‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'après des documents nouveaux, 1740-1742Chapitre 24 sur 53 · FRÉDÉRIC II ET HARIB-THÉRÈSË · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II ET HARIB-THÉRÈSË

suis arrivé avant vous. » L'électeur vint ensuite, suivi de tout son état-major, pleurant de joie et embrassant tout le monde '.

L'effet du coup de théâtre fut complet, Belle- Isle en tressaillit de joie sur son lit de douleur, et la surprise lui causa une révolution qui commença sa convalescence ; ce qui ne l'empêcha pas d'affirmer, quelques jours après, que tout s'était passé par ses ordres et d'aprfes ses instructions.

- I, lia relation de la prise de Hragne fait l'objet de plnaienr» rapporta officiels dans la correspondance dn ministre de la guerre. Il ; a da plus nn récit fait par le duc de Chevreuse, témoin oculaire, fa aon père, le duc de Lnyne*, et inféré

dans les Mémoires de ce dernier, (t. it, p. i82). — EnSa M. Saint-René Taillandier a publié récemment une lettre de Mftorioe lai-même racontant ea pronene au chevaUer de Folard. Naturellement ce dernier compte rendu doit inspirer plas de eonflance que tons les autres; mais 11 est cependant sur plDsieure poiata diffîclle fa concilier avec les rapporta officiel. Qoant an dialogue de Chevert et du grenadier, c'est nne anecdote du temps, derenne légendaire. L'anteur de la notice de Chevert, dans la Biographie universelle de Miobaud, dit l'avoir entendu raconter par cet officier lui-même, dans sa <rieillesse, et je l'ai recueillie, dans mon enfance, de personnes qui la tenaient certainement du comte, depuis m^ réchal de Broglie. Je possède aussi une lettre da comte de BrogDo se plaignaatque, dans le rédt ofGciel de l'éTénement, ou n'ait parlé que de Chevcrt, sans mentionner Buffisamment la part qu'il j avEdt prise.

MARlE-THiRËSe EK HONGRIE f39

Marie-Thérèse, qui attendait de jour en jour la nouvelle d'une victoire dont son cher mari partagerait l'honneur, pleura, dit-on, des larmes de rage. « Voilà Prague perdue, écrivait-elle à son fidële confident, et les suites en seront hien mauvaises... Voilà, Kinski, l'époque où il faut avoir du courage, où il faut conserver la patrie et la reine, car je suis une pauvre princesse sans celle-ci (sic). La résolution de mon côté est prise, qu'il faut tout risquer et perdre pour soutenir la Bohême, et sur ce système vous pouvez travailler à faire toutes les dispositions. Je ne dis pas que je l'aurai miné et qu'en vingt ans elle ne se remettra, inais je veux avoir Grund und Boden (le sol et le fond), et pour cela il faut que toutes mes armées et tous les Hongrois fussent tués avant que je céderais quelque chose seulement. Enfin voilà le moment critique, ne ménagez pas le pays, il faut le soutenir... Vous direz que je suis cruelle, c'est vrai ; mais je sais fort hien que toutes ces cruautés que je fasse faire à cette heure pour soutenir le pays, je serai en état de ersetzen hundertfahig (les rendre au centuple), je le ferai; mais, à

140 FRÉDÉRIC 11 ET HARIE-THÉBÙSE

cette heure, je ferme mon cœur ft la pitJé *. » Ces sentiments ne devaient étonner personne, chez la princesse ; mais ce qu'il serait plus curieux de savoir, c'est ce que ressentit Frédéric. Certainement surpris, fut-il contrarié ou satisfait d'un événement qui, en lui ouvrant de nouvelles chances,robli^ait de remettre au jeu? J'imag;ine qu'il pensa comme un navigateur qui , après avoir longtemps attendu pour savoir d'où viendrait le vent, le voyant enfin s'élever, au lieu de rentrer au port, se décide à reprendre le large. Toujours est-il que, des le 30 novembre, il félicitait chaudement Bellc- Isle de sa glorieuse conquête et, en témoignage de satisfaction, mettait à son service six escadrons de dragons et dix escadrons de hussards pour l'aider à en recueillir les fruits. Il paraît que ta fatigue de ses troupes était passée ou qu'elles avaient déjà eu le temps de se reposer. — « Je souhaite de tout mon cœur, écrivut-il encore quelques jours après, le 9 décembre, mon cher ami, que votre santé revienne au plus

j 1. D'ArenUi, 1. 1, p. m. '

D,g,l.2cd|v,G00glc

MARIE-THÉRâSE EN HONGRIE 141

tôt. Des que vous saurez où restera Neipperg, je vous prie de m'envoyer le chevalier de Belle- Isle et de m'infonner prës de lui de toutes vos idées, afin que nous puissions causer ensemble ; car les doigts me démangent d'agir avec éclat et utilement pour mon cher électeur. »

— «Je comprends, dit Belle-Isle, en recevant cesprotestations tardives ;ilvientànotre secours quand nous n'avons plus besoin de lui. » — De mauvais plaisants firent aussi la remarque qu'il Avait donné une gratification généreuse au preïmer courrier qui lui apporta la bonne nouvelle ; ce qui, avec ses habitudes d'économie, n'étût pas un médiocre témoignage de contentement '.

A' Valori, qui avait vu les choses de plus près, il était moins facile d'expliquer et surtout de Yendre croyable un si brusque revirement.

Aussi Frédéric crut-il devoir réitérer, cette fois avec force serments, l'assurance que jamais il n'avait songé, luème en imagination, à traiter

Page 1