons bien le moyen d'être ensemble supérieurs à l'ennemi. Il faut être mon ami ou celui des Français, ajoutait-il; si je ne suis pas coûtent de vous, je m'arrangerai avec la cour de Vienne. »
Et, pendant ce temps, à Dresde même, le pauvre Auguste et le comte de Brùhl, assaillis d'instances contradictoires, ne savaient plus auquel entendre. Maurice et Broglie les conjuraient de ne pas céder et de ne pas mettre leurs moutons entre les mains du loup. Belle-Isle leur écrivait au contraire de Francfort que rien n'était plus imprudent que de mécontenter Frédéric par de vaines chicanes. Le seul moyen, disait-il, de le détourner de ses desseins était de lui céder en apparence, sauf à lui faire apercevoir ensuite la difficulté de leur exécution. « C'est ainsi, ajoutait-il, que lui-même s'y était toujours pris pour le conduire. » Restait à savoir si le procédé lui avait aussi bien réussi
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qu'il le croyait. Bref, après beaucoup d'incertitude, la cour de Dresde, comme c'est l'ordinaire de la faiblesse, céda au danger le plus immédiat, c'est-à-dire aux menaces de Frédéric, et se laissa arracher le désaveu de son premier ordre. Les généraux saxons reçurent la permission de suivre le roi de Prusse partout où il voudrait les conduire. En recevant avis de ce contre-ordre, Maurice, atterré, se borna à répondre à son frère ces trois mots : « Yous n'avez plus d'armée. » ABroglie, il écrivait : « C'en est fait, la France n'a plus d'alliés; le roi de Prusse vous hait et veut vous faire battre. » Et il ajoutait: « Je vous en avertis, parce que votre gros Yalori ne semble rien écouter de ce qu'il entend ; ce qui ne l'empêche pas de boire et de manger d'autant1. »
Maurice se pressait trop, et le moment (qui
i. Belle-Isle à Desalleur9, 11 février 1742. — {Correspondance de Saxe. Miûistère des affaires étrangères.) Belle-Jsle à Anielot, 4, 10 février 1742. (Correspondance deVambassade auprès de la Diète.) — Mémoires du maréchal de Belle- Isle. — Maurice de Saxe à Brogiie, 22 février J742. (Ministère de la guerre.) — Vitzthum, Maurice de Saxe, Lettres et Documents inédits, tirés des Archives de Dresde, p. 425, 440.
approchait) où ses prédictions seraient vérifiées n'était pourtant pas encore venu. Frédéric ne tarda pas à reconnaître en effet que, même avec le secours des troupes saxonnes, mécontentes d'être traînées à la remorque, son plan (bien ou mal conçu le premier jour) ne pouvait plus répondre à ses espérances. L'effet de terreur qu'il s'était flatté de produire à Vienne par sa marche audacieuse était manqué : il n'était pas aisé d'intimider Marie-Thérèse, surtout quand elle recevait d'aussi bonnes nouvelles que la capitulation de Lintz et les opérations victorieuses de Khevenhiiller. Quelques milliers d'hommes que ce général put lui renvoyer, sans être même obligé de suspendre sa marche sur Munich, suffisaient amplement pour couvrir la capitale contre une surprise. Frédéric lui-même se trouva bientôt menacé en Moravie par des incursions de bandes farouches, produit de l'insurrection hongroise et qu'on avait craint jusque-là d'incorporer dans l'armée régulière. Pour se défendre, il lui fallut détacher sur la frontière de Hongrie une partie des forces qu'il destinait à l'invasion de l'Autriche. A partir de
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ce moment, il ne songea plus qu'à chercher un prétexte pour battre en retraite. Mais i] fallait que ce prétexte fût de nature à lui permettre de rejeter, suivant son habitude, toute la faute sur ses alliés. Il n'eut pas de peine à le trouver. Il donna ordre aux troupes saxonnes défaire le siège de Briïnn, chef-lieu de la Moravie. Un siège en règle n'ayant pas fait partie du projet primitif, naturellement l'artillerie propre à une opération de cette sorte ne se trouva pas sous la main. Frédéric prétend qu'il la fit demander à Auguste, qui répondit qu'il n'avait pas d'argent pour s'en procurer, bien qu'il eût acheté la veille un gros diamant pour la somme de quatre cent mille francs. Auguste avait tort sans cloute de dépenser son argent en bagatelles; mais on ne voit pas trop comment tous les trésors du monde auraient pu faire sortir une grosse artil* lerie du sol et la faire arriver à temps sous les murs de Briïnn. Il est donc plus que douteux que Frédéric voulût réellement s'emparer de cette ville; mais il fut entendu que, s'il y re* nonçait, c'était par la faute d'Auguste. « On ne conquiert les couronnes qu'avec de gros ca-