L'électenr à Belle-Iele (9 octobre 1711). (Correfptmdancê
dfi Bavii't. Ministère des affaires étrangères.)
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voir que la transaction ne put rester secrète, et conune d'ailleurs le texte même du protocole a été publié dans le cours des démêlés subséquents de l'Autriche et de la Prusse, Frédéric n'a pu se dispenser, dans VEistoire de mon temps, de tenter au moins quelques espUcations de sa eonduite. D'ordinaire, en racontant ses traits d'audace ou d'adresse, il ne s'en justifie guëre : c'est beaucoup quand U ne s'en glorifie pas. Ici cependant, la dose de déloyauté étant un peu forte, il a daigné essayer une sorte de plaidoyer. D convient que l'opération était scabreuse; mais il ne voulait pas, dit-il, achever la ruine de Marie-Thérèse parce qu'il s'était aperçu que le dessein de la France était de partager l'Allemagne en plusieiu's royaumes égaux, tous incapables de lui résister et se faisant échec les uns aux autres, ce qui mettait en péril la liberté germanique. De plus, il était sûr que le secret demandé à la reine ne serait pas gardé par elle. L'arrangement, résilié ainsi sans sa faute, devait tomber de lui-même, et il restait libre de venir en aide à ses alliés dans la mesure qui lui conviendrait. Ëndn il avait lieu
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d« soupçonner que Fleury ouvrait l'oreille aux propositions de paix faites par l'impératrice et se laissait séduire par la proposition de la cession du Luxembourg : il avait donc dû prendre les devants et se mettre en garde.
Ënalig;nant des raiaonB de cette force, Prédério avait sans doute mesuré d'avance l'étendue de la sottise et de la crédulité humaines. Il faut croire qu'il n'en avait paa trop présumé, puisque beaucoup d'historiens n'en ont pas demandé davantage pour se déclarer satisfaits.
Ënréalité, ces diverses flicuses.qui ne valent pas mieux les unes que les autres et qui d'ailleurs se contredisent, ne méritent pas même d'être traitées sérieusement. Quela France, en portant eea armées au delà du Rhin, eût le dessein d'empécber l'Allemagne de rester ou de tomber sous la puissance redoutable d'un seul maître, et voulût la laisser divisée en plusieurs royaumes égaux, le fait est certain, mais la découverte n'était pas grande. Quand Frédéric ne cessait de rappeler h la France qu'elle avait intérêt k abaisser la maison d'Autriche, c'est à ce dessein apparemment qu'il donnait les mains ; car il
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n'avsit pas la simplicité de croire qu'à l'Autrich» détraite la France laisseraitsobstituer une puissance nouvelle de même étendue, élevant les mêmes prétentions à la prépondérance. Et, lorsqu'il débattait et finissait par conclure un traité de partage des États autrichiens avec la Saxe et la Bavière, c'était lui-même qui se prêtait à l'exécution de ce projet et se proposait d'en profiter. Quant à l'indiscrétion qu'il prévoyait, nul doute qu'il n'eût raison de s'y attendre : car le secret d'une comédie jouée à la face du soleil par deux armées de trente mille hommes n'avait aucune chance d'être gardé. Mais en quoi cette publicité, facile k prévoir, changeait-elle le caractère odieux de l'opération ? Le marché avait-il moins pour elfet de lui faire acquérir k lui, sans péril, une place importante, à la chai'ge de laisser partir . intacte une armée autrichienne pour aller disputer & ses alliés l'entrée de la Bohême? Or faire ses affaires, de concert avec ses ennemis, aux dépens de ses amis, cela s'appelle une trahison dans toutes les langues et dans tous les pays du monde. Enfin, nous avons vu ce
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qu'il fallait penser des intentions prêtées à Fleury et des négociations clandestines supposées entre lui et Marie-Thérèse. Mais y eûtil eu, ce qui n'était pas, un fondement quelconque à ces soupçons, depuis quand, parce que l'on craint dans l'avenir une défection possible, est-il permis de la prévenir soi-même par un parjure certain et consommé ?
n faut remarquer pourtant que, quand Frédéric essayait de se contenter lui-même et de contenter la postérité par de si pauvres raisons, il ne se plaisait pas à donner sur les divers incidents de cette odieuse transaction tous les détails que nous devons aujourd'hui aux publications récentes. Il en atténuait, il en dissimulait même certains traits. Les historiens modernes de la Prusse n'usent point de tels ménagements, et ce sont eux qui nous découvrent ce que leur héros, malgré le cynisme habituel de ses aveux, avait eu l'art de déguiser. Leur approbation n'en est pas moins complète, et, chez tous, M. Droysen, M. Raiimer, et le dernier, M. Griinhagen, archiviste de Breslau, on ne surprendrait ni une réserve ni un scru-
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■pale. Tout semble céder au plaisir malicieux de voir des Français pris au piège par un sou^ verain allemtuid. Seul, t'illustre M. Léopold iRanke, dont tout le monde connaît l'esprit élevé et philosophique, se pose un instant le cas de conscience, mais il ne tarde pas k le résoudre. « Le devoir politique des souverains, dit-il tristement, est souvent en conflit avec leur devoir moral. » Or quel était ici, siiivant lui, ce devoir politique? C'était d'assurer l'indépendance de l'Europe, menacée, d'une part, par ta prépondérance française, de l'autre, par l'alliance possible de l'Autriche et de l'Angleterre. Il fallait qu'une puissance nouvelle s'élev&t qui n'entrât ni dans l'un ni dans l'autre système, une Prusse indépendante qui assurAt à chacun sa liberté. On ne peut rien répliquer assurément à des considérations politiques et morales d'une telle force '.
