‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'après des documents nouveaux, 1740-1742Chapitre 20 sur 53 · FRÉDÉRIC II ET HAR1E-THÉRË3B · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II ET HAR1E-THÉRË3B

depuis quinze jours, écrivait-il dbs le 37 octol)re. J'ai trente lettres de différentes parties et villes de l'Europe, où les plus affectionnés au roi et à l'électeur sont intimidés, d'autres ébranlés, et tous les Autrichiens ranimés. J'apprends chaque jour sur cela des choses singulières, n Quant à Fleiuy, qui n'avait jamais eu plus de confiance dans Frédéric que de goût pour l'aventure où il était embarqué, il ne cherchait pas à se faire illusion, et, cavant au pire, il voyait déjà les armées prussiennes jointes à celles de Marie- Thérèse'.

Après l'émotion et la colère, cette fois pourtant comme les autres la réflexion survint. A quoi bon, en effet, se fâcher trop fort ou se désoler sans profit? Le mal étant fait, à Francfort comme à Versailles, on pensa assez généralement qu'il ne fallait plus songer qu'à l'atténuer, et que les torts du roi de Prusse, quelque

1. Belle-Iflle & Amelot, 27 oct. 1841 etpaisim. (Correapart' danee de l'ambassade auprès de la diéle. Ministère des affaireB étrangèrea.) — Voir appendice D à la fln du Tolume, — les piices constataot l'effet désastreux produit par la dë> fectlon soupçonnée de Frédéric.

HARIG-THÉBÈSE EN HONORIE 115

grands qu'Us fussent, n'6taient rien au baeoin qu'on avait de son concours. Une ezplioation trop vive, suivie des plus justes récriminatione, en l'irritant davantage, ne ferait peut-être que le pousser à une extrémité plus fâcheuse encore que la neutralité momentanée dans laquelle il paraissait vouloir se renfermer. Nul doute, d'ailleurs, qu'il n'y répondît par des dénégationfi hautaines et impertinentes qui n'éclaireraient rien et ne convaincraient personne. La seule manière de ramener l'opinion était de le décider, si on pouvait, à tirer au moins une partie de son armée des quartiers d'hiver qu'il lui faisait prendre, à venir assister de sa personne l'électeur dans le siège de Prague. Cette coopération ostensible était le seul démenti possible aus bruits trop répandus de sa défection.

Yalori eut ordre de lui demander audience pour faire un effort dans ce sens, et, a&n de lui préparer les voies, Fleury écrivit lui-même au roi une lettre de compliments où il abusait vraiment de sa profession ecclésiastique pour abjurer tout sentiment de rancune et même de dignité. « J'ai l'honneur, disait-il, de féliciter

116 PfttDÉRlC 11 BT HARlE-rnÉRÈSE

Votre Majesté sur la prise de Neisse, dont je n'étais pas inquiet, car on peut dire d'elle que ce qui serait pour un autre une entreprise difficile n'est rien pour Votre Majesté. Iter est AckiUei. Vous entrez sur la scène de l'Europe sous un rôle bien brillant et vous faites voir que, dans votre longue retraite, où on ne vous croyait occupé que d'amusements littéraires, vous méditiez déjà les grands desseins que vous exécutez depuis un an. Vous êtes sorti général comme Lucuttus, et ce qu'on ne peut trop louer, c'est que Votre Majesté, aprës avoir fait connaître qu'on ne l'attaquait pas impunément, est disposée & s'attirer l'amour de ses nouveaux sujets par sa justice et sa modération... Les vœux que Votre Majesté daigne faire pour moi sont infiniment flatteurs, et la différence de religion n'influe jamais sur ceux que je fais- avec ardeur pour Votre Majesté... M. de Valori, disait-il en terminant, est plein de zèle, et, s'il marque quelquefois un peu trop de vivacité, ce n'est que par l'extrême envie qu'U a de consolider la parfaite intelligence entre les deux cours; car il est pénétré pour Votre Majesté du

MARIB-THÉRÈSE EN BOKORIE 117

plus profond respect et il en fait à toute heure le panégyrique '. »

