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de Beauce et d'Alsace, et quatre cents dragons durent être chargés de l'assaut nocturne, qui était l'opération vraiment périlleuse. Le reste, composé de mille hommes d'infanterie et environ douze cents cavaliers, dut rester en arrifere pour entrer dans ta ville avec Maurice luimême si les assaillants, se glissant dans l'intérieur, réussissaient à en ouvrir les portes. Quand il s'a^t de désigner les officiers de chacun des deux groupes, il y eut concurrence dans la jeune noblesse de l'armée : c'était à qui voulait courir la grande aventure. En définitive, le commandement de cette périlleuse avant-garde fut remis à deux chefs aussi différents d'ftge que de position et qui ne se ressemhlaient que par leur valeur : l'un était le comte de Broglie, jeune fils du maréchal, officier trks distingué, qui, servant depuis l'âge de quinze ans, à vingl^quatre ans comptait déjà neuf campagnes, et commandait le régiment de Luxembourg; l'autre, un simple lieutenant-colonel, du régiment de Beauce, modeste officier de fortune, François de Chevert, qui, sans aucun protecteur, était péniblement parvenu, dans
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la maturité de la vie, à un g^ade encore secondaire. Ce jour-là cependant, par un juste honneur pour le mérite éprouvé et pour l'expérience, mais au grand déplaisir do jeune colonel, ce fut l'inférieur qui eut la préséance. Chevert dut monter le premier avec les grenadiers, et Broglie le suivre avec les dragons.
Partie du petit village de Couratiz à dix heures du soir, la troupe arriva à une heure du matin, par une sombre nuit de novembre, devant le ravin qui bordait le pied du rempart. Maurice, après être descendu avec Chevert lui-même pour déterminer le point d'attaque, revint pren* dre place avec sa réserve, que commandait le marquis de Mirepoix, de l'autre côté du fossé, sur nne petite éminence faisant face au bastion principal. De» échelles furent alors posées au lieu désigné ; comme on les avait prises au hasard dans les villages voisins parmi celles qui servaient ordinairement aux maçons et aux couvreurs, elles se trouvaient naturellement de dimension peu convenable, et il fallut en ajuster trois l'une à l'autre pour atteindre le sommet du mur, Quand l'attache fut enfin solidement
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établie, Chevert, se retournant vers ses grenadiera, demanda quel était le brave à trois poils qui voulait mettre le pied le premier. Un sei^ gent du régiment d'Alsace, nommé Pascal, sortit du rang, et c'est alors que s'engagea le dialogue d'une simplicité héroïque que la tradition a conservé : — « Tu veai monter le premier, camarade? — Oui, mon colonel. — Quand tu seras sur le mur, la sentinelle va te crier : Wer da ? {Qui va là ?) — Oui , mon colonel. — Tu ne répondras rien. — Non, mon colonel, — Elle tirera sur toi. — Oui, mon colonel. — Elle te manquera. — Ouï, mon colonel. — Tu la tueras. — Oui, mon colonel. »
Ce qui fut dit fut fait; seulement, dès que le grenadier eut pris pied sur le mur, le factionnaire, surpris, tira en l'air et s'enfuit, et huit grenadiers avec Cbevert, quatre dragons avec le jerme Broglie, étaient déjà sur le parapet du bastion quand le poste du corps de garde voisin prit l'alarme. A ce moment, Maurice, qui suiviùt le mouvement, s'apercevant au bruit des armes que l'éveil était enfin donné, se leva en criant d'une voix forte : « A moi, dragons! »
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pour détourner l'attention de son cAté. La garde dû poste, encore tout étourdie, fit en effet feu dans le sens où elle entendait la voix : Maarice fît riposter les hommes qui étaient avec lui, et, pendant que la fusillade s'engageait ainsi d'an bord à l'antre du ravin, l'escalade continuiût silencieusement : grenadiers et dragons se h&taient de monter avec un tel empressement, qae quelques échelles surchargées se rompirent sous le poids des hommes. Il fallut empêcher, presque par la force, plusieurs officiers qui n'étaient pas commandés pour ce service, entre autres le jeune duc de Chevreuse, de se glisser dans l'ombre parmi leurs camarades. Hais, dès qu'nne compag^iie fut formée, elle se mit en marche vers le corps de garde au son du tambour, en criant : Vive le roi! Aa même moment éclatait, à l'autre extrémité de la ville, le bruit des deux attaques dont on était convenu, et, toute la garnison courant jour y faire face, il ne resta personne pour venir en aide au poste surpris. Chevert s'empara sans peine du corps de garde, puis de la porte voisine, dont il fit abattre le pont-levis, et ]tfau->
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rice «ntra avec sa cavalerie et tout son monde. n traversa au petit jour les mes désertes. D'Argenson raconte, je ne sais d'après quelle correspondance, qu'il y avait bol cette nuit-là dans le quartier etqne les officiers français, rencontrant les dames qui en sortaient, leur offrirent galamment le bras pour les conduire chez elles. Ce ~ qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y eut ni désordre, ni pillage. Maurice arriva tout droit chez le gouverneur, qui n'était prévenu de rien et se laissa constituer prisonnier sans résistance.
Le bruit de l'événement se propageant rapi^ dément, la garnison ne sedéfenditpas longtemps contre les deux autres attaques. Les Saxons, passant les premiers, se précipitèrent en foule pour -aller féliciter leur compatriote.Il8 avaient àleur tfite deux officiers supérieurs qui prétendtùent tous deux être ses frères: le chevalier de Saxe, seul reconnu en cette qualité, et le général de Rustowski, qui se vantait que sa mère avait eu, jnème avant la belle Aurore, les faveurs d'Auguste n. Maurice, en les voyant entrer, leur sauta au cou, en leur disant : « Canailles ! vous voyez bion que je suis votre aîné, puisque je