Quoi qu'il en soit, les choses se passèrent absolument comme on l'avait combiné. Le 2 novembre, la ville de Neisse se rendit, après
1. Léopold Ranke, Zieolf BScher Prtustùcken, Gtickkhlt, liwe vm, p. 410.
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un siège plus long seulement de quelques jours qu'on n'en était convenu, mais dont le jeu était si appsrent, qu'on disait couramment dans les corps de garde -que les canons avaient ordre de ne faire de mal à personne. H fallait réellement l'audace à toute épreuve de Frédéric pour avoir le front d'écrire comme il le fit k l'électeur : « que les bombes avaient causé un dégftt épouvantable ». Il est vrai que, pour expliquer pourquoi la place s'était si mal défendue, il ajoutait que la garnison était « l'excroissance du genre humain ».
D'ailleurs, au moment où la ville se rendit, l'armée de Neipperg était en pleine el paisible retraite depuis quinze jours, ce qui achevait de dessiller les yeux des plus aveugles. Les plai^ santeries et les nouvelles à lamatn annonçant la paix conclue avec la reine de Hongrie, circulaient dès lors librement dans les rangs, à tel point que le roi dut faire un oivlre du jour menaçant de peines sévères ceux qui continueraient à tenir de pareils discours. « Il est à présumer, écrivait Valori, qu'il n'a pas été bien informé . non seiilémeiît des discours, mais des écritures,
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sans quoi il n'aurait pas manqué d'exemples à faire, n Une circulaire fut en même temps expédiée à tous les agents prussiens dans les cours étrangîtres, les autorisant à démentir les bruits répandus et à affirmer que le roi ne se prêterait jamais à aucun accommodement à l'insu de ses alliés. Mais telle était l'estime dé]h accordée à la parole du roi, que ce document ne rencontra que des incrédules '.
Quand les choses parlaient si haut, peu importe de savoir si à ces indices matériels de la trahison se joignirent des indiscrétions calculées de la part des généraux ou des diplomates autrichiens. Frédéric l'a heaucoup dit et rien n'est plus vraisemblable. ■ Ces agents auraient eu mauvaise grâce, en effet, h nier contre l'évidence un fait qui leur était si avantageux. Aussi, en uD clin d'œil, la nouvelle que le roi de Prusse faussait compagnie k l'alliance franco-bavaroise
1. Valori i Belle-lale, ♦ noT. 11*1. — {Corrtipondahce de Prusse. Ministère des affaires éfrangères.l — Frédéric à t'électenr de Baïiêre, 2 nov, 1741, Fol. Corr., t. î, p. 398. -■ La circulaire diplomatique De se trouve pas dans la correspondance prasBienne; elle est inaéréô SOui la date du 4 djrcmbre doua les dépfïclies de Valori. ...
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fut-elle répandue comme une fiisée d'un bout de l'Europe à l'autre, et rien n'égale le désarroi que la seule annonce d'une telle infidélité jeta dans les mouvements militaires, aussi bien que dans les opérations diplomatiques des alliés.
D'abord l'électeur, qui était en pleine marche sur Prague, s'arrêta tout intimidé, craignant de trouver en face de lui ou sur ses derrières, à la place de l'ausiliaire qu'il venait chercher, une armée ennemie sur laquelle il n'avait pas compté. Il était hanté aussi par la pensée qu'en son absence, la reine de Hongrie, désormais libre de ses mouvements, allait pousser une pointe sur Munich. — « -Comment Faire des conquêtes, écrivait-il avec désespoir, quand ma niaison brûle? » — Et, comme son expédition était d'ailleurs très pauvrement conduite, ce brusque temps d'arrêt avait pour effet de laisser toutes ses troupes, et principalement les françaises, dispersées sur une ligne beaucoup trop étendue et à cheval sur les deux rives du Danube dans une position impossible h garder.
Belle-Isie, moins facile k alarmer, ji'était
UARlE-TB£nÈ8E ElfHONGItlE il^
pourtant pas moins déconcerté. Au premier moment, quand les bruits sinistres se répandirent, il se refusa absolument à y ajouter foi, et il donnait pour motif {effectivement très légitime) de son incrédulité, l'envoi fait aux agents prussiens des pouvoirs nécessaires pour accéder an traité de partage des États de l'Autriche. Cet envoi était certain et datait, on l'a vu, du jour même de l'entrevue secrète et confidentielle de Frédéric avec les généraux autrichiens à Klein- Schnellendorf ; de sorte que le traité lui-même fut signé le 4 novembre, deux jours après la conquête fictive de Neisse, et au moment où commençait la retraite convenue du maréchal Neipperg. Un pareil degré de mauvaise foi, un tel luxe de machiavélisme paraissaient impossibles à supposer; Belle-Isle, surtout, ne pouvait se résigner h reconnaître qu'il eût été à ce point dupe de vaines flatteries. 11 s'obstinait donc à. donner de la conduite du roi de Prusse des explications qu'il s'efforçait de croire satisfaisantes. Mais force lui était de convenir que le mal produit par ces fâcheuses apparences était énorme, a Tous les esprits sont changés