On a vu en quoi consistaient les panégyriques de Valori ; quant à. son excès de vivacité, s'il en avait jamais été coupable, elle dut être singH' lièrement tenue en bride par l'accueil que fit à sa demande d'audience le ministre Podewils. Ce fidèle serviteur, qui n'avait pas été prévenu de la convention de Klein-Schneliendorf et ne la connaissait que conmie tout le monde, par la rumeur publique, avait probablement éprouvé à ses dépens que son maître n'aimait pas k être serré de trop près sur ce point délicat. Car, du premier mot que Valori lui en toucha : « Ah 1 prenez garde à vous, s'écria-t-il, n'allez pas aigrir le roi ; un rien l'allume en ce moment : je ne l'ai jamais vu plus difficile à traiter que dans les circonstances présentes, et, si elles tournaient désagréablement, c'est vous qui en seriez personnellement la victime, parce qu'il ne manquerait pas d'en rejeter sur vous les inconvénients. » — « Ce discours, fïiit observer prudem-

1. Flenry à Frédéric, 1» nov. 1741. {Cerrtspoadaitee ilv Prune. MlDiatère des affaires étrangères.)

118 FRÉDÉRIC 11 ET HARIE-THËRÈSB

ment Valori, m'a donné beaucoup à penser. »

Effectivement la première entrevue entre le roi et l'ambassadeur, qui ne s'étaient pas revus depuis la prise de Neïsse, fut des plus orageuses. D'abord le roi se refusa à donner aucune explication siirles bruits qui circulaient. « Qu'y puis-je taire? dit-il. Puis-je empêcher les gens de mauv^se foi de les répandre et les sots d'y croire? — Mais, fit remarquer Valori, c'est du maréchal de Neipperg lui-même qu'on les tient.

— A-t-il dit cela? c'est un mensonge qui lui coûtera cher. » Mais ce fut surtout quand il fallut en venir à la demande de prendre part à l'expédition de Bohême que la conversation s'échauffa.

— « Je ne ferai pas un pas en Bohême, s'écria le roi, il est trop tard : pourquoi l'électeuir n'at-il pas agi plus tôt? Tout au plus pourrais-je prêter un régiment de hussards pour bien montrer que l'accommodement dont on parle n'est pas fait. Mais rien de plus. » — Puis il ajouta : « En février, j'entrerai et verrai où on est; si je

. suis content des arrangements et des magasins qu'onaura établis, j'agirai en conséquence; maïs, si je vois que les affaires ne prennent pas tina

KARie-THÊRâse EN HONOBIE 119

eoTuistance moralement sûre, je me contenterai de garder ce que j'ai, et de déplorer la maU' vaise économie que vous aurez mis (sic) dans ■vos opérations militaires. Je ne veux pas faire la guerre en subalterne, je veux agir & ma fantùsie. Comptez sur ma parole d'honneur que l'accommodement n'est pas fait et ne se fera jamais que de concert avec mes alliés; mais je vous sfSwne avec la même vérité que mes troupes ne remueront pas de tout l'hiver. » — Puis, avant de lever la séance, il demanda s'il ne pourrait pas avoir un témoignage écrit des propos prêtés à Neipperg, et il répéta : — « C'est nne impertinence qui coûtera cher & la reine, elle en sera pour quelques provinces déplus'. » Un second entretien, qui eut lieu quelques jours après, ne se passa pas plus paisiblement. Cette fois, Valori, renonçant à solliciter un appui de l'armée prussienne, se bornait à demander que ses quartiers d'hiver ne fussent pas étendus sur la frontière de la Bohème de manière & disputer les moyens de subsistance aux

t. ValoPl h BeUe-IsIe, H nov. 1141. — (CoiTttpondance de Prutte, Hinistére des alTsirrs Hrangères.)

120 FRÉDÉRIC II ET HARIE-TBËRÈSB

armées alliées qui approchaient de Prague.

