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A» ee qu'on appelle ane querelle d'Allemand?
Je vous avoue que je ne suis pas tranquille à ee Bujet. » Et il avait d'autant plus lieu de ne . pas l'fttre qu'il apprenait en même temps que, soit que le conseil porté par le colonel de Goltz à lord Hyndfort n'eût pas été donné assez clairement ou n'eût pas été suivi, cet ag;eni n'avait quitté l'armée que pour s'arrêter à quelques lieues de là, se disant malade, n restait dans la voisinage de Neisse, à égale distance dee camps prussien et autrichien, et communiquant, gfràce à son caractère diplomatique, librement avec l'un et l'autre.
Puis, quand Frédéric commença, comme il l'avait annoncé, l'attaque de Neisse, Vaiori, qui avait des prétentions à se connaître dans l'art du génie militaire et qui endoctrinait volontiers sur celte matière, ne put s'empêcher de remarquer que le siège dont il était témoin avait une physionomie étrange qui ne ressemblait à aucune autre : ni assaillants ni assiégés ne jouaient franchement leur jeu: les uns avaient l'air de n'attaquer que pour la forme, les autres de ne se défendre que par bienséance. De plus,
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l'armée du maréchal de Neipperç, campée dana le voisinage, ne semblait pas se mettre en peine de porter secours à la ville en détresse. Témoin de ces allures suspectes, Valori se demandait . involontairement, sans oser tout à fait s'arrêter à cet odieux soupçon, s'il n'était pas le jouet d'une comédie *.
A la vérité, Frédéric, qui suivait sur son visage le travail intérieur de son esprit, semblait de temps à autre prendre soin, sinon de le rassurer, au moins de le déconcerter. Ainsi un soir, à souper, l'ayant, comme d'ordinaire, fait asseoir à ses côtés et recevant une lettre apportée par un trompette, il ia Itji fit encore cette fois passer après l'avoir lue, seulement sans y ajouter de commentaire. C'était une nouvelle missive de lord Hyndfort, qui pour le coup semblait découragé et prenait un congé définitif. « Je suis au désespoir, y était-il dit, de voir augmenter plutôt que diminuer l'inflexibilité des deux Ëtats. Je n'ai que la conscience d'avoir tait mon devoir, et, comme ma
t. Valori à Belle-hte, 1 octobre JTil. {Correipondaneè de Pru$se. Ministère des affaires étrangères.) — Mémoire* dt Valori, 1. 1, p. ISS.
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santé est pbu rétabUe, Je m'en retoui'ne aujourd'hui à Breslau, où j'attendrai les ordres de Votre Majesté. » Devant ce démenti catégorique donné à ses alarmes, Valori dut rougir intérieurement de son jugement téméraire.
Mais, comme, dès le lendemain, les indices suspects reparaissaient, il se trouvait entièrement dérouté et ne savait plus que croire, ni surtout qu'écrire à ses chefs : il confessait lui-même avec désespoir à Belle-Isle la confusion d'idées contradictoires qui, se heurtant dans son cerveau, menaçaient de le faire éclater. « Plus j'avance, monseigneur, dans la situation où je suis et plus je suis convtùncu de mon insuffisance. Je sens combien je suis peu propre h trouver des emplâtres aux manques de parole et à des vîirîations de toute nature qui remplissent ma tête de soupçons auxquels je ne veux pas m'arrètereteacoremoins vous les mander... Vous trouverez sans doute que mes lettres sont différentes et que je chante pour ainsi dire la palinodie ; mais je crois ce ton de musique nécessaire dans ce pays de variations. »
Son trouble était d'autant plus grand qu'une
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extrême fatigue devait s'y joindre. Il n'osait perdre le prince de vue, comme s'il avait craint qu'il ne lui échapp&t, et eelui-ei se faisait an malin plaisir de le promener au galop tout le long du jour, de poste en poste, le harcelant de railleries sur l'obésité qui lui rendut le métier de cavalier très pénible. Le soir venu, il y avait de quoi ne plus pouvoir se tenir sur ses jambes ni lier deux idées ensemble. Au bout de quelques jours de cet exercice, le roi l'engagea pourtant à aller se reposer h Breslau, oh il ne tarderait pas k le rejoindre. Valori suivit cet avis charitable, mais sans pouvoir bannir de son esprit la pensée que la précaution avait aussi pour but de mettre un terme k ces observations indiscrètes sur les opérations du siège '. L'embarras de Valori lui fait honneur, car, pour démêler le tissu d'intrigues qui passait sous ses yeux, il aurait fallu être capable d'en nouer soi-même la trame. Il ne l'éteiit pas, et je ne sais, en vérité, sauf Frédéric, qui l'eût été. Depuis que le dessous des cartes nous est 1. Valori à Belle-Isle, 9, IS octobre. — A Amelot, 17 oc tobre. [Cùrretpondance de Prum. Uiaietira des affaire* étnn^ gères.) ^ Mémoires de Vahri,
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coonn (puisqu'il .a convenu aux archivistes prusaiens de les mettre toutes sur la table), il faut avouer que jamais, dans aucune comédie à caractère, fourbe de profession ne recourut à de pareils tour? de passe-passe. Voici, en effet, ce qui avait eu lieu :
