‹ Frédéric II et Marie-Thérèse d'après des documents nouveaux, 1740-1742Chapitre 29 sur 53 · FRÉDÉRIC II ET HARIB-THÉRÈSB · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II ET HARIB-THÉRÈSB

fut momentanément rétablie; ce qui n'empêchait pas Mortagne d'écrire à Belle-Isle qu'afin de mettre la vérité dans tout son jour, il devait s'arranger pour bien faire établir par la gazette à Paria que toutes les mesures heureuses et décisives avaient été prises par lui avant son départ, et que son successeur n'avait eu qu'à en profi' or. <( Nous nous sommes boudés toute la jour^ née, disait-il en finissant, et, le soir, il m'a dit qu'il voulait que nous fussions bien ensemble. Dieu soit loué 1 il ne sera jamiùs M. de BcUc- Isle pour moi. »

De son câté, Broglie n'était pas non plus sans défense h Versailles. Il avait amené avec lui quelques officiers qui ne manquaient pas de chanter ses louanges. — « Les ennemis sont couverts de honte, écrivait l'un d'eux, et M. le maréchal, de gloire par les ordres qu'il a donnés, et par ses triomphantes dispositions, qui ont fait l'admiration de tout le militaire, » Fleury, en recevant ces témoignages contradictoires, se borna & sourire, et l'on voit encore sur l'une des lettres ces mots écrits de sa main : Cancans peu tuiles, n avait raison de prendre en pitié c«8

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misères, mais tort de ne pas savoir qu'il n'en faut souvent pas davantage pour causer la raiim d'une armée et expliquer les malheurs de tout un règne '.

Ceux qui disputaient ainsi au maréchal l'honneur de son premier succès lui reprochèrent plus vivement encore de n'en pas savoir tirer parti. On s'attendait, à la vérité, assez généralement à le voir lui-même sortir de ses lignes et suivre l'ennemi dans sa retraite. Et les mêmes gens à qui, la veille, l'armée du grandduc paraissait assez forte pour tout écraser n'y voyaient plus, le lendemain, que des fuyards qu'on bousculerait en fonçant sur eux. Le maréchal, au contraire, jugeait que l'alerte avait été assez sérieuse pour servir d'avertissement, et craignait pour ses troupes, déjà réduites par les

l. D'Âubigaé & Belle-Isie, 28 et 29 décembre 17*1. — Mortagne à BelUt-Isle, mâme date. — Champigay à Fleniy, même date. — [Correspondarice de Bavière. Ministère dee aH'aires étrangères.) — Soas ce titre sont réunies ou ministère deux séries de dépécties : l'une principalement diplomatique, coDlenant la correspondance du marquis de Beauvau, envoyé de Franc* auprès de l'i'Iectenr; l'autre presque exclnsi- Tement militaire, où se trouvent les lettres des ofSciers de l'année, qoi passaient probablement sous le couvert de l'électenr ponr arriver à Belle-lsle.

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bti^M, Im rigneuni d'une campigoe d'hiver.

réaolnt dooc de se forti&er dans Pisek, dont il lit une sorte de camp retranctiâ at dont il se proposa de «e pas boug;er, à moins d,e nécessité absolue, avant la belle saison. Ce parti, qa'il défendit, contre toutes les objet^Daquilui furent présentées, avec iin« hauteur obstinée, pouvait prêter à la critique; mais les censeors eussent été probablflment moins nomlweux s'il eût eonsenti à retourner de sa personne à Prague, dans une grande ville où les jeunes oHlciers de son entourage auraient trouvé, avec les commodités de la vie, quelques occasions de délassement. U ne leur donna pas cette consolation; loin de ]k, craignant toujours d'être pris pu surprise et ne voulant pas que son inaction fût taxée de faiblesse, il demeura de pied ferme, lui, ses iils et tout son monde, dans cette bourgade, où ils étaient plntdt campés que logés. U restait ainsi exposé, par un froid trës rigoureux, à des privations de toute espace, qu'il donnait l'exemple de supporter avec une parfaite indifférence. Rien n'est plus opposé, on le sait, au tempérament français que le calme dans la soufiTranca

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et )e snpport patient d'épreuves pins pénibles qne g^lorieaBes ; aussi les murmares devinrentils très vifs, non parmi les soldats, qui savaient gré à leur général de partager leurs peines, mais dans la brillante jeunesse, qui ne connaissait que deux manières de passer le t«mps : le plaisir (m le combat, et Betle-Isle dut recevoir plus â'ime confidence pareille & celle-ci, que je bonve encore signée du mftme d'Aubîgné : « Je viras dirai, monsieur, qu'autant je désirais btit employé quelque part pendant que les troupes restaient en quartier d'hiver, autant je désire actuellement rentrer à Prague. Il ne me con- 'nent nullement de rester & Pisek, qui est un quartier abominable pendant l'hiver. J'y pourrais trouver quelque adoucissement sous vos ordres, mais n'en chercherai point avec cet bomme-cî... A Prague, je mènerai la vie que je voudrai, et, si vous y veniez, je serais sûr de vous voir, ce qui n'est pas indUTérent pour moi. n

Ce qui prêta bientôt quelque apparence de rnson aux reproches d'inertie et d'immobilité faits au maréchal, ce fat la situatimi alarmante

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dans laquelle ne tarda pas à se trouver placée la division française laissée sur le haut Danube. C'est de ce côté, en effet, que les Autrichiens, renonçant à forcer le maréchal dans ses positions de Bohème, mais né craignant pas non plus de l'en voir sortir, se trouvèrent libres de porter leur principal effort. Tandis que l'armée du grand-duc, se retranchant elle-même dans une série de places fortes (Iglau, Nenhaus, Budweiss et Tabor), formait comme une barrière qui fermait la communication entre la Bohème et la haute Autriche, le maréchal Khevenhiiller, à l'abri derrière ce rideau, commençait l'attaque dont il était chargé. Son corps d'armée, que Marie-Thérèse destinait à reconquérir le plus ancien patrimoine de sa famille, avait été formé à Vienne, par elle-même, et sous ses yeux, avec un soin tout particulier. De douze mille hommes qui le composaient d'abord, elle l'avait porté à seize, en y joignant des levées de Hongrie et des troupes rappelées dltalie, tandis que Ségur n'en commaiidait pas plus de huit à dix mille. Le maréchal était un vieux compagnon du prince Eugène. La veille du

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jour oùildevait quitter la capitale, lareine lui envoya un porti'ait où elle était repréaentée tenant son fils dans ses bras ; elle y joignit une lettre de sa main qui fut lue sur le front des troupes en manière d'ordre du jour :

« Cher et fidèle Khevenhûller, y élait-il dit, tu as devant les yeux l'image d'une reine abandonnée du monde entier, et de l'héritier de sa race... Que deviendra cet enfant ? C'est à toi que je le demande. Sa mère te confie comme à un fidèle ministre tout ce qu'elle a de force et de puissance. Agis donc, ô héros et fidèle vassal, suivant le compte que tu auras à rendre à Dieu et aux hommes. Prends la justice pour bouclier, ffus ce que tu crois juste, sois sans pitié pour le parjure, suis les exemples de ton glorieux m^tre, qui est dans le sein de Dieu, et mérite toutes les laveurs de notre reconnaissance royale pour toi et ta famille, en même temps qu'une immortelle renommée devant Dieu et devant le monde. Que Dieu te prête vie et force dans les combats ' ! »

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