C'était l'instruction formelle de Belle-Isle, qui, ayant eu beaucoup de peine k remettre par de pressantes objurgations l'électeur en mouvement, voulait au moins lui rendre ses premières opérations faciles. Mais, cette fois, BelIe-Isle ne fut pas mieux traité que les autres, u M. de Belle- Isle veut-il donc faire le préteur en Allemagne? Me croit-il d'bumeur à me laisser traiter comme unenfant?»Et,commeYalorifaisait observer que, puisqu'on étaitaltié, au moins fallait-il opérer de concert : u Obidu concert, on vous en donnera et avec autant de violons que vous voudrez. » oPuisilajouta, dit Yalori, tant de cboses extraordinaires, tantôt se fàcbant, tantôt plaisantant, que je ne sais plus où j'en suis. » Et la dépêche se termine par cette e^ression mélancolique : « Quand je pense que le ministre de Danemark se plaint du peu d'égards qu'on a à Berlin pour les ministres étrangers, quels cris ne jetterait-il pas s'il avait essuyé comme moi une partie de la campagne dans l'armée du roi de Prusse'?»

l.Valoil à BeUe-Iile, U uot. llii. {CorTe$pondaiKf «b

Pnttse. Mlniît&re d*« affaires élrangires.)

D,g,l.2cd|v,G00g.|C-

MARIIi-tiliRÈSE EN HONGRIE 131

Valori péchait par excès d'humilité en prétendant n« rien comprendre au désordre des propos du roi; nne remarque pleine de finesse au contraire montre que, malgré cette confusion, il jugeait très bien le véritable état d'esprit de son interlocuteur. L'insistance avec laquelle Frédéric avait réclamé un témoignage écrit de l'assertion . prêtée au maréchal Neipperg l'avait frappé, et il en concluait très justement que la négociation avec l'Autriche continuait toujours, puisqu'on réclamait de lui une pièce à mettre au dossier.

C'était la vérité : tout en se montrant très blessé de l'indiscrétion des agents autrichiens, eD affirmant même avec colère dans son intimité que ce manque de parole le dégageait de toutes ses iwomesses, Frédéric n'en concluait nullement que tout fût rompu et ne décourageait en aucune manière la cour de Vienne de préparer (comme l'y autorisait formellement l'article 7 du protocole du 9 octobre), un traité définitif pour l'entrée de l'hiver. C'est ce que M' d'Ameth nous ap{>rend et ce qui résulte aussi d'une lettre adressée par le colonel de

122 FRÉDÉRIC H ET IIAIIIE-THÉR6BE

Goltz à lord Hyndfort. Tout en avertissant le ministre anglais de l'extrême irritation éprouvée par le roi, Goltz en conclut seulement que la reine de Hongrie doit se montrer, à cause de cela même, plus large et plus pressée dans ses concessions : n C'est l'heure du berger, dit-il, pour la reine : aut nunc aut nunquam. » Frédéric avait ainsi deux traités b la fois sur le métier: l'un, déjà signé avec la Bavière, consommant la mine de la monarchie autrichienne parle partage de ses États ; l'autre, en préparation à Yienne, destiné au contraire & sauver cette même monarchie, moyennant le sacrifice de tout ou d'une partie d'une seule province. De savoir maintenant auquel des deux il donnerait son adhésion définitive, c'est ce qu'il laissait décider à la fortune. Tout dépendait du succès des opérations qui allaient être tentées en Bohême par les armées alliées et dont il se proposait de rester tranquille spectateur. Si la France et la Bavière l'emportaient, il resterait de leur côté pour partager leur triomphe. Si le sort des armes leur était contraire, il les abandonnerait à leur malheur et se contente-

HARlG-THÉRèSB BN HOHâtlIE 1Î3

rait de son gain modeste. C'était du reste l'accomplissemiiiit de ce qu'il avait dit, en sens inverse, au maréchal de N'eipperg: <i Soyezhenreux, je suis avec vous; mais, si vous succombez, je penserai à moi-même. »

Sans se rendre peut-être un compte aussi net de la situation, Belle-Isle comprit pourtant parfaitement que, dumoment qu'on n'avaitplus rien àattendre de l'amitié ni de la loyauté de Frédéric, la partie qui allait sejouer en Bohème était décisive. Si elle était perdue, le roi de Prusse lâchant tout à fait pied, la défection devenait universelle; il en voyait déjà tous les symptômes autour de lui dans le langage, devenu subitement ambigu et réservé des agents de tous les électeurs qui lui avaient promis leurs voix. n n'avaitplus le choix: il fallait jouer sur une seule carte la destinée de l'empire, de rAllemagne, de la France, et sa propre fortune.