Le colonel de Goltz était bien chargé, comme il l'avait dit, d'engager lord' Hyndfort à s'éloigner, mais il avait négligé d'ajouter qu'à ce conseil était jointe une communication d'une tout autre nature. Le roi (avait-il commission de dire à l'envoyé anglais) trouvait les propositions de la reine de Hongrie parfaitement satisfaisantes et n'en demandait pas davantage. Mais, venant de signer avec les ennemis de la reine un ti'aité en cours d'exécution, décemment il ne pouvait en conclure avec elle un tout contraire. La seule chose qui fût possible, c'était un accommodement provisoire qui ménagerait la transition et dont les termes seraient ceux-ci : u On laisserait l'armée prussienne s'emparer de Neisse, à peu près sans coup férir; la ville ne se défendant qu'en apparence et lemaréchaldeNeippergs' abstenant de la secourir. En retour, le roi, une
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fois la ville prise, laisserait lemarécbal de Neip- P«rg: s'éloigner avec son armée intacte et s'abstiendrait de toute autre action offensive contre la reine et ses alliés. Ensuite, après quelques mois écoulés, en décembre, par exemple, on verrait à. convertir la trêve effective et secrète en une paix ostensible et définitive. C'est ce que Goltz lui-même résumait le 'lendemain en ces termes, laissés par écrit entre les mains de Hpidfort : « Je puis vous assurer que, si le roi jouait seul, tout serait bientôt fait... Mais nos alliés méritent des égards. Tout ce que nous pourrons faire pour le bien de la reine, qui ne nous est nullement indifférent, c'est de laisser aller son armée d'ici.-, de nous amuser en Silésie et de n'agir autre part contre qui que ce soit au monde.' Si cela vous convient, M. de Neipperg peut partir demain : s'il le veut, ma tête lui sera garante de ce que j'ai l'honneur de vous dire '. »
1. Le colouel de GolU au comte de Uyodtort, 2S sept. 1741. Fol. Corr., t. i, p. 35S. — D'Ameth, t. i, p. 831, 3Î4. —
GrOnhagen, Gesckkkte dts eratea tckUiiichen Kriegt. Gotha, 1B8I, t. Il, p. 10 et suiv. — D'après ces deni derniers hiatt^ riena, ce aérait dès le 1S septembre que des poorparlera au-
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fiyndfort aurait bien pu penser que même la tête d'un colonel était une faible garantie de l'exécution loyale d'une proposition qui l'était si peu. Mais Marie-ThérèBe avait un tel intérêt à recouvrer la libre disposition d'une de ses armées et à obtenir la neutralité de son plus redoutable adversaire, qu'il n'hésita pas à transmettre la proposition à Yienne,restant lui-même, comme on l'a vu, sous prétexte de maladie, à portée d'attendre la réponse. Marie-Thérèse pensa comme lui, et on peut supposer que ce qui lui agi'éa le plus dans l'arrangement offert, c'étaitle retard apporté àla conclusion d'un traité définitif. Avec son indomptable confiance dans son bon droit, elle pouvait supposer que dans l'intervalle un retour de fortune lui permettrait d'obtenir des conditions plus avantageuses.
Les acteurs étant ainsi tous d'accord et lés rôles distribués, il ne s'agit plus que d'assurer le succès de la représentation. On fixa à quinze le nombre des jours que devrait durer le siège
ment été engagéi entre le colonel de Goltz, le maréchal de Meipperg et lord Hyndfort, pour la conclusion de cet étrange arrangement. La duplicité et la mauTaise foi de Frédéric seraient ainsi encore plus manifesleâ.
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ficlifdelavilledeNei8se,etàdeuxoent8 le nombre de coups de coDon qui seraient tirés de part et d'autre. La date du 16 octobre fut indiquée pour le commencement de la retraite de l'armée du maréchalde Neipperg. Une petite difficulté s'éleva sur la désig^n^ion du lien ob l'armée prussienne prendrait ses quartiers d'hiver. Le général autrichieo aurait vould que ce fàt uniquement dans la partie de la Silésie dont la cession était promise, et que celle qui devait rester autrichienne f&t ainsi immédiatement évacuée ; mais Goltz s'y opposa avec beaucoup de sens : » J'ai eu l'honneur de vous dire, fit-il observer, que nou» voulons bien cesser de faire la guerre, mais que noU4 ne voulons pas partdtre avoir cessé de la faire. Or ne pas prendre de quartiers dans la haute Silésie ne serait-il pas déclarer à tout le monde que nous en sommes convenus ou que nous sommes des imbéciles?... Je vous dirai plusf c'est que, quand nous serons tous d'acftord, il ne faut pas cesser de tirer de temps en temps quelques coups de pistolet; nous serons tout tranquilles sans faire un pas en avant ; mais,
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de votre côlé, il faut que vos hussards viennent quelquefois nous inquiéter, enlever quelques chariots et faire de petites hostilités pareilles. Ne me parlez donc plus de ces malheureux quartiers. » La remarque parut juste. La haute Silésie fut ahandonnée à Frédéric pour tout l'hiver, sous la seule condition de n'y point lever de contributions de guerre, et, dans le protocole qui fut-préparé, il fut stipulé en propres termes que « quelques hostilités auraient encore lieu pro forma *. »
Ce document, dont nous avons le teste, oat un simple procbs-verha! rédigé par Hyndfort e( qui ne porte que aa signature. Le roi avait déclaré qu'il ne mettrait la sienne au bas d'aucun écrit et qu'on devait se contenter de sa parole royale. Mais encore fallait-il l'entendre sortir de sa bouche. Une rencontre était donc nécessaire pour qu'il pût prendre lecture du protocole et y donner son assentiment verbal. Le rendez-vous dut avoir lieu le 9 octobre au
K. GolU & lord Hyndfort, 3t lept. I7«. Bol. Corr., t. i, f. 359, îîi. — Voir appendice G, le teate du protocoli^ do Kleln.Sctmelleiidoff.