Or, en calculant les chances, son inquiétude devenait extrême. Lentement, péniblement, aprës bien des marches et des contre-marches, l'électeiir avait fini par amener les armées en vue de Prague. Il disposait à peu près de cîn-

124 PRtOÉRIC II ET MAHIF.^THËRKSE

quante mille hommea, ayant du laisser à Liniz une forte division sous les ordres du marquis de SéguT, pour garder la possession de la haute Autriche et les communications avec la Bavière. Ces forces étaient suffisantes pour faire le siège de la place, qui ne contenait qu'une faible garnison, mais à la condition d'aller vite en besogne. Le moindre délai pouvait être latal : la saison était avancée, et, sous ce ciel du Nord, les premières rigueurs de l'hiver pouvaient rendre toute opération impossible. De plus, les forces autrichiennes se concentraient rapidement en Moravie, où Neipperg, rendu à la liberté, avait fait sa jonction avec un corps d'année recruté à la hAte, dans lequel figuraient déjà des contingents hongrois, et que commandait le grand-duc lui-même. Si cette armée de secours arrivait sur les derrières des assiégeants avant que la ville eût ouvert ses portes, tout était remis en question. Les jours, les heures, les minutes même étaient précieuses. Comment attendre du caractère irrésolu de l'électeur la précision et la promptitude nécessaires pour agir à temps et arriver à point

KARlE-TnÉnÈSB EN DONSRIE 12S

nommé? Betle-Isie sentit qu'il ne pouvait s'en fier qu'à lui-même et il résolut de quitter Francfort pour se rendre de sa personne à l'armée '.

C'était h quoi Flemy ne cessait de le poosser par une correspondance pressante, et ce que réclamaient à grands cris tous lea généraux et les officiers de l'armée fran^se, qui l'invo^ quaient comme un sauveur. Ce n'en était pas moins un très grand parti que de s'éloigner au moment même où l'archevêque de Majrence, dans une intention peut-être suspecte, venait de fixer l'ouverture de ladiète pour les premiers jours de décembre. Mais de deux inconvénients (conséquences du double rôle qu'il avait eu le tort d'assumer) il fallait choisir le moindre, et d'ailleurs un de ces moments était venu ob c'est le sort des armes qui décide même de la volonté des hommes. Ce n'était plus au fond de l'urne électorale, c'était sur les remparts de Prague que Charles-Albert pouvait trouver sa couronne impériale.

Belle-Islc se mit en route le 12 novembre,

1. Belle-Isle à Bretenll, mlniitre dp In f^iierre, SS norembre 1741. (MioUtèrp de la gafffe.)

126 FB!6sAnic ii et HAniE-TnÉitÈSï comptant passer par Dresde pour raffermir la volonté toujours chancelante du roi de Pologne, dont les troupes devaient apporter aux françaises, dans les opérations du siège, un concours indispensable. Malheureusement sa résolution était tardive. Le prodigieux travail auquel il se livrait depuis un an, les fatigues, les tracas, les inquiétudes de tout genre, les nuits passées dans des veillées laborieuses, avaient épuisé sa constitution, qui n'avait jamais été très forte. Le jour du départ, un forte douleur seiatiqoe lui rendait déj& très difficile de monter en carrosse; sur la route le mal s'aggrava; et, à son arrivée, quand Valori, qui était venu l'attendre k Dresde, le reçut sur les marches du palais d'Hubertsbourg, il recula avec une douloureuse surprise. Le maréchal était méconnaissable; à peine si de cruelles douleurs lui permettaient de mettre un pied devant l'autre, et une grosse fluxion sur l'œil déformait la moitié de son visage'.

1. BeII»-Isle&AmeIot, 47, 19,33 iioT.nil. (Correipondance de [ambanade à la diilt. MinliUre dee affkirea étnngtreB.) — Mimoirei de ViUori, 1 1, p. 131.

D,g,l.2cd|v,G00glc ■

HARIE-TBénÈBE BN HOHflRlE 127

Uvoulut cependant, ce jour-là mdme, «ntretenir encore le roi de Pologne. Hais, le lendemain, quand il s'agit de quitter son lit, tout mouvement lui était devenu impossible, et il fallut bien reconnaître que, contrairement à ce que dit Bossuet, une Ame guerriëre n'est pas toujours maltresse du corps qu'elle anime. Il dut se résigner à laisBer partir seul sonfrfere, le chevalier, qui l'avait accompagné, en le chargeant de communiquer ses instructions et de faire prendre patience à ceux qui l'attendaient.

n faut renoncer à peindre l'excfes de sa douleur quand il ee vit cloué sur un lit de souffrances loin des deax théAtres où sa présence était réclamée. Les premières lettres de son frbre n'étaient pas faites pom: le consoler. Le chevalier trouvait tout en désarroi, l'électeur éperdu, les généraux français refusant de lui obéir, l'artillerie saxonne en retard, ce qui rendait le commencement du aiëge impossible. On annonçait que Neipperg et ses farouches Hongrois n'étaient plus qu'à cinq lieues de la ville. A tout prix, fût-il porté à brae, on voulait voir arriver le maréchal. « Plus je vois l'état des

128 FRÉDÉRIC II ET HARIE-THÉRÈSB

choses, écrivaitlâ chevalier, plus je me confirme dans l'indispensable nécessité où l'on est de votre présence pour prévenir les désastres et les catastrophes les plus affreuses. Je sens toutes les bonnes raisons que vous pouvez alléguer, la nécessité dont il serait que vous puesiez monter à cheval pour remédier à tout; mais je ne puis m'empêcher d'être convaincu que, si vos inSrmités vous empêchent de procurer le plus grand bien, votre présence sauvera des plus grands malheurs. J'ai été regardé comme un précurseur, et votre arrivée que j'ai annoncée produit un effet sur les troupes qui me revient de toutes parts. » D ajoutait que, dans l'impoSBibilité de faire un plan raisonnable, on agitait les idées les plus absurdes, par exemple: celle de prendre la ville par surprise et par escalade, mais qu'il espérait être en mesure de combattre toutes les folies de cette espëce '.

Belle-Isle, plus impotent que jamais, eut encore la force de dicter cette réponse : « Votre

1. Le chevalier de Belle-Isle an maréchal. Prague, S4 novembre 1741. [Corrtgioadanca diverse$. HiDlstére de U guerre.}

HARIE-THÉRÈSG EH HONGRIE 129

lettre met le comble à mon désespoir, je vois tous les malheurs auxquels ma présence peut-être pourrait remédier, je me trouve de plus en plus hors d'étal de pouvoir me rendre à l'armée dans la situation où je suis. Ce serait le comble de la folie de me faire porter jusque-là pour être dans mon lit ou Bur un fauteuil avec impuissance physique d'en pouvoir remuer, quelque cas qui pût arriver. Je voudrais tenir une assiette et un point d'appui fixe, Je m'y ferais transporter plutôt sur un brancard; car c'est celte cruelle situation qui m'agite à un tel esc&s qu'il est impossible que mon mal n'en empire et que je n'y succombe '. »

Quelques jours s'étaient écoulés dans cette affreuse angoisse, lorsque, tout à coup, la nou* velle se répandit dans Dresde que Prague était pris, et Belle-Isle reçut, parmi de nombreuses d';pèches, ce petit billet d'une écriture qui lui était connue et d'une orthographe inimitable, sans accent, ni point ni virgule :

« Monsieur vous aves désiré que Prague fût

